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Interview Carlos Saura : 'J'adore écrire les films musicaux car tu te racontes des histoires'
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Interview réalisée à Paris le 8 janvier 2009 par Benoit Basirico - Publié le 08-01-2009
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Le cinéaste espagnol qui rendit célèbre la chanson "Porque te vas" dans CRIA CUERVOS revient sur ses films musicaux, du flamenco au tango, en passant par le Fado.

Cinezik : Vous réalisez des films musicaux depuis Carmen (1983) et vous continuez avec une série de documentaires sur la musique ibérique (après "Sevillanas", "Flamenco" et "Fados)...

Carlos Saura : Je pense que tous mes films sont musicaux, mais il y en a qui le sont plus frontalement, comme SALOME, FLAMENCO, CARMEN, TANGO. Ce sont des films sans histoires, avec une simple succession de numéros d'artistes. L'idée est de tout faire en studio avec cette structure d'aluminium, transparente, que l'on peut illuminer, faire changer de couleur, faire des projections...

Quelle connaissance aviez-vous des musiques filmées ?

C.S : Je n'en suis pas un expert, ni du fado, ni du flamenco ou du tango, mais je me suis mis en relation avec des connaisseurs. 

Quel est votre travail de cinéaste à partir de toutes ces musiques ?

C.S : La première chose, c'est la sélection, ce qui n'était pas facile. Pour FADOS, il y a de grands talents musicaux au Portugal, des chanteuses et chanteurs formidables, j'ai lu trente à quarante livres sur le sujet, une littérature extraordinaire. Et donc la sélection s'est portée essentiellement sur ce que j'aimais, c'est la seule manière d'être confortable dans le travail.
 Ensuite, il y a la danse. Normalement, il n'y a pas de danse dans le fado actuel, mais j'en ai voulu pour la scénographie, c'était très important pour donner une certaine beauté au spectacle. Et aussi, il fallait trouver un rythme global entre tous les numéros, ce qui était pour moi le plus difficile.

Ce film a aussi des aspects fictionnels, avec certaines histoires qui s'opèrent entre les danseurs, comme une histoire d'adultère...

C.S : Je pense que le véritable fado raconte une histoire concrète, et dans le film il était opportun de signifier cela en faisant du théâtre avec les danseurs. J'aime beaucoup ce numéro.

Etait-il risqué en tant qu'espagnol de faire un film sur une musique portugaise ?

C.S : En faisant le film, j'imaginais les portugais disant "Qu'est-ce qu'il fait cet espagnol à raconter l'histoire du fado qui est notre histoire". C'est un peu la même chose si un portugais avait réalisé un film sur le flamenco (rires).

Les scénarios sont-ils élaborés avant le choix des chansons ou à partir de celles-ci ?

C.S : Il y a naturellement un scénario au départ, mais pour un film musical c'est très difficile, car tu dis "il y a un couple qui danse", et à partir de cela tu peux faire de la littérature, mais c'est inutile finalement. J'adore écrire les films musicaux car tu te racontes des histoires. Par exemple dans TANGO, c'était possible à partir des dialogues, mais avec la danse, c'est impossible. Pour FADOS, le scénario est simple, mais il faut tout de même y intégrer les idées de numéros. Après, sur le tournage, il y a d'importants changements, mais le scénario est la base du travail, sinon c'est impossible. Dans ce type de films, il y a une grande part d’improvisation, tout en tenant compte du fait que je prends les décisions après une première répétition préalable au tournage. C’est à ce moment que l’on décide de la scénographie, de la lumière et des mouvements de caméra.

Quel est votre rapport à la musique, de manière générale ?

C.S : La musique, c'est toute ma vie car ma mère est concertiste de piano, je l'ai donc écouté toute ma vie. J'adore la musique classique, mais aussi le flamenco, dés mes dix ans, bien que ma famille n'apprécie pas cela. J'aime aussi la musique ethnologique, d'Afrique, du Pakistan, ou du Japon... Dès l'enfance, je me suis senti très attiré par les musiques populaires. En Espagne, comme ailleurs dans le monde, il y a toujours des rythmes vivants et des chansons qui d'une certaine façon nous identifient. Je suis surtout intéressé par la possibilité d'utiliser les thèmes populaires non seulement pour les maintenir vivants dans le présent mais pour les projeter vers l'avenir. Il existe une tentative de renouvellement, de recherche et une vision différente pour aborder les thèmes musicaux et les danses.

Et quel est votre rapport avec les compositeurs de cinéma ?

C.S : Dés mes premiers films, il n'y a pas de compositeurs, j'avais peur de la musique composée pour les films, je n'aime pas, je préférais utiliser des musiques classiques ou de la variété comme la chanson de Poulette dans CRIA CUERVOS ("Porque te vas"). Pour DON GIOVANNI (2009), dans la première partie située à Venise, il y a du Vivaldi, car c'est l'époque, et dans toute la partie située à Vienne, la musique est de Mozart.

Quel genre musical que vous n'avez pas encore exploré vous tenterait pour un prochain film ?

C.S : Je veux depuis des années travailler sur la musique de Cuba, de Colombie, du Venezuela, de la musique formidable, dans un mélange d'Espagne et d'Afrique. [Ndlr : il a commencé à s'interesser au continent sud-américain avec "Argentina" en 2015]

Interview réalisée à Paris le 8 janvier 2009 par Benoit Basirico - Publié le 08-01-2009

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