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The Dark Knight Rises

(2012)

The Dark Knight Rises

01. A Storm Is Coming (0:37)
02. On Thin Ice (2:55)
03. Gotham's Reckoning (4:08)
04. Mind If I Cut In? (3:27)
05. Underground Army (3:12)
06. Born In Darkness (1:57)
07. The Fire Rises (5:33)
08. Nothing Out There (2:51)
09. Despair (3:14)
10. Fear Will Find You (3:08)
11. Why Do We Fall? (2:03)
12. Death By Exile (0:23)
13. Imagine The Fire (7:25)
14. Necessary Evil (3:16)
15. Rise (7:11)

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Sony Classical (13 juillet 2012) - 51:20 - Original Score [musique originale]

Hans Zimmer travaille pour la cinquième fois avec Christopher Nolan après INCEPTION et les deux précédents BATMAN (THE DARK KNIGHT en 2008 et BATMAN BEGINS en 2005) qu'il avait partagé avec James Newton Howard qui cette fois-ci ne s'implique pas. 

L'éblouissant travail de réorchestration de Hans Zimmer analysé piste par piste.

L’inventivité n’est certes pas toujours au rendez-vous – elle ne l’est pas souvent chez les grands compositeurs ces derniers temps, Elfman et Williams en tête – mais le travail de réorchestration est éblouissant, il n’était pourtant pas simple de succéder à l’insurpassable score de THE DARK KNIGHT. Les thèmes composés en 2005 pour BATMAN BEGINS ont enfilé leurs habits du dimanche, leurs habits de finale – et leur tailleur est riche, autant que doué. Analyse piste par piste.

 

Les salles de cinéma de THE DARK KNIGHT RISES risquent d'être combles pendant encore une bonne semaine. Pour ceux que l'idée de se retrouver dans une salle pleine de vacanciers suants et pantelants débecte un peu, il y a toujours, pour patienter, le plaisir certain de la bande-originale signée Hans Zimmer. L'inventivité n'est certes pas toujours au rendez-vous - elle ne l'est pas souvent chez les grands compositeurs ces derniers temps, Elfman et Williams en tête - mais le travail de réorchestration est éblouissant, il n'était pourtant pas simple de succéder à l'insurpassable score de THE DARK KNIGHT. Les thèmes composés en 2005 pour BATMAN BEGINS ont enfilé leurs habits du dimanche, leurs habits de finale - et leur tailleur est riche, autant que doué.

1. A storm is coming - La piste d'ouverture reprend le même son qu'au début de chaque épisode. Sorte de souffle de cape suivi de son d'écho. Aujourd'hui plus ample que jamais. Ralenti. Plus grave. Voilà un vieux truc de trilogies (on en verra d'autres) : le thème, à l'épisode 3, après avoir été sophistiqué dans le 2, n'a plus qu'à se décomposer, à se rejouer beaucoup plus lentement comme pour laisser le temps au public de le compléter mentalement, de chanter avec - ce qui décuple son plaisir lorsque le thème, effectivement, se déploie. Voir Star Wars III, ou même Transformers 3 de Steve Jablonsky (thème des hommes-volants).

2. On thin ice - La tragédie commence ici. Au début, les deux accords, signature de la saga depuis ses débuts - incarnation musicale de la cape de l'homme chauve-souris, ils sont les héros de cette BO - font leur apparition joués sur une sorte de synthétiseur inattendu - pour mieux lancer une de ces somptueuses compositions pour cordes dont Zimmer a le secret (voir certains passages du Roi Lion ou "Parricide" sur Gladiator). On retrouve ces deux accords au début du dernier tiers, mais avec une modification qui laisse présager de l'évolution du personnage vers autre chose, vers une nouvelle histoire.

3. Gotham's reckoning - De loin la piste la plus intéressante, en tout cas la première à laquelle on repense après la première écoute. On trouve ici, comme sur la BO de DARK KNIGHT, une piste calée au début du CD quasi-expérimentale, très violente (c'était la première, Why so serious ?, sur THE DARK KNIGHT). Brillante idée que de n'avoir confié à la pure force de destruction qu'est Bane un thème sans note, tout en coups donnés. L'inquiétude de THE DARK KNIGHT est remplacée par la colère. On retrouve la sauvagerie du Zimmer de l'an 2000 : la valse barbare de Gladiator mêlé à certains accents d'Hannibal - BO à laquelle on repense souvent, plus encore que sur DARK KNIGHT : le masque de Bane a dû rappeler quelques souvenirs inconscients au compositeur. Apparition du riff de Bane, sorte de scansion d'un slogan inaudible par une foule furieuse. Affleure le côté hard-rocker de Zimmer, qu'on entendait déjà dans Pirates des Caraïbes 2 (The Kraken). Du metal joué à l'orchestre. Sorte de tambourinement anonyme, informe et furieux, d'abord joué avec un fond d'orgue (instrument déjà employé sur Pirates des Caraïbes 2, d'ailleurs), puis rattrapé soudain par une trompette incandescente à la Williams. Ces cris de foule pour un troisième épisode ne sont évidemment pas sans évoquer les chants sanskrits que Don Davis passait sur le combat final de Matrix Revolutions (là encore, les points communs entre les films vont au-delà de la musique : qui n'a pas pensé aux affiches du troisième Matrix devant les affiches noires aspergées de pluie oblique de TDKR ?). Rappelons tout de même que le chœur est l'un des passages obligés de la bande-son d'un troisième épisode attendu : Duel of the Fates fait sa réapparition à la fin de Star Wars III ; Le Retour du Roi s'achève sur un maëlstrom de voix couvrant la destruction du Mordor, etc.

4. Mind if I cut in ? - Apparition d'un nouveau thème, celui de Catwoman, qu'on ne retrouvera pas ensuite sur le CD - frustration immense de n'avoir que 50mn de score pour 2h45 de film. Comme toujours il y a quelque chose d'entêtant en bruit de fond, ici des chaînes remuées - Zimmer aime introduire des bruitages dans ses compositions, souvenez-vous de  Pirates des Caraïbes 2 où le thème de Jack Sparrow est réglé sur le tic-tac des automates de Disneyland et celui de Davy Jones, sur un battement de cœur. On croit ici entendre Bane, ou bien la colère de toute une ville commencer à bouillir. Si la musique correspond à l'arrivée de Catwoman, c'est sans doute à cause du piano, que l'on associe spontanément au chat (peut-être parce qu'on l'imagine en train de marcher sur les touches ?) Toujours au fond, les cordes se faufilent, font ritournelle - on est en plein Hannibal (Avarice ; Firenze di Notte...).

5. Underground army - Retour du thème minimaliste à deux accords. Sous-tendus par quelques beats électriques au parfum d'Hannibal. Les accords se suivent et se ressemblent, bâtissent cette angoisse que la scène d'émeute a déjà sérieusement contribué à établir à la piste 3. Les accords continuent, rejoints par un bourdonnement qui n'est pas sans évoquer le bruit du sang qui pulse dans les tempes d'un homme en colère. Ou pris d'une furieuse migraine. Cela ne va pour l'instant pas plus loin.

6. Born in darkness - Piste très calme, contemplative, moment de repos confié au violoncelle...

7. The fire rises - ...qui ne faisait vraiment qu'office de pause avant le morceau de bravoure qui suit. On retrouve des sons de Pirates des Caraïbes 2 (et spécialement de The Kraken). Les violons forment une sorte d'essaim furieux, on pense aux chauves-souris du premier épisode qui sillonnaient la ville comme des abeilles. La note de fond est bien ce goût d'émeute, ces tambours, ces percussions incontrôlables après lesquelles les violons semblent courir. Long moment de calme relatif, contaminé quand même par une sorte de bruit de galop sec et discret. Spectaculaire remontée en puissance. Le jeu des cordes oscillent entre les cycles d'essaim et les moments plus saccadés façon pizzicato collectif, tandis que les deux accords vont et viennent, que les tambours d'émeutes tonnent régulièrement. Le thème qui éclate ensuite - toujours très minimaliste - joue sur les mêmes accords que le Star Trek de Michael Giacchino ; Nero Sighted en particulier - mais en beaucoup moins sec, comme si le score de Zimmer était alimenté par une sorte de souffle de tempête qui diluait le son et le poussait vers les nuages (noirs, les nuages, évidemment).

8. Nothing out there - On retrouve ici les mélodies au piano de la partie James Newton Howard de BATMAN BEGINS. Derrière lesquelles Zimmer fait scintiller quelques violons. Ici encore, le thème originel est ralenti. Affleure ici et là le souvenir du sublime Corynorhinus (piste 11) de BATMAN BEGINS (thème qui était en effet rattaché aux parents disparus de Bruce Wayne).

9. Despair - Retour du bruit de cape soufflé de l'ouverture. Showcase des deux accords. Le battement de sang dans les temps est celui de DARK KNIGHT, joué plus fort : il se fait véritablement entêtant, on n'est pas loin de la techno. Le moment où le bruit de cape reprend, au volume maximum, après une pause, est particulièrement galvanisant, tandis que monte en puissance une longue, longue note jouée aux cuivres - retour des deux accords, qui éclatent encore, à 1'30, de la manière la plus ample qui soit. Zimmer les fait grotesquement durer jusqu'au sublime : quand le premier est sur le point d'éclater sous la pression, le second prend le relais, deux tons plus haut - très grand moment. Après une longue pause, passage à un autre morceau célèbre de la BO de l'épisode précédent : A Watchful Guardian, avec l'accord sur lequel apparaissait le titre à la fin de DARK KNIGHT. Un accord brutal, soudain planté là, qui lui aussi semble produire un écho, des ondes de choc. Bruit de cape accompagné de violons et de cuivres pour la fin.

10. Fear will find you - Retour du bruit et de son fidèle sidekick - la fureur. Toujours les deux accords. BO minimaliste. Tambours, trompettes monocordes, retour de la scansion de la foule qui ne vaut que comme scansion, pas comme mélodie. Le thème de la tragédie revient vite, suivi par le retour du carton final de DARK KNIGHT (A Watchful Guardian, donc), « truc » excitant très efficace dont Zimmer sait user quand il faut (on a quand même l'impression qu'il l'utilise souvent). Pas de repos pour personne, ni de silence, les cordes marquent une sorte de compte-à-rebours inquiet qui ne cesse jamais. Thème de la tragédie encore, joué plusieurs fois, très bas, pendant une minute.

11. Why do we fall ? - La grande piste déchirante, la voici. L'une des plus grandes beautés de DARK KNIGHT était cette scène finale dans laquelle Batman avait deux minutes pour sauver des otages sans le soutien de la police. Son entrée dans un building en construction, son combat, la libération desdits otages, tout était couvert d'une musique qui n'était absolument pas une musique d'action mais correspondait plutôt au dilemme de Gotham, à l'amertume d'une ville qui ne savait pas différencier les otages des preneurs d'otages, les héros des bandits (A DARK KNIGHT). Morceau repris ici, avec variations, plus lentement, comme essoufflée d'avance, dont ressort une sorte d'épuisement, une lassitude à devoir encore sauver le monde pour Batman, et en même temps une résignation très belle, très malheureuse. Hésitation puis décision d'y retourner, conduisant, comme on s'y attendait, aux deux accords épiques.

12. Death by exile - Piste de 23 secondes. Simple bruitage électrique. Presque une pause ; peut-être de manière à « écrémer » le morceau plus énergique qui vient après ?

13. Imagine the fire - Voilà donc le premier des deux morceaux de plus de sept minutes (7'25) ; mais le seul vrai morceau de bravoure. Le début décontenance : on se croirait dans les années 80. Ça sent presque le générique de McGyver, joué aux violons en lieu et place du synthé. Heureusement les deux accords reviennent, soutenus par un nouveau rythme aux percussions. Retour à A Watchful Guardian. Le crescendo est retardé, vient après, très puissant. On se demande si Zimmer se prépare à égaler le plus beau climax de sa carrière - Pirates des Caraïbes 3 (I don't think now is the best time). On se sent devant une performance sportive, un match de tennis, quelque chose comme ça. Le premier crescendo, arrivant très tôt, laisse présager un finale qui irait plus loin encore, qui en surpasserait la puissance - puisque c'est de cela qu'il s'agit ici, d'une musique gorgée de puissance, celle du Mal, celle de Batman, celle de Chris Nolan, de l'industrie hollywoodienne tout entière.
Rencontre au sommet des deux accords amples et de la scansion - très clairement, l'homme à la cape est cet océan solitaire contre la multitude des rochers, Batman VS. Bane et ses sbires. Il est ici plus question de sample - la musique est toujours entêtante - que de remix : on est très loin d'un score jazzy de Williams, style Tintin, où la mélodie est en constante métamorphose. Le thème s'éloigne des sentiers battus pendant un temps, reste très pesant, toujours soutenu par des percussions qui ne laissent aucun répit au cœur. Peu d'inventivité ici, dommage. Finalement, pas de climax surpassant le premier. On reste un peu sur sa faim. L'intérêt du morceau tient clairement à la répétition, comme sur un morceau de techno, des mêmes motifs sauvages.

14. Necessary evil - Retour de l'orgue, non plus pour accompagner la scansion de Bane, mais le thème de Batman. Celui-ci est bel et bien devenu cette icône religieuse, le martyr de Gotham, et nous voici dans une église - mais une église gothique et noire à l'architecture inquiète, torturée. Enchaînement momentané sur une redite d'A Watchful Guardian de DARK KNIGHT, silence, puis retour à la tragédie. Une tragédie à bout de souffle, qui retombe constamment sur ses basses. Le reste du morceau est comme sonné.

15. Rise - Ici les enfers se déchaînent aussitôt. Dernière piste du dernier épisode de la dernière grande saga Batman : second long morceau de l'album (7'15). C'est le moment de rejouer tous les grands thèmes une dernière fois. La première minute fait office d'annonce, de galvanisation des foules. Ensuite, une voix de femme solitaire, gimmick cher à Zimmer (on se souvient de sa collaboration avec Lisa Gerrard sur Gladiator et Mission : Impossible 2) mais portée par une partition plus proche des compositions de Newton Howard sur BATMAN BEGINS. Retour aux cordes, retour à Zimmer, on est en plein requiem. Ce bouquet final ne reprend cependant pas les pistes rythmées, mais toutes les autres. Derrière, de temps en temps, quelques effets de cape, une sorte de souffle abyssal qui marque, ici et là, les changements de mesure. Le thème de la tragédie est rejoué le plus lentement possible. A deux minutes de la fin, retour du tapis de violons. Le thème regagne en assurance, une impression d'espoir se dégage du reste. On est en plein Zimmer lyrique, c'est assez spectaculaire. Hollywood dans toute sa splendeur ; un peu lourd mais vraiment efficace. A une minute de la fin arrivent les roulements de tambour...  Revient soudain une version plus rythmée du thème - les deux accords ! Joués une première fois pour vous coller des frissons, une seconde pour mieux vous les enfoncer sous la peau. Silence... Un écho des deux accords...
The End.

 

Camille Brunel

#

Gotham's Reckoning - Hans Zimmer :



   





The Dark Knight Rises

Réalisateur : Christopher Nolan

Avec Christian Bale, Michael Caine, Gary Oldman...
(Etats-Unis)
Distribution : Warner Bros. France

 

Sortie en salle (France) : 25-07-2012


La notation de Cinezik sur ce film :

La suite des aventures du Chevalier noir de Gotham City...


The Dark Knight Rises marque la fin d'une trilogie qui a bousculé les modes et le genre du super-héros. Christopher Nolan a installé ses personnages dans un univers sombre, violent et réaliste, qui tranche avec la vision gothique, potache et décalée de Tim Burton. Faut-il se réjouir de cette évolution ? Après le traumatisme du 11 septembre, nul doute que Nolan a voulu capter dans ces trois films les peurs de l'amérique d'aujourd'hui, et plus généralement des civilisations occidentales. Il est d'ailleurs étonnant de constater que c'est en Orient, vivant reclu comme un Taliban, que Bruce Wayne est devenu Batman, sous l'égide de son mentor Ra's Al Ghul (Liam Neeson dans BATMAN BEGINS). On retrouve cette évolution et cette ambiance du premier film dans cet ultime opus. Entre temps, le Joker (Heith Ledger) avait tout fracassé sur son passage, faisant de THE DARK KNIGHT un film sur l'anarchie et l'incapacité à contrôler la violence et le goût même de celle-ci chez les êtres humains (le Joker s'amusait à monter les gens contre eux-mêmes et les incitait à s'entretuer). Face à cela, Batman perdait la foi en ses idéaux et en l'amour, la mort de personnages clés mettant un terme à ses ambitions et ses espoirs. Pouvait-on en conclure que Nolan montrait du même coup une amérique qui échoue à vouloir éradiquer la violence ? Ou bien au contraire THE DARK KNIGHT n'est-il pas un pamphlet trop anarchique qui se complaît dans la violence pour essayer - en vain - de la dénoncer ? Ce fut longtemps un paradoxe très hollywoodien et il faut reconnaître que la récente tuerie du Colorado, qui a entâché la sortie de THE DARK KNIGHT RISES, rend d'autant plus trouble le propos de ces films qui nous amène à se demander, au fond, si Nolan maîtrise vraiment son sujet. Dès FOLLOWING et avec par la suite MEMENTO, LE PRESTIGE et INCEPTION, Christopher Nolan se montre comme un pur cinéaste mental, un grand prestidigitateur de cinéma, qui aime les faux-semblants, les coups de théâtre, le théories ; en somme, c'est en quelque sorte un "petit malin". Sa virtuosité narrative, évidente dans INCEPTION, épate et ravit, car il est dans le prolongement de cinéastes tels que Hitchcock qui portaient en haute estime le pur plaisir du spectateur.

Mais cette trilogie Batman, et en particulier THE DARK KNIGHT RISES, est laborieuse. Nolan ne semble pas à son aise dans cet univers. Sa mise en scène est lourde (on lui reproche encore aujourd'hui, à juste titre, d'être brouillon dans ses scènes d'action), et il semble avoir du mal à doser l'importance des personnages à l'écran (le Joker bouffait littéralement l'écran dans THE DARK KNIGHT au détriment de Bruce Wayne, et dans cet ultime opus, le personnage de Michael Caine, clairement le plus touchant, est peu exploité). En voulant épater, Nolan se fourvoie, en fait des tonnes (2h44) et rate l'émotion. Peut-être y avait-il matière à faire quelque chose de mieux. L'imposant personnage de Bane, s'il ne surpasse jamais celui du joker, est intéressant, surtout graphiquement. On retrouve ici des idées visuelles propres aux origines dessinées de Batman. La séquence d'ouverture, brillante, caractérise le personnage en quelques minutes de manière assez virtuose. Mais durant l'heure suivante, on s'ennuie ferme. Le scénario ne dégage pas (ou si peu) d'enjeux avec de vraies implications émotionnelles, et Nolan multiplie les personnages secondaires. Celui du jeune flic idéaliste, joué par Joseph Gordon-Lewitt, est intéressant mais seulement esquissé, comme pour préparer une nouvelle saga avec un autre personnage. Celui de Marion Cotillard est un artifice scénaristique préparant la mécanique du traditionnel "coup de théâtre" qu'affectionne Nolan, et sert si peu, à part éclairer quelques secondes le personnage de Bane, plus troublant qu'il n'y paraît. Il faut certes reconnaître que Nolan, qui affectionne les faux-semblants, reste maître en la matière, mais au fil des films cela sent un peu le réchauffé, la mécanique bien huilée. Il y a peu de prise de risque, tout comme dans la musique où Zimmer fournit une musique "wall-to-wall", présente du début à la fin, souvent assommante, qui étouffe une mise en scène déjà peu inspirée. C'est d'ailleurs une scène muette, le premier affrontement mano à mano entre Bane et Batman qui ressort comme la scène de confrontation la plus réussie du film. Bien filmée et bien montée, sans effet, elle prouve que Nolan a encore la forme. C'est malheureusement l'une des seules prises de risque de ce film passablement ampoulé et prétentieux, souvent incohérent (alors que Nolan semble vouloir ancrer son histoire dans un univers crédible).

Mais pour finir, reconnaissons quelques fulgurances à cet ultime opus. Il y en a, surtout dans le dernier quart d'heure. Malgré un "time-lock" poussif (une bombe va exploser, pas très original), Nolan orchestre en crescendo, comme à son habitude, plusieurs scènes très belles avec les personnages secondaires. Les larmes du vieil Alfred (Michael Caine), unique proche et ami de Bruce Wayne, quasiment parent de substitution, sont bouleversantes. Elles sont un aveu d'échec pour ce personnage qui a tout donné et qui s'est senti trahi. Cette petite scène modeste et simple sonne juste, car ici Nolan tient un sujet humain, en écho à la destruction démesurée et un peu vaine qui a précédé. Finalement, ce qui reste, c'est un peu de cinéma, de beauté, mais pas une oeuvre ou un propos de cinéaste. Nolan n'a pas de regard sur le monde réel. On se demande même s'il aime ses personnages, quand ceux qui auraient mérité plus d'attention sont autant bâclés. C'est dommage. Peut-être que Nolan devrait simplement revenir à ses premiers amours, ses films à tiroirs dont il a le secret et pour lequel il a un talent indéniable, sans prétendre filmer une violence complaisante.

Sylvain Rivaud

 



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