
1° Le Cinéma Underground Américain

Le Cinéma Indépendant, en marge d’Hollywood a presque toujours existé mais ce n’est qu’au début des années 60 que la fusion entre Musique et Cinéma a été déterminante. A cette époque, une contre culture menée par le mouvement hippie se développe et le Jazz, le Rock, la Pop music deviennent l’expression de toute une frange de la population en lutte contre le conformisme social.
Aux Etats-Unis, lorsque les premières caméras légères en 16mm. sont apparues, les réalisateurs ont pu bénéficier d’une plus grande indépendance. Les premiers documentaires des frères Maysles ou des gens comme DA Pennebaker, Richard Leacock s’attachent à retranscrire la réalité brute de la société (Direct Cinema). Partant sur ce principe d'autonomie, Film Culture (revue qui soutient l’avant-garde cinématographique) développe un New American Cinéma, en publiant des manifestes et en organisant des réunions pour permettre la création d’un cinéma américain en opposition à Hollywood tant sur le plan thématique que sur le plan esthétique… Ce mouvement connut son apogée avec la célébrité de quelques films expérimentaux d’Andy Warhol (Sleep (1963), Eat (1963), Chelsea girls (1966)), et de son associé Paul Morrisey (la trilogie Flesh (1968), Trash (1970), Heat (1972). Ces films furent d’abord diffusés à New York puis, le succès venant dans un certains nombres de villes des Etats-Unis…
A la fin des années 60 grâce notamment à la formidable vague de libération des mœurs emmené par Woodstock, apparaît les gros succès du Cinéma indépendant comme Easy Rider de Denis Hopper (1968), un western moderne et psychédélique.

Sur le plan audio-visuel, la collaboration entre Andy Warhol et le groupe de Rock The Velvet Underground mené par Lou Reed et John Cale fut un évènement unique.
En 1965, dans le quartier New-yorkais de Greenwich Village, au Café Bizarre, le groupe se rassemble pour assurer la partie musicale d’Andy Warhol’s up-tight, un spectacle multimédia combinant films expérimentaux, diapositives, jeux de lumières psychédéliques, musique improvisée, chanson et danse.
Le phénomène de plus en plus massif de la contre-culture (Youth Culture) a conduit ainsi Hollywood à exploiter le filon de l’underground et à aligner son Cinéma sur cette tendance populaire… C’est ainsi que dans les années 60, beaucoup de films produits par des Majors furent conçus dans un esprit proche du Cinéma indépendant.

Bonnie and Clyde (1967) d'Arthur Penn, les films de Peter Bogdanovitch, The last Picture Show (1971), Paper Moon (1973), Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg (1971), un film brut et très réaliste sur le monde des toxicomanes, Macadam Cow-Boy (1969), de John Schlesinger, rendu célèbre par la chanson d'Harry Nilsson Everybody's talking. Un film magnifique et profond sur l'Amérique marginale interprété Par John Voight et Dustin Hoffmann ; la musique est signée John Barry. Après avoir travaillé à la télévision chez CBS, Sidney Lumet se livre à une critique perspicace de la société Américaine. Le film Serpico (1973) avec Al Pacino, traite de la police corrompue tandis qu'en 1975, Un après-midi de chien (1975) et surtout Network (1976) se livrent à une critique virulente des médias et de la politique spectacle télévisuelle .
La Fox a même financé quelques films du Cinéaste marginal Russ Meyer dont La Vallée des Plaisirs en 1970, un film classé X dés sa sortie avec une musique vite oubliable et The Seven Minutes en 1971 tout deux tournés en 35mm et Cinémascope.
Le Documentaire de Ted Demme et Richard Lagravenese, Une décennie sous Influence réalisé en 2003, revient sur cette époque révolutionnaire où les nouveaux cinéaste Américains indépendants redéfinissaient alors un Nouveau Cinéma Hollywoodien : réaliste, acerbe et accessible au grand public.

Dionysus in'69, la pièce du Performance Group filmée par Brian de Palma.
Ci-dessus, une danse de Joie en l'honneur de Dionysos
En 1969, Brian De Palma, Robert Fiore et Bruce Rubin filment à Greenwich Village Dionysus in'69. Une libre adaptation des Bacchantes d'Euripide Interprétée par la troupe new-yorkaise de théâtre Performance Group et mis en scène par Richard Schechner. Un messager raconte le démembrement du corps de Pentheus par des femmes qui iront jusqu'à le dévorer. Le spectacle, véritable performance dans l'esprit libéral des 70's jongle entre texte écrit, musique, chant et improvisation. Le public est assis autour de la scène à même le sol.
Filmé en continu par deux caméras 16mm, Brian de Palma inaugure sa fameuse technique du split-screen en divisant le cadre en deux écrans pour mieux représenter l'interaction entre le public et les comédiens ; un procédé déjà utilisé par Andy Warhol dans Chelsea Girls. Le film est monté dans l'esprit du Cinéma Vérité ; un découpage minimal afin de mieux restituer la continuité du temps théâtral. Le clou musical de la pièce est la scène de débauche collective des fêtes dionysiaques. Pendant 12mn, musique, chant et danse culminent dans une véritable débauche jubilatoire où tout le monde finit à poil, les uns sur les autres. On pense à la performance de Carolee Schneemann Meat Joy , crée en 1964. Les spectateurs se mêlent à la fête et on ne sait plus trop où sont les véritables comédiens.Tambours africains, clochettes, gongs et tambourins battent la cadence sur une mélodie incantatoire jouée à la flûte traversière. Comme le dit lui-même De Palma aux journalistes qui lui ont consacré un ouvrage (Brian De Palma - Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud . Editions Calmann-lévy) : "C'étaient les années soixante messieurs! Croyez-moi, vous avez vraiment raté quelque chose."

Concernant la Soul-Music, elle trouve son équivalent visuel en 1970, avec le Cinéma de Blaxploitation amorcé par le cinéaste noir Melvin Van Peebles dans Sweetback Badaass Song qui signe sa propre musique avec l’un des membres du groupe Earth Wind and Fire. Ce film expérimental sans compromis atteind un succès immédiat car il montre pour la première fois le vrai visage de la communauté noire. Cette idée sera évidemment tout de suite récupérée par les Majors Hollywoodiennes qui flairant le bon coup s’empressent de montrer des héros noirs complètement stéréotypés avec Coupes afro et costumes à pat d’eph dans Shaft (1971), Black gun, Slaughter, Hit man (1972)