- publicité -

Accueil > Repères > historiques > Dossiers Compositeurs

Mychael Nyman

(Par Julien Mazaudier)

Making a Splash (1984) / Zoo (1985) (A Zed and Two Noughts) /
Drowning By Numbers (1988)

Making a Splash (1984)

Véritable chorégraphie aquatique, ce documentaire de 25mn réalisé pour la chaîne de télévision anglaise Channel Four est une célébration du corps humain dans l’eau. Un thème que l’on retrouve fréquemment dans les œuvres de Peter Greenaway. Portée sur la musique omniprésente de Michael Nyman, le film se base sur l’idée Darwinienne des différentes phases évolutives de l’espèce humaine. On suit des poissons et des batraciens nageant dans l’eau puis la caméra, en vue sous-marine filme un nouveau né en train de faire ses premiers pas dans une piscine, on passe ensuite sur des groupes d’enfants puis d’adolescents en train de nager et d’effectuer des plongeons… Le film s’achève sur un véritable ballet chorégraphique de natation synchronisée.
Le montage particulièrement audacieux rappelle beaucoup la technique du film-clip de Godfrey Reggio, Koyaanisqatsi (1982), un documentaire où l’image entretien une relation fusionnelle avec la musique. Peter Greenaway inclut également la "voix" de l’eau (Ruissellements, gouttelettes, cascade, plongeon…) et la synchronise brillamment dans la partition de Nyman comme si elle faisait partie de l’orchestre. Par moment, il supprime le son et ne garde que la musique. Lorsqu’une gouttelette d’eau tombe sur une feuille ce n’est pas l’eau que l’on entend mais un motif tambourinant de percussion.

La musique, extrêmement lyrique et légère de Nyman est certainement l’une de ses premières pièces à se détacher considérablement du style néo-baroque et répétitif des débuts. Le motif final, Synchronising, extrêmement tonique et pulsatif vient accompagner le groupe des danseuses de nage synchronisée. On les voit effectuer, sous l’eau et à la surface des figures complexes et des splendides mouvements qui peuvent rappeler certains plans aquatiques du film Le Bal des Sirènes. Le montage de Peter Greenaway suit parfaitement la cadence musicale, alternant les plans à chaque changement harmonique. Il intègre également des inserts de plans d’eau qui ponctuent chaque mouvement. Le morceau de Nyman devient carrément pop à la fin du film où la batterie vient se rajouter à l’ensemble de l’orchestre ! L’alignement répétitif des dalles rectangulaires que l’on aperçoit sous la piscine, pendant le générique de fin, rappelle beaucoup le décor du plasticien minimaliste Sol Lewitt pour le ballet Dance de Lucinda Childs. Peter Greenaway a certainement dû être fasciné par cette magnifique pièce qui se rapproche beaucoup de ses propres conceptions artistiques. La musique du film se trouve sur le disque Kiss And Other Movements qui comprend également une version pour choeur et orchestre du court-métrage de Peter Greenaway 26 Bathrooms.

Zoo (1985) (A Zed and Two Noughts)

Un des points de départ pour Zoo, fût pour Peter l’analyse de quelques films scientifiques sur des animaux en décompositions. La structure du film se base sur les huit moments de l’évolution animale selon Darwin. En parallèle, une fillette répond à des devinettes. Trouver l’animal qui correspond à chaque lettre de l’alphabet. "A for Angelfish, B for Butterfly…" Une idée que Greenaway avait eue en travaillant sur un projet de livre pour enfant et qu’il reprendra dans son court métrage 26 Bathrooms.
Très alambiqué, Z.OO est certainement l’un des films les plus maladroits de Greenaway (lui-même le reconnaît). Malgré une qualité esthétique irréprochable, trop d’éléments narratifs disparates viennent parasiter le thème initial, l’évolution de l’espèce, un sujet pourtant intéressant. Sur le dvd, édité chez MK2 le commentaire audio du réalisateur se révèle même être plus captivant que le film lui-même. La musique de Nyman est par contre très inspirée sur des pièces telles que Prawn Watching ou l’escargot, un morceau joué par un clavecin endiablé et dont le crissement des violons dans l’aigu rappelle beaucoup l’exubérance de la musique tzigane. Cette musique, fréquemment utilisée dans le film accompagne l’image d’animaux en décompositions. Reptiles, mammifères, oiseaux…
En complément de la Bande Originale, une transcription de l’œuvre pour petit orchestre et violon solo (interprété par Alexander Balanescu) peut s’écouter sur le disque Zoo Caprices.

 

Drowning By Numbers (1988)

Drowning By Numbers est lui aussi assez particulier. Il raconte l’histoire d’un triple meurtre (quadruple, en fait) exécuté par trois générations de femmes qui éliminent leurs maris respectifs par noyade – baignoire, mer, piscine. Le film peut également se voir comme un divertissement où l’on peut s’amuser par exemple à chercher les numéros de 1 à 100, disséminés tout au long du film (!). La musique que Nyman compose pour ce film est une belle réussite. Beaucoup moins influencé par l’esprit baroque de ses premières compositions, le compositeur revisite certaines œuvres de Mozart mais son style lyrique s’exprime ici pleinement. Sur le morceau Trysting Fields, il s’inspire du début du mouvement lent du deuxième mouvement de la Symphonie Concertante pour violon et alto de Mozart. Une suggestion du réalisateur qui souhaitait que le morceau de musique intervienne après chaque noyade. La pièce commence sur le thème de Mozart mais avec une nouvelle harmonie et une rythmique différente.

C’est la deuxième fois que Nyman a l’occasion de visiter le répertoire de Mozart après Cremona composé l’année précédente pour la grande procession funèbre de Prague. Drowning By Numbers 3 est un morceau superbe qui se développe sans cesse dans de multiples variations de cordes. Un morceau dont la cadence répétitive jouée par le cor rappelle beaucoup celle de Façade de Philip Glass. Le morceau Fish Beach est quand à lui particulièrement fascinant. Une courte pièce composée de notes très statiques, ce qui est peu habituel chez Nyman et qui reprend les mesures de Great Death Game mais dans une veine beaucoup plus inquiétante. Le morceau démarre par un cor suivi par des cordes et une section de bois. Dans le film la pièce n’est pas réellement mise en valeur par contre Greenaway la réutilisera dans Le Cuisinier, le Voleur sa Femme et son Amant de manière beaucoup plus expressive. Le compositeur suédois Jay Jay Johanson a par ailleurs effectué un remix réussi de ce morceau en rajoutant des rythmes électroniques par dessus le thème initial sur la chanson I'm older now.

SUITE de l'article...

 


Retour en haut de page

- publicité -


Document sans nom


 

Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org Musique de film :cinezik.org