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AVA de Léa Mysius (Semaine de la Critique, Cannes 2017) / Interview de Florencia Di Concilio
#Cannes2017,

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 27-05-2017
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Florencia Di Concilio signe la musique du premier long-métrage de Léa Mysius avec une partition singulière de violoncelle et percussions sauvages pour s'achever avec lyrisme et l'apport des cordes pour illustrer l'envol de l'amour des deux adolescents. Le film a remporté le prix SACD à la Semaine de la Critique.

Interview Florencia Di Concilio

Cinezik : Comment s'est faite la rencontre avec la réalisatrice ?

Florencia Di Concilio : La rencontre avec la réalisatrice s'est faite grâce à deux personnes, qui étaient assez intelligentes pour comprendre la sensibilité de chacune, et nous mettre en contact, avec en premier lieu le superviseur musical du film Martin Caraux.

Quelle était l'intention musicale ?

F.D.C : Léa voulait des grincements de cordes, jouées de manière non traditionnelle, dans une recherche sonore. J'ai enregistré au fur et à mesure cette bande de son avec la présence de la réalisatrice. Je n'ai pas ressenti cette angoisse que l'on a de proposer ce qu'on a fait au réalisateur pour voir si ça lui plaît, parce qu'elle était présente avec moi dans cette recherche sonore. J'ai même demandé à Léa de jouer du piano.

La réalisatrice avait des idées précises ?

F.D.C : Elle sait exactement ce qu'elle veut. Elle était d'abord scénariste, et si on lit le scénario de ce film, on se rend compte que le film et le scénario sont une même chose. Le ton de la musique est donné au scénario. Elle ne donne pas d'indication musicale dans le scénario, mais on s'en rend compte en lisant, de manière très subtile. Elle n'est pas directive, mais claire. C'était un vrai plaisir de travailler avec elle, elle n'a aucun doute, ou alors des doutes de dialogue. Elle n'ai juste pas dictatoriale, mais elle sait ce qu'elle veut.

Quels ont été les choix instrumentaux ?

F.D.C : J'ai décidé d'utiliser le violoncelle. C'est la première fois que j'en jouais. Mais du coup, cela aide à pouvoir ressortir des choses de manière inconsciente, en se détachant de la partie technique puisque j'en ai pas, et d'aller juste vers la découverte de sonorités et de textures, en suivant presque instinctivement les textures de l'image. Cela donne quelque chose de très texturé dans la musique.

Vous prêtez attention à l'aspect sonore de la musique...

F.D.C : Ce que j'aime dans la musique de film, c'est de prendre un bruit, n'importe lequel, est de le rendre musical. Par exemple, prendre la pluie, une fréquence quelconque, et de faire ressortir un aspect musical, de créer une instrumentation un peu hybride, ce qui est très utile dans la musique de film pour éviter de tomber dans les clichés.

La musique emprunte une voie parallèle, pas forcément justifiée par les images...

F.D.C : À aucun moment j'ai essayé de souligner un sentiment ou une action, car cela aurait été redondant puisque il y a déjà la richesse des images et du jeu des acteurs qui se suffisent à eux-mêmes. La musique ne peut pas souligner tout cela. Elle doit avoir une vie qui parfois peut être en contrepoint. La musique du début est en contradiction avec les images de cette plage un peu caricaturale.

Comment avez-vous pensé l'unité et l'évolution de la musique ?

F.D.C : La musique a une cohérence, une ligne narrative tout le long du film. La musique suit le parcours ophtalmologique, la progression de la perte de vue du personnage. Plus elle perd la vue et plus son monde devient obscur, plus la musique s'illumine, et plus la musique devient cohérente et tonale. D'une certaine manière, plus le personnage perd le contact visuel avec ce monde qui l'entoure et qui est un enfer pour elle, plus elle s'approche de la liberté. Et pour moi musicalement, la liberté c'est la tonalité.

La musique n'est pour autant pas mélodique, elle est plutôt abrupte...

F.D.C : Il y a un aspect préhistorique, le garçon du film est un fauve, et elle aussi. Le film est primitif, sauvage, mais toujours très subtil. Donc j'ai essayé de l'être également subtile dans la musique. C'est une sauvagerie contrôlée.

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 27-05-2017

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