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The Thing  (1982)

BSX Records (14 octobre 2011) - en digital | Réédition


Cette étonnante partition de Morricone pour ce film de John Carpenter ne s'apprécie pas à la première écoute, mais à une série d'écoutes prolongés. La musique de The Thing (La Chose) demande un certain temps d'adaptation, et si c'est une partition qui semble petre comme anodines de la part du grand Ennio, c'est aussi l'une de ses plus efficace.

[© Texte : Cinezik]
The Thing

Tracklist

01. Main Title* 1:45
02. Main Theme - Desolation 4:29
03. Humanity 2 2:42
04. Despair 4:46
05. Humanity 6:51
06. Shape 3:18
07. Burn It* 1:27
08. Solitude 5:32
09. Fuchs* 2:27
10. To Mac's Shack* 2:52
11. Wait 6:21
12. Sterilization 3:42
13. Eternity 5:26
14. Contamination 1:01
15. Bestiality 2:55
16. Main Theme - End Credit 4:34

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La musique de The Thing est froide, glaciale, sombre, déséspérée, voire déprimante, lente, sinistre, monstrueuse. La musique de Morricone semble être figé dans de la glace, tant elle semble avoir du mal à "bouger" (musicalement, biensûr !) : et pourtant, à l'écran, l'impact de la musique est fantastique : "Humanity part 1" fait sûrement partie d'une des musiques de film de Morricone les plus convaincantes à l'écran. Il s'agit du thème lugubre, amère et déséspéré, évoquant la peur de la fin de l'humanité, l'idée du cauchemar de l'homme face à l'apocalypse annoncé. Ce n'est pas étonnant que "Humanity part 1" soit utilisé dans le film pour la scène où Blair apprend qu'il ne faudra pas moins de 27 heures à la chose pour contaminer la population entière. La musique est lente, lugubre, les cordes dans l'aïgu donnant un frisson glacé à une musique déjà très froide, le thème étant un petit motif répété hypnotisant, repris par les trombones de manière déprimante (on dirait presque une musique d'enterrement), les trombones étant généralement considérés comme les instruments de la mort. "Humanity part 2" reprend en fait ce motif thématique, mais à la version Carpenter.

Effectivement, la plupart des films de Carpenter sont mis en musique par Carpenter lui-même (Escape from New-York, Halloween, Los Angeles 2013, Vampires), Carpenter n'ayant pratiquement composé que des partitions éléctroniques dans les années 80 (Escape from New-York en est l'exemple le plus frappant). Son style musical, pas toujours très convaincant mais fortement reconnaissable, se retrouve dans "Humanity part 2", puisque il semblerait que ce soit Carpenter lui-même qui ait voulu que ce morceau soit inséré dans le film. Morricone explique comment cela c'est passé : « Carpenter pris l'avion pour Rome et me montra son film. Il était très insistant, et j'adorais son film, alors je décidai de le faire (...) Quand je me rendis à Los Angeles pour enregistrer le score, je pris avec moi une cassette sur laquelle j'avais enregistré de la musique synthétisée, préparée ici en Italie. Ce fut vraiment difficile pour moi de comprendre quel sorte de score il voulait, alors j'ai composé un étalage de choses complètement différentes, en éspérant qu'il trouverait quelque chose là dedans qui lui plairait particulièrement. Cela fait maintenant 30 ans que j'exerce ce métier, et je crois que je sais ce que mes clients veulent, et devinez quoi ? Il (Carpenter) pris une pièce qui ressemblait à peu près à ses propres compositions. C'est le "Main Theme", qui peut être entendu tout au long du film. »

Biensûr, la musique la plus entendue dans le film reste ce fameux "Main Theme". Beaucoup de musique écrite par Morricone pour le film n'a pas été retenue, et il y'a assez peu de musique entendue dans le film. Morricone explique : « J'ai écris une heure de musique sur The Thing, et je n'arrive pas à croire comment tout cela a pu être autant ignoré. Alors quand ils me demandèrent ce que je mettrai sur l'album, je leur répondis que j'incluerai toutes les musiques non enregistrées à l'origine pour le film. Vous ne pouvez quand même pas acheter une BO avec un thème seulement (...) ! »

De la musique inédite, il y'en a beaucoup sur le CD. Le seul problème, c'est qu'il manque plusieurs morceaux du film, notamment le "Main Title" d'ambiance "Carpenterienne" et les passages où la chose apparait (scène des chiens, scène finale avec le "Blair Monster"...). Sinon, la musique inédite entendue sur le CD est assez déroutante. "Contamination" décrit dans des sursauts grouillants de pizzicatis de cordes la chose en train de contaminer et de se répandre sur des êtres vivants, tandis que "Sterilization" et "Eternity", entièrement au synthé, apparaissent comme froids mais totalement dénués d'intêret par rapport au film (ce qui explique que Carpenter n'ait pas retenu ces morceaux pour ce film). "Bestiality" est un canon pour cordes, construit en crescendo avec l'arrivée progressive de l'orchestre en tutti avec le piano. Dommage que ce morceau ait un petit côté "balacant" pas très sérieux pour le film. En revanche, "Shape" est lugubre et lent, et aurait pu faire partie du film. Le titre de cette pièce ("Shape"=forme) semble rejoindre le morceau lui-même, décrivant une forme, une masse musicale lourde et sombre, d'abord entammé par une "esquisse" de la contrebasse, auquel va se rajouter progressivement les autres instruments et le piano, qui offre un côté froid au morceau. On retrouve cette musique d'ambiance dans "Solitude", dont la partie finale pour cordes glaciales et piano est utilisé pour la scène où McReady découvre le cadavre à la gorge tranché dans le camp Norvégien, au début du film. Morricone crée une ambiance froide et sinistre, toujours très lente.

"Wait" est pratiquement inusité dans le film, à part la partie aïgu de cordes vers le début, que l'on entend lorseque McReady découvre le bloc de glace dans le camp de Norvégiens. Cette partie aïgue de cordes jusqu'à des sons stridents, colle des frissons au spectateur, de manière conventionnelle mais efficace. Le reste du morceau est lourd et de plus en plus lugubre. Enfin, "Despair" est utilisé dans le film pour les scènes où l'équipage découvre l'OVNI enfouit dans un cratère, et lorsque Blair ausculte le cadavre de la chose. La musique est ici lourde et plus imposante que les autres morceaux, préparant un début hypnotisant pour finir en apogée sur une partie grondant de cuivres, lorseque l'équipage découvre le trou dans la glace, duquel la chose semblerait s'être échappé. Le morceau retombe ensuite dans un orchestral froid et lent. Morricone crée ici une ambiance particulièrement mystérieuse, musique parfaite pour une scène où les hommes de la station découvrent pour la première fois de leur vie une créature capable d'imiter une autre forme de vie.

On ne pourra donc pas passer à côté du morceau-clef de la partition, "Humanity part 2", pièce répétitive de synthé dans lequel un motif répété de manière hypnotisante sur un fond de rythme en basse obstiné crée l'ambiance parfaite du désespoir des hommes face à leur mort prochaine (d'où le titre du morceau). Cette musique apparaît donc comme véritablement psychologique. On a rarement entendu un thème qui collait aussi bien au film. Certes, ce morceau répétant tout le temps la même phrase musicale en augmentant à chaque fois d'octave peut paraître répétitif et lassant, mais c'est aussi cela qui fait son charme. En tout cas, à l'écran, il fonctionne à merveille. L'apparition soudaine de l'orgue (toujours en synthé !) évoque l'aspect humain de la musique, comme si l'homme cherchait un mince espoir, suggéré par le timbre religieux de l'orgue (la prière de l'homme pour l'espoir de son avenir ?). Ce thème à la Carpenter colle parfaitement aux images et le film doit beaucoup à ce thème sinistre et répétitif.

Bref, il s'agit peut-être d'une des BO les plus anodine de Morricone, face à de tels chef d'oeuvre comme Mission ou Il était une fois en Amérique, mais combien de musique de Morricone ont autant collés au film que celle de The Thing ? Peu, parce que The Thing rattrape sa matière musicale assez faible sur sa puissance avec les images. Une oeuvre à connaître, mais difficile d'accès pour les oreilles inexperimentées. En tout cas, The Thing est une vraie expérience musicale

 

Quentin Billard

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