
1° Day Of The Fight (1951), Fear and Desire (1953), Killer’s Kiss (1955), The Killing (1956)
6° 2001 A Space Odyssey (1968)
Pour certains commentateurs, Kubrick doit beaucoup au cinéma de Max Ophüls, le réalisateur allemand de LIEBELEI. Mouvements de caméra, mélange des genres, humour, froideur et expressionnisme, thématiques, les parentés sont nombreuses. Elles existent également dans le domaine musical : « En effet, si le réalisateur de 2001 et d’ORANGE MECANIQUE peut être considéré comme un précurseur de la « musique à regarder » parce que ses films contiennent de véritables clips vidéos avant l’heure, le réalisateur des comédies « viennoises » réalisa en 1936 deux « ciné-phonies » (sur la « Valse brillante » de Chopin et l’« Ave Maria » de Schubert ) qui, du fait de leur brièveté (respectivement six et cinq minutes), peuvent être considérés comme les premiers spots musicaux publicitaires de toute l’histoire du cinéma. » (1)
Mais l’impact de la musique chez Kubrick est plus important que cela. Depuis 2001, Kubrick s’est engagé dans une démarche cinématographique pure. Le Septième Art est appréhendé de façon exclusivement sensorielle. Une démarche qui rappelle celle d’Antonin Artaud, que Stanley Kubrick aimait beaucoup : l’écrivain Français, connu pour sa démence, se plaignait que le « théâtre occidental ne voie pas le théâtre sous un autre aspect que celui du théâtre dialogué » , ajoutant que « la scène est un lieu physique et concret qui demande qu’on lui fasse parler son langage concret (…) destiné aux sens et qui doit d’abord les satisfaire : il y a une poésie pour les sens comme il y a une poésie pour le langage. » (2)
Le cinéma de Kubrick suit ces enseignements : les dialogues sont réduits à leur plus simple expression – dans 2001, les protagonistes de l’histoire ne disent que des platitudes. Kubrick, qui a toujours souhaité réaliser un film muet pour la richesse des procédés narratifs que ce procédé offrait, a donc ôté aux dialogues leurs fonctions narratives et cherché à transmettre son message de manière plus subliminale et plus subtile, en touchant le subconscient du spectateur plutôt qu’en exploitant les commodités de la parole. Michel Sineux dira ainsi que « le cinéma de Kubrick est sans doute le plus « cinématographique » qui soit, dans la mesure où son élucidation dépend uniquement de l’exégèse de formes dont les composants s’appellent images, son, musique, et que ces formes sont le fond du film.» (3)
Dans ce contexte, la musique intervient à la fois comme une composante psychosensorielle du cinéma de Kubrick, mais également comme une explication de ce qui est visible sur l’écran.
Le réalisateur Tony Palmer dit qu’il y a un avant Kubrick et un après Kubrick du point de vue musical. Avant on utilisait la musique de manière décorative ou pour renforcer les émotions, avec Kubrick la musique fait partie de la narration, elle est un élément essentiel de la portée intellectuelle du film. Les distributeurs des films de Kubrick ne s’y sont pas trompé : les titres des chapitres, indiqués sur le boîtier des DVDs vendus par la Warner Bros, sont accompagnés en italique du titre de la musique qui accompagne la séquence, un fait assez rare qui mérite d’être souligné, même si les erreurs demeurent assez fréquentes.
Le génie de Kubrick est également d’avoir empreint de sa personnalité les thèmes mêmes qu’il utilisait. De nombreux airs ont été ainsi utilisés par la publicité par référence à ses films, sans que jamais le consommateur ne croit entendre l’air original. Ainsi « Ainsi Parlait Zarathoustra » est devenu un hymne qui, dans l’imaginaire des gens, fait penser à l’espace et à la force. Et ce n’est pas pour rien, car Kubrick a réussi à donner sens à ces morceaux. « Le metteur en scène s’est véritablement approprié toutes les composantes du film et, n’en déplaise aux contempteurs des « musiques en conserve pêchées dans les sonothèques », les Erynnies ont envahi l’univers, et la musique qu’elles font n’est plus de Bartok, Ligeti, Penderecki ou Berlioz : elle est de Stanley Kubrick. » (4)
L’analyse musicale des films de Kubrick révèle en effet une très grande science de l’illustration sonore : elle laisse penser que dans l’âme, le réalisateur américain était autant un musicien qu’un cinéaste. Tout apprenti compositeur devrait s’intéresser de plus près à l’œuvre de Kubrick : sa gestion de la musique préexistante est une leçon pour tout musicien qui cherche à percer le désir d’un réalisateur et à connaître le moyen d’écrire une œuvre forte qui se soumet en même temps aux impératifs de la synchro.
On peut affirmer sans crainte d’exagérer que peu de réalisateurs ont aujourd’hui retenu la leçon Kubrickienne : la filmographie de Kubrick reste bien unique de ce point de vue.

KUBRICK Stanley : Fear and Desire (1953)
KUBRICK Stanley : Killer’s Kiss (1955)
KUBRICK Stanley : The Killing (1956)
KUBRICK Stanley : Paths Of Glory (1957)
KUBRICK Stanley : Spartacus (1960)
KUBRICK Stanley : Lolita (1962)
KUBRICK Stanley : Doctor Strangelove (1963)
KUBRICK Stanley : 2001 A Space ODYSSEY (1968)
KUBRICK Stanley : A Clockwork Orange (1971)
KUBRICK Stanley : Barry Lyndon (1971)
KUBRICK Stanley : The Shining (1979)
KUBRICK Stanley : Full Metal Jacket (1987)
KUBRICK Stanley : Eyes Wide Shut (1999)
KUBRICK Vivian : Stanley Kubrick, A Life In Pictures (2001)
KUBRICK Vivian : Making Of Shining (1979)

DIVERS, Encyclopédie Microsoft® Encarta® 2001
DIVERS, « Stanley Kubrick. Dossier Positif » (Rivages)
DIVERS, « Présences 2006 » (Radio France) (Livret d’accompagnement du festival Présences 2006 consacré à Penderecki)
AGEL Jérôme, « The Making Of Kubrick’s 2001 »
BAXTER John: « Stanley Kubrick, a biography » (Caroll and Gras)
BERNARDINI Sandro: « Le Regard esthétique ou la visibilité selon Kubrick » (Presses Universitaires de Vincennes)
BIZONY Piers : « 2001 : Le Futur Selon Kubrick », préface de Arthur C. Clarke (Cahiers du Cinéma)
CASTLE Alison (éditeur) : « Les Archives Stanley Kubrick » (Taxhen)
CHION Michel, « Stanley Kubrick » in « La musique au Cinéma »
CIMENT Michel : « Stanley Kubrick » (Calmann-Levy) (l’ouvrage de référence)
GIULANI Pierre: « Stanley Kubrick » (Rivages)
KAGAN Norman : « Le Cinéma de Stanley Kubrick » (Ramsay)
MOREL Diane, « Eyes Wide Shut ou l’étrange labyrinthe » (PUF)
WALKER Alexandre: « Stanley Kubrick directs » (Harcourt Brace Jovanovitch)
GAUER Daniel : « De Paths Of Glory à Full Metal Jacket: d’une guerre l’autre selon Stanley Kubrick »
GIULANI, Elizabeth. « Stanley Kubrick et la musique ». AFAS - Association française des détenteurs de documents sonores et audiovisuels, 21 octobre 2005 [en ligne] , (http://afas.imageson.org/document57.phpl)
LEJEUNE Vivien & LEPRÊTRE Didier, Cinéfonia Magazine, Janvier 2006, Entretien avec Wendy Carlos.
MCDONAGH Michael & NORTH Anna: « Alex North – Biography » (http://alexnorthmusic.com)
REMIS Xavier, COUJARD Dominique : « The dawn of man : L'aube de l'humanité » (http://www.ac-nancy-metz.fr/CinemaV/2001/decoup.htm)
Critique du disque « Strangelove Kubrick, Music from the films of Stanley Kubrick », Leitmotiv N°11

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STRANGELOVE KUBRICK : Music from the films of Stanley Kubrick CD - Silva América - 19 titres (1999) (interprétée par l’Orchestre Philharmonique de la Ville de Prague dirigé par Paul Bateman, et par Mark Ayres aux synthétiseurs) |
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2001 : Music from the films of Stanley Kubrick CD - Silva Screen - 18 titres (2005) |
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SPARTACUS CD – MCA Classics – 11 titres |
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SPARTACUS LP – Brunswick - 11 titres (1960) |
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SPARTACUS CD – Tsunami – 18 titres |
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SPARTACUS CD – Trax Music - 11 titres |
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LOLITA CD - Rhino Records – 23 titres (1997) |
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2001 A SPACE ODYSSEY CD - Polydor – 7 titres |
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2001 A SPACE ODYSSEY CD - Rhino Records – 13 titres (1996) |
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ALEX NORTH’s 2001 (Direction : Jerry Goldsmith) CD - Varèse Sarabande – 12 titres (1993) |
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A CLOCKWORK ORANGE CD - Warner Bros – 15 titres |
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BARRY LYNDON CD - Warner Bros – 19 titres (1995) |
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FULL METAL JACKET CD - Warner Bros – 15 titres |
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SHINING LP - Warner Bros – 8 titres (1980) Un magazine japonais a également vendu en 2000 après souscription une version limitée de 60 Cds remasterisés contenant 13 titres extraits de Shining (Reflex Records) |
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EYES WIDE SHUT CD - Warner Bros – 14 titres (1999) |

Remerciements chaleureux à Sylvain Rivaud pour m’avoir aidé à trouver les derniers éléments qu’il me manquait pour terminer ce volumineux dossier.
Remerciements à la BPI du Centre Georges Pompidou et aux rédacteurs des sites Internet sus-mentionnés.