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Interview Julie Delpy / LA COMTESSE
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Interview réalisée à Paris le 19 mars 2012 par Benoit Basirico - Publié le 19-03-2012
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Actrice, réalisatrice, compositrice et chanteuse française, Julie Delpy a commencé actrice en France chez Godard, Leos Carax ou Tavernier, avant de devenir réalisatrice à Los Angeles où elle vit désormais. Elle s'est mariée avec le compositeur Marc Streitenfeld. Elle compose elle-même la musique de ses films LA COMTESSE et TWO DAYS IN NEW YORK.


Cinezik : A quel stade pensez-vous à la musique de vos films ?

Julie Delpy : Quand j'écris les scénarios, j'écris des morceaux en même temps. Ca m'arrive très souvent d'écrire la musique et le scénario en même temps. L'écriture me fait penser à la musique et inversement. Quand j'écris j'entend des musiques, j'entend des voix, je suis un peu schizophrène (rires), pas médicalement, mais dans l'imaginaire. Une fois que j'ai écrit la musique, j'arrange pour les orchestres. Pour LA COMTESSE, j'ai eu la chance d'enregistrer à Abbey Road avec de très bons musiciens anglais.

Comment avez-vous conçu la musique de 2 DAYS IN NEW YORK ?

J.D : Pour 2 DAYS IN NEW YORK, il y a trois minutes de musique, je les ai faites avec des logiciels simples. On avait même réenregistré avec de vrais pianos mais on a gardé les sons d'origine un peu pourris. Je ne parle pas de Logic mais de plus petits logiciels. J'aime bien ces sons-là des fois, c'est pas mal pour une comédie ces sons un peu désuets.

Comment avez-vous défini les endroits où mettre de la musique ?

J.D : Je voulais de la musique pour les moments émotionnels, pas dans la comédie, car sinon ça fait "pouet pouet", et dans les quelques moments de montage du film. Je n'aime pas mélanger la musique avec les dialogues car ces derniers sont très denses, très rythmés, et s'il y a de la musique par dessus, ça écrase tout, ce n'est pas possible. J'ai tout de même ajouté de la musique pour la scène avec Vincent Gallo. Au début je n'en avais pas mis du tout, mais ça ne paraissait pas réaliste qu'il n'y ait pas de musiques dans un café à New York, donc j'en ai mis en filigrane. Ce n'est pas vraiment de la musique de film, j'ai utilisé une chanson à moi libre de droit.

Utilisez-vous des musiques de vos goûts pour aider le montage ?

J.D : Quand je fais le montage, j'ai rarement de musiques temporaires. Je ne les mets pas car j'ai peur que cela m'influence trop et qu'il soit difficile de s'en détacher. Tous les compositeurs le savent. Les réalisateurs s'y attachent et il faut ensuite faire du copier-coller pour les satisfaire. Tous les films hollywoodiens fonctionnent ainsi. Ce n'est pas ce que j'aimerais faire. Ou alors je prends un morceau classique que je laisse et j'achète les droits d'enregistrement, et sinon j'écris une musique originale.

La musique de la COMTESSE est un vrai Score élaboré, avec orchestre, pourquoi l'avoir composé vous-même au lieu de collaborer avec un compositeur ?

J.D : Quand j'ai fait LA COMTESSE, j'ai contacté un compositeur pour faire la musique de mon film et il m'a proposé quelque chose qui ne convenait pas à ce que je voulais. Il m'a alors dit que c'était ainsi qu'il travaillait, si ça ne me plait pas, tant pis. J'ai trouvé que c'était compliqué. Ca m'a fait très vite assez peur. Le problème que j'ai pour l'instant avec les compositeurs, c'est que c'est plus compliqué pour moi de leur expliquer ce que je veux, que de le faire. Quand j'arriverai à un niveau où j'aurai besoin d'un truc super complexe, je travaillerai avec quelqu'un de vraiment bon, car je ne suis pas vraiment bonne (rires). C'est simple ce que je fais en musique et il est plus évident pour moi de le faire pour correspondre à ce que je sens, car c'est tellement compliqué d'exprimer ce qu'on veut. Pour LA COMTESSE, je voulais une musique à la fois moderne et pas trop mélodramatique. J'ai écrit les morceaux en deux semaines, puis j'ai tout arrangé.

Vous avez composé cette partition seule ou avec de l'aide ?

J.D : Mon mari Marc Streitenfeld étant compositeur, c'est pratique dans le sens où il a tous les programmes, des matériels très bons, mais j'ai écrit la partition toute seule, il le dit lui-même. Il m'a juste aidé pour un morceau d'ambiance avec des voix, des effets sonores. Mais tous les autres, je l'ai écrits avec Logic, je ne vais pas dire que j'écris tout à la main (rires), mais j'ai cette formation, j'ai fait du solfège dés 5 ans jusqu'à mes 25 ans, une formation classique qui m'aide énormément, car même si je travaille sur Logic, je connais toutes les harmonies. J'écris donc pour les violoncelles, les basses, les harpes... J'ai aussi joué de la clarinette en orchestre donc j'ai un bon sens des orchestres. L'important, c'est la scène du film, son rythme et son angoisse... Après, mon mari a pris mes partitions et il est parti à Londres avec de très bons musiciens pour la faire jouer, car j'étais enceinte de 9 mois, donc j'attendais le bébé, j'ai pu diriger ma musique par Skype et Marc m'envoyait le son propre (pas celui de Skype) que je puisse lire mes notes. Il a donc produit la musique. Mais c'est moi qui ait tout orchestré, avec le soutien d'un orchestrateur qui a travaillé minutieusement sur les différents instruments.

Que pensez-vous globalement de la musique dans les films ?

J.D : Je trouve parfois qu'il y a trop de musiques dans les films. Par exemple dans "No country for old men" des frères Coen, il y en a très peu, par ci par là, et je trouve cela très bien. Il faut utiliser la musique modérément, seulement quand on en a besoin. Même Bernard Herrmann avec Hitchcock l'utilisait à des moments clés, ce n'est pas n'importe quoi, c'est précis. C'est important la précision dans la musique. Je trouve par exemple qu'il y a trop de musiques dans "La Taupe".

Où en êtes-vous avec votre projet d'album ?

J.D : Cela fait 7 ans que j'ai écrit un album que je n'ai toujours pas enregistré, c'est quand même dommage, ça prend deux semaines à enregistrer, faudrait que je le fasse. De toute façon, je ne vais pas tourner avant avril/mai de l'année prochaine, je suis en écriture d'un scénario, donc je vais prendre le temps dans les 8 mois pour le faire. Mais je ne suis pas sûre de le faire, c'est peut-être mieux que je le garde pour moi et que je le chante pour mon fils.

Vous êtes annoncée à la réalisation d'un biopic sur Joe Strummer...

J.D : J'ai eu envie mais j'ai décidé de ne pas le faire car j'ai peur de m'attaquer à un sujet anglais et que les anglais m'assassinent, surtout sur une telle figure du punk. C'est vrai que j'ai toujours été fan des Clash. On m'a proposé le scénario, mais je pense ne pas le faire. 
J'aime beaucoup le biopic, j'adore "Control" et "Velvet Goldmine" qui est un de mes films préférés que je connais par coeur. Je peux vous faire Ewan McGregor qui fait Iggy Pop (rires). J'en ai d'ailleurs parlé à Ewan rencontré récemment.

Interview réalisée à Paris le 19 mars 2012 par Benoit Basirico - Publié le 19-03-2012

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