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Interview 'Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête' (ACID, Cannes 2017) / Ilan Klipper & Frank Williams
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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 29-05-2017
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Le chanteur et guitariste franco-américain Frank Williams signe la musique du premier long-métrage de Ilan Klipper avec ses acolytes Olivier Bodin et Benoit Daniel au sein du groupe français The Ghost Dance, avec plusieurs chansons dont "Ophélie" qu'il interprète à l'image avec sa simple guitare acoustique. On y entend aussi à la fin le Don Juan de Mozart dans un nouvel arrangement.

Interview Ilan Klipper & Frank Williams

Cinezik : Frank, de votre parcours au sein de groupes de rock jusqu'au cinéma, comment le passage s'est fait ?

Frank Williams : J'ai toujours joué dans des groupes, adolescent. Dès que j'ai su jouer de la guitare, j'ai fondé des groupes, et aujourd'hui encore je continue. Je suis passé beaucoup par la scène, qui m'a amené au théâtre, et de là au cinéma.

Ilan, comment avez-vous pensé à Frank Williams pour "Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" ?

Ilan Klipper : Je connaissais déjà sa musique à travers ses concerts. On a travaillé ensemble sur un court-métrage pour lequel je lui ai demandé de mettre un morceau sur un endroit du film. Il avait tout de suite compris l'univers, ça convenait tout de suite. C'est un musicien très singulier.

Quelle était votre intention musicale pour ce premier long-métrage ?

I.K : Ca ne m'intéresse pas du tout une musique de film qui vient juste mettre une ambiance. J'ai tout de suite dit à Frank que je voudrais que l'on retienne la BO en sortant du film, que les spectateurs la remarquent et aient envie de l'écouter en dehors. Les morceaux sont quasiment en entier dans le film.
Au départ avec Frank, on s'est retrouvés avec un stylo et une feuille pour noter des idées. Il fallait vraiment créer quelque chose qui soit fort avec le film, que la musique reste une création de Frank mais qui s'inscrive en même temps dans le film, qui vienne se fondre avec quelque chose qui se développe en parallèle. On a ainsi défini les intentions ensemble.

F.W : On a beaucoup discuté en amont, bien avant le tournage. C'étaient des discussions, des échanges, avec cette note d'intention comme base, comme cadre. Il y a eu plein de procédés différents. Il y a des morceaux que j'ai composés avant le tournage, après avoir parlé avec Ilan. Et il y a des morceaux qu'on a faits après ou pendant le montage, sur les images. Pareil pour les formats, cela a pris des couleurs très différentes et variés d'un morceau à l'autre.

Vous jouez un personnage du film qui à un moment prend sa guitare et se met à chanter la chanson "Ophélie"... quelle est la construction de cette scène ?

F.W : Pour cette chanson, on faisait des tests avec Ilan. J'avais ramené ma guitare sur le plateau, j'ai joué une chanson très très triste d'un compositeur hongrois, et quand on faisait ces essais avec la caméra, Ilan m'a tout de suite dit qu'il voulait cette chanson dans le film. Or c'était une reprise, donc j'ai composé une chanson dans l'idée, j'ai essayé de faire la chanson la plus triste que je pouvais écrire. C'était paradoxal car c'était le moment où ma copine accouchait et où j'étais très très heureux.

Ilan, vous avez laissé une grande place à l'expression musicale de Frank pour le film...

I.K : Ce qui m'intéresse, c'est le travail avec quelqu'un qui me surprenne, comme pour cette scène où Frank chante à la fin. Le morceau est quasiment en intégralité. Cette chanson est dans le film parce que la scène est bien, parce qu'elle marche grâce à lui. C'est lui qui raconte cette histoire qu'il m'avait racontée au moment des essais. C'est lui qui fait vivre le plan en la chantant. Moi qui vient du documentaire, je vois si la scène me plaît ou pas, si je la trouve formidable je la mets dans film. C'est lui par sa musique, par l'univers qu'il a mis en place, qui fait que cette scène existe. C'est SA scène. Ce sont des allers-retours permanents. Je m'inspire des gens autour de moi.

En quoi la musique est reliée au personnage principal de ce film ?

I.K : Pour moi, le film est dans la tête du personnage de cet écrivain qui vit seul. C'est un personnage mégalomaniaque. Comme tout artiste qui se prend un peu pour Dieu, quand tu écris un roman, que tu traces le destin de personnages, que tu as l'impression que tu vas imaginer leur naissance, leur mort, leur amour, tu te crois tout puissant. Ce personnage est dans cette forme de mégalomanie, et parfois tu l'es d'autant plus en étant marginal, en ayant du mal à te faire reconnaître dans ta création, et du coup dans le rapport aux autres tu penses que les gens ne te comprennent pas..

Le morceau de Mozart (arrangé par Frank) à la fin du film illustre bien cette grandiloquence...

I.K : J'aimais bien l'idée que le film se termine avec un grand plan du personnage de dos, et un travelling avant. Je voulais pour ce plan une musique "cathédrale", quelque chose à l'image de cette mégalomanie du personnage, avec une musique qui emporte tout, où l'on se dit que c'est colossal. Je voulais en même temps que ce soit beau, que ce soit fragile, parce que c'est un artiste écorché, fragile, et c'est là que Frank a eu l'idée de ce morceau qui pour moi est parfait pour incarner le personnage, ce morceau incarne sa fragilité, sa mégalomanie.

F.W : Tu parles de mégalomanie, dans le fantasme de Mozart il n'y a pas plus grandiose. On l'a enregistré bien avant le film, avec des vieux synthés, une guitare électrique, et cette chanteuse Bianca Iannuzzi qui a improvisé sur cette ouverture de Don Juan,. Ce qu'on entend chanter n'est pas dans la partition de Mozart, c'est quelque chose qu'elle a ajoutée. Ce morceau est comme une sorte de volcan, avec cette progression en escalier, les arpèges de Mozart complètement dingues, qui montent et qui descendent. Avec tout ce bouillonnement, on peut tout imaginer, on sait qu'il se passe quelque chose dans la tête du personnage.

Ilan, quel est votre regard sur les compositeurs pour le cinéma ?

I.K : Il ne me serait pas venu à l'idée de travailler avec des professionnels de la musique de film. Je ne veux absolument pas dénigrer qui que ce soit en disant cela, mais je voulais vraiment travailler avec un musicien, quelqu'un que je respecte en tant qu'artiste, quelqu'un à qui je ne vais pas dire ce je veux qu'il me fasse, quelqu'un dont j'attends au contraire qu'il m'apprenne quelque chose.

Vous étiez préparé à ce type de collaboration après votre court-métrage "Juke-Box" centré sur le personnage du chanteur Christophe...

I.K : J'étais dans une relation avec Christophe et Frank de la même nature. Je leur parle lointainement de mes goûts, de mes désirs par rapport à des scènes vers lesquelles j'aimerais aller. Je leur parle de certaines références, mais derrière, ce n'est pas à moi de leur dire ce qu'ils doivent faire. Je leur dis juste "quand tu as fini, tu me fais écouter le morceau".

Dans "Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête", il y a aussi l'histoire d'amour... Dans quelle mesure la musique joue cet aspect ?

I.K : Lors de la fête, on a baissé au montage le son des gens, les paroles, pour que la musique devienne le rythme général, pour dire qu'il y a quelque chose de plus fort qui va balayer tout, qui nous emmène ailleurs, à ce moment acoustique que Frank a créé et où l'on tombe dans quelque chose de plus romantique. Pour moi, ce film est avant tout un film romantique, la vraie histoire dans le film est une rencontre amoureuse. C'est cela qui stimule le personnage de l'écrivain.

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 29-05-2017

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