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Interview Philippe Sarde : sa leçon de musique de film
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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 14-05-2017
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Compositeur phare du cinéma français durant 6 décennies, il a débuté à 16 ans grâce à Claude Sautet (pour LES CHOSES DE LA VIE), et a signé plus de 250 musiques de films auprès de cinéastes aussi différents que Roman Polanski, Jacques Doillon, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Georges Lautner, Marco Ferreri, Jean-Jacques Annaud... Philippe Sarde nous dévoile ses règles d'or de la musique de film.

 Philippe Sarde : 10 B.O du compositeur disponibles en digital (BMG, 12 mai 2017)



Interview de Philippe Sarde

1. La musique n'est pas une question de longueur

Je suis très bressonnien comme musicien, je pense qu'à la limite un film n'a pas besoin de musique. Il y a certains films qui n'ont pas besoin de musique. La musique n'est pas une question de longueur, ce n'est pas une question de minutage, c'est la question "est-ce qu'elle va frapper". Mais j'en enregistre beaucoup pour pouvoir l'écouter sur un disque et la découvrir autrement, en concert par exemple. 

2. La musique existe par elle-même.

Elle existe en tant que musique seule. J'essaie toujours de faire la musique du film, mais il faut faire toujours attention à ce que la musique existe par elle-même en tant que musique. Elle marche donc toute seule. Elle n'a pas besoin de béquilles, ce n'est pas une béquille du film. Les musiques sont des scénarios parallèles, donc ce n'est pas une béquille pour le film, je n'ai jamais fait de béquilles, les musiques racontent quelque chose d'autre, qu'on ne voyait pas, la musique peut être écoutée seule puisque ce n'est pas filmé !

3. Garder en tête qu'il y ait un thème

Dans ma musique, il y a la couleur et la mélodie. J'essaie d'être toujours mélodiste, de garder toujours en tête qu'il y ait un air, même s'il est à moitié caché, un air pour que les gens ne soit pas perdus. Je fais toujours attention à cela. Tout le monde aujourd'hui peut faire de la musique, mais s'il n'y a pas un air qui tout d'un coup est différent des autres... ce n'est pas la peine. Ce que je regrette aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus d'air dans les films. C'est terminé ! Il y a juste du sound-design. Je trouve cela très dommage. Peut-être parce que les gens ne savent plus faire de la mélodie, je ne connais pas la raison ! Mais tous les grands films, qu'ils soient américains ou italiens ont des thèmes formidables ! Aujourd'hui, le thème est suspect. Je trouve ça incroyable ! Je trouve cela tellement fou que moi, je ne peux pas faire des films sans thèmes. C'est pour cela que mes musiques peuvent être écouter en dehors du film. Je suis assez égoïste là-dessus quand même, à chaque fois je me dis "est-ce que je vais pouvoir la réécouter après". 

4. Ne pas être à la mode

Tous les metteurs en scène avec lesquels j'ai travaillé m'ont soutenu. Toute ma vie, depuis LES CHOSES DE LA VIE, jusqu'à aujourd'hui, même si je fais moins de films aujourd'hui, je n'ai pas envie d'aller faire des musiques à la mode, tous les metteurs en scène m'ont soutenu à ne pas être à la mode, c'était des batailles terribles, mais heureusement que le metteur en scène était avec moi, contre les producteurs, contre tout le monde... il me soutenait, j'ai eu cette chance. Je n'avais pas besoin de leur expliquer pourquoi il ne fallait pas être à la mode, d'abord parce que ça démodait leur film, ça démodait ma musique, et comme ma musique est dans leur film, il y avait un truc qui ne marcherait pas. C'est pour cela que si on écoute la musique de PONETTE aujourd'hui, on a l'impression que je l'ai enregistrée hier. J'ai essayé toujours d'être intemporelle. 

5. Casser la vaisselle

J'aime tout d'un coup casser la vaisselle, ça m'amuse. Je pense que dans une musique de film, la musique doit surprendre, même si le spectateur ne l'analyse pas comme je suis en train de l'analyser, mais on a l'impression qu'il va se passer quelque chose dans le film. J'adore bousculer finalement. Je n'ai pas fait Mai 68, j'étais trop jeune, mais ce qui est marrant, c'est de foutre la merde avec la musique, mais une merde organisée. C'est pour cela que je parlais de vaisselle cassée. J'aime bien casser la vaisselle des autres pour que cela leur ressemble. Ils reconnaissent leur vaisselle, ils la voient cassée et ils sont contents, ils ne sont pas dépaysés puisque c'est leur l'assiette dans laquelle ils ont mangé une heure avant.

6. La musique doit ressembler aux acteurs

La musique doit ressembler aux acteurs. Par exemple, les musiques que j'ai faites avec Romy Schneider, elles ressemblent à Romy. Les musiques que j'écrivais pour les films de Romy étaient des musiques d'abord pour Claude Sautet, c'était à travers le regard de Claude, ou celui de Granier-Deferre, que Romy était belle. Et puis j'étais avec Romy, donc c'était difficile pour moi, c'était compliqué. Filmée par Claude, Romy était exceptionnellement différente, et la musique était beaucoup plus belle si elle passait par Claude. 

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 14-05-2017

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