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Alex North4 décembre 1910 (USA) - 8 septembre 1991 (USA)Formé à la Juilliard School et au Conservatoire de Moscou, cet ancien élève d’Aaron Copland compose d’abord des ballets pour Martha Graham ainsi que des musiques de scènes. Grâce à sa vaste formation et son intérêt pour certaines formes musicales considérées à l’époque comme marginales, Alex North sera l’un des premiers à utiliser les formules jazzistiques et les orchestrations modernes « dissonantes » au cinéma.
Considéré comme l’un des innovateurs de la Musique de film "Psychologique", Alex naît dans la ville de Chester (Pennsyvalnie, U.S.A) en 1910, de parents émigrés de Russie. Il surmonte la pauvreté de sa jeunesse et finit par obtenir des bourses, d’abord du Curtis Institute de Philadelphie où il étudie le piano, puis, en 1929, de la prestigieuse Juilliard School of Music de New-York, où Bernard Wagenaar dirige ses études de composition. Poursuivant ses études le jour et travaillant comme télégraphiste la nuit, North, épuisé, découvre que l’Union Soviétique subventionne l’éducation de ses jeunes musiciens les plus doués. Passionné par la musique de Prokofiev, il décide de passer une audition en 1934, au conservatoire de Moscou où il sera accepté. Deux ans plus tard, de retour à New-York, il étudie sous la direction d’Ernest Toch, récemment émigré de Vienne et avec Aaron Copland qui l’aide à trouver du travail comme compositeur pour des troupes de danse moderne (celle de Marta Graham en particulier). A partir de 1936, Alex North va écrire régulièrement plusieurs musiques pour des documentaires, pièces de théâtre et ballets. En 1939, il passe deux ans au Mexique au cours desquels, il continue ses études musicales, cette fois-ci avec Silvestre Revueltas, (également compositeur de musique de films) qui lui fait découvrir les percussions d’Amérique du Sud. North avait d’ailleurs une certaine affinité pour la musique des indigènes du Mexique et cela se retrouve par la suite dans plusieurs de ses compositions telles que Viva Zapata ! (1952), l’Aventurier du Rio Grande (1959) et Sous le Volcan (1984). De 1942 à 1946, Alex North travaille ensuite comme arrangeur au sein de l’orchestre de l’US Army. A la fin des années 40, il a déjà produit un nombre important d’œuvres musicales dont la plupart ont des bases dramatiques solides. Des musiques de scènes (Coliolanus, Richard III, d’après Shakespeare), une Revue pour clarinette et orchestre pour Benny Goodman, une cantate dramatique, Negro Mother ainsi qu’une comédie musicale, Queen of Sheeb, écrite en 1948. L’année d’après, Elia Kazan lui commande une musique pour sa pièce de théâtre, Death of a Salesman (Mort d’un commis Voyageur), d’après Arthur Miller. Il compose aussi la musique de la pièce The Innocents, tirée de la nouvelle fantastique d’Henry James. En 1958, avec The Long Hot Summer, premier volet d’une trilogie adaptée de William Faulkner, North compose une composition lyrique et chaleureuse pour petit ensemble où le jeu des solistes est particulièrement mis en valeur. (cf le saxophone sur Hey Eula ! ). C’est certainement dans le second volet, The Sound and The Fury (1959) qu’il va exceller. Une partition jazz symphonique brillante, chaude et inventive qui annonce par moment la musique raffinée du Lalo Schifrin des Félins. Certains morceaux, comme le délicieux The Southern Lovers sont de pures merveilles d’équilibres harmoniques entre Jazz et musique symphonique. En 1961, North compose la musique du dernier volet, Le Sanctuaire, une composition plus sombre qui est également une belle réussite. Croisement efficace et sensuel entre blue-jazz, petit ensemble de cordes et de cuivres (I Remember Sanctuary) où on sent parfois au niveau des rythmes l’influence de Léonard Bernstein (Sleep little lush). Candy’s Return, est une très belle pièce vénéneuse pour cordes, piano, cuivres et timbales et le mystérieux Little Girl, un thème lugubre obsessionnel fascinant. La chanson du film, Sanctuary interprétée par Julie London annonce clairement le style feutré de John Barry ou encore celui d’Henri Mancini ; un jazz cool, accompagné par des cordes languissantes. En 1960, Alex North travaille avec John Huston sur Les Désaxés et devient l’un de ses amis proche. D’autre films suivront comme le Malin (1979), Sous le Volcan (1984), l’Honneur des Prizzi, (1985) et le film testamentaire du réalisateur : Les Gens de Dublin, (1988), sur lequel North signe un thème mélancolique empreint d’une forte nostalgie. La carrière du compositeur se poursuit frénétiquement dans les années 60. Sa collaboration avec Kirk Douglas et Stanley Kubrick, sur le péplum Spartacus (1960), lui donne l’opportunité de composer l’une de ses musiques les plus ambitieuses. Le score est dominé par une débauche de cuivres, de percussions et d’instruments à vents, qui soulignent les affrontements violents entre les armées d’esclaves et les légions romaines. La partition inclus également un instrument de musique électronique appelé l’ondioline. Pour représenter l’amour que Spartacus porte à la jeune esclave Varinia, North compose un très beau thème romantique qui revient comme un leitmotiv dans le film. La pièce obtiendra un grand succès public et sera ensuite interprété par des Jazzmen tel que Bill Evans ou Yusef Lateef. Pour ce film, il faut également noter que North a composé de nombreuses pièces de grandes qualités qui n’ont pas été utilisées dans le film. On peut heureusement les écouter dans les bonus de l’édition spéciale du dvd sortit chez Universal. De manière générale, North était un compositeur éclectique et refusait fréquemment de composer de la musique pour des films qui ne le stimulait guère. Si les fresques ambitieuses telles que Spartacus, Cléopâtre, ou encore L’Extase et l’Agonie (1965) et Les Souliers de St Pierre (1968) ont attiré son attention c’est parce que le sujet lui permettait de combiner à la fois des thèmes spectaculaires et émotionnels. North a d’ailleurs prouvé qu’il était capable de composer des musiques plus intimes comme le prouve ses partitions pour The Death of a Salesman en 1951, écrite pour flûte soliste, l’Outrage (1962), belle composition, au timbre délicat et l’Ange de la Violence (1964) Il s’est également fait une réputation dans le western en composant la musique du film de John Ford, Les Cheyennes (1964). Il brosse un thème romantique entre Deborah et le capitaine Archer (Cor anglais avec un accompagnement à la harpe) et sur les séquences de batailles utilise de nombreuses percussions (timbale et tambours militaires) accompagnés par des cuivres dissonants qui rappellent beaucoup le style de Bernard Herrmann. Onze ans plus tard, avec La Chevauchée Sauvage de Richard Brook, North récidive dans le genre en composant une partition tout aussi efficace et très rythmique (l’étonnant Badlands, d’une parfaite maîtrise orchestrale). On peut néanmoins reprocher au compositeur une utilisation souvent excessive et parfois inutilement chargée de l’orchestre. C’est le cas notamment du générique de La Rumeur (1961), peu inspiré ou de celui du film d’épouvante Le Voyage de la Peur (1975) et ses accords dissonants un peu trop tapageurs. Cela donne sans doute des résultats plus intéressants lorsque North abandonne le jazz symphonique dissonant qui a fait sa réputation et s’aventure sur d’autres registres musicaux. C’est le cas par exemple de South Seas Adventure (1959), un film tourné selon un procédé en vogue à l’époque : le cinérama. North compose une musique métissée où les tambours et la guitare hawaïenne se mêlent à l’orchestre symphonique. Le délicieux Song of the Islands Tavega, pour chœur mixte, percussions et orchestre annonce à bien des égards les compositions du Bronislau Kaper des Révoltés du Bounty. En 1967, North aura également l’occasion de composer une autre musique exotique pour le documentaire TV Africa. Ce qui figure assurément comme l’un des chefs-d’œuvre dans la carrière de North, est certainement la musique du drame psychologique, Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966). Sur ce film, North avait d’abord opté pour une musique à l’image du film et des protagonistes – complexe, torturée et dissonante ; mais il a finalement pris le contre-pied des images et écrit une musique baroque dans laquelle l’orchestre dialogue avec une harpe. Le fils d’Alex North, étudiant, lui a suggéré de remplacer la harpe par une guitare, le film ayant pour cadre l’université. Le générique dissonant qui ouvre le film est certainement l’un des morceaux les plus subtils que North ait pu écrire. Une pièce qui a d’ailleurs exercée une forte impression sur le compositeur Lalo Schifrin ; comme il le précise lui même dans le livre d’entretien avec George Michel : "Alex North représente à mes yeux un compositeur déterminant. Il est tellement différent à chaque film. Qui a Peur de Virginia Woolf ?, comporte peu de musique, mais celle qui accompagne la toute première séquence est une véritable merveille. Et ce générique, quelle subtilité ! Un générique c’est l’équivalent d’une ouverture d’opéra. En général, les ouvertures sont grandes, larges ; même les génériques de films sont un peu une synthèse de ce que va être le film. Alex North a fait preuve, dans ce cas là d’une grande sensibilité. Ce genre de subtilité peut-être comparée à celles de Mozart, Debussy, Ravel et ses Valses nobles et sentimentales. " Avec 2001, l’Odyssée de l’Espace (1968), North verra sa partition rejetée. Dés le début du projet, le réalisateur Stanley Kubrick voulait utiliser des thèmes classiques de Khatchatourian et de Richard Strauss mais le studio insista pour que le film puisse bénéficier d’une musique originale. North composa ainsi une quarantaine de minutes de musique pour la première moitié du film avant d’être congédié. Pour l’ouverture, il s’est donc basé sur le Also sprach Zarathoustrra de Richard Strauss, le thème que Kubrick avait prévu, et comme on pouvait le présager, sa composition s’est révélée nettement moins brillante. Certains morceaux, prévus à l’origine pour accompagner les séquences de combats entre les singes demeurent plus efficaces comme The Bluff et Eat meat and the kill, scandés par des rythmiques primitives. Night Terrors, qui illustre la séquence nocturne où les singes découvrent le monolithe est écrit pour basse clarinette, cordes, vents, cuivres et rappelle étrangement Le Songe de Jacob de Penderecki, un morceau qui sera utilisé plus tard par Kubrick dans "Shining". En 1969, avec la musique pour le film A Dream of King, Alex North change brusquement de registre en composant une musique d’inspiration grecque très raffinée. Alternant la musique folklorique et mélodiques. Guitare, bouzoukis, accordéon, cordes, bois, alliés à des thèmes de facture plus symphonique. Dans les années 70 et 80, il va ralentir sa production filmographique, composant parfois pour la télévision. La série l’Homme de la Cité en 1971 ainsi que Le Riche et le Pauvre en 1976. Notons également la musique intrigante et inspirée de la comédie macabre Qui a tué mon cher mari? (1978) dans lequel North pastiche la musique de Camille Saint Saëns. Le superbe générique s’ouvre sur une citation de l’ouverture du Carnaval des Animaux, et Secret of Jewels est une version burlesque de la Danse Macabre. On trouve également des morceaux plus dissonants comme The Criminal mais toujours soutenues par une pointe d’humour, apporté par l’utilisation du synthétiseur moog ou de la guitare électrique. Une formation instrumentale qui rappelle un peu le style pop/rock de ce que faisait le groupe italien Goblin à la même époque. En 1981, la musique pour le film d’héroïc Fantasy produit par Walt Disney, Le Dragon du Lac de Feu est probablement la dernière grande composition hollywoodienne de North. S’éloignant une fois de plus des canons traditionnels, il livre une partition massive et sombre dominée par un vaste ensemble de cordes de cuivres et de percussions. En 1991, s’associant avec le compositeur Karel Svoboda, North signe sa dernière musique de film pour Le Dernier Papillon, une production franco américano-tchèque qui se passe pendant la seconde guerre mondiale. L’histoire d’un mime français, forcé par les Nazis à jouer pour les enfants de Terezin. Le film, réalisé par le vétéran Karel Kachyňa est produit par le propre fils du compositeur, Steven North. Si le style original des débuts n’est plus vraiment au rendez vous, la musique composée par North, calme et apaisée n’en conserve pas moins une belle élégance, un doux parfum nostalgique qui colle finalement assez bien à l’époque où se situe l’action. Le compositeur meurt le 8 septembre 1991 des suites d’un cancer. Filmographie1937 : The People of the Cumberland
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