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Mychael Nyman

(Par Julien Mazaudier)

Les Morts de la Seine (1989) / Le Cuisinier, le Voleur sa Femme et son Amant (1989)

Les Morts de la Seine (1989)

Les Morts de la Seine inaugure la période la plus riche et la plus macabre de Peter Greenaway. Ce superbe téléfilm financé par la chaîne Arte, pour le bicentenaire de la Révolution Française se présente sous la forme d’un documentaire-catalogue. (Complètement bidon en vérité!) Une histoire de noyés repêchés dans la Seine entre 1795 et 1801 qui ont beaucoup à "raconter" sur l’époque où ils étaient vivants ; témoins privilégiés de la Révolution française, de la prise de la Bastille et des débuts du Consulat. Deux croque-morts se penchent sur le cas de ces personnes relativement humbles en examinant le corps des cadavres, le sexe, l’âge, la couleur des cheveux, les cicatrices, les vêtements… reconstituant ou imaginant à partir de ces éléments comment ces personnes se sont retrouvés dans la Seine. Par ailleurs, suite à ce documentaire, le réalisateur avait envisagé de faire une exposition à Amsterdam sur le thème de la mort en présentant de véritables cadavres mais ce projet n’a pu avoir lieu pour diverses raisons…
Le morceau d’ouverture composé par Nyman s’apparente beaucoup à une forme "désossée" du Memorial composé pour Le Cuisinier… Le pièce est ici plus intimiste, interprétée uniquement par un violon solo et un chœur féminin. Comme à son habitude, le compositeur réutilisera certaines de ses musiques dans d'autres films comme Miranda que l'on entend ici dans une version pour petit orchestre de chambre ou violon solo. Le montage du film adopte une structure volontairement répétitive. Les cadavres sont décrits uns par uns, méthodiquement par la voix off du commentateur, ce qui conduit très vite à un processus d’accumulation particulièrement macabre. Pour chaque étude, un travelling en plongée nous présente le corps, couché sur une table. Les morceaux de Nyman, souvent morcelés par le montage sont réutilisés plusieurs fois et définissent certaines situations comme les scènes du repêchage des corps et les travellings sur les cadavres. Dans ce film, il faut également souligner le travail infographique remarquable d’Eve Ramboz qui annonce l’esthétique découpée (cadre dans le cadre) de Prospero’s Books.

Le Cuisinier, le Voleur sa Femme et son Amant (1989)

Un voleur, mafieux et chef de gang, amateur de bonne chère, (Michael Gabon) crée un restaurant avec un chef fameux (interprété par Richard Bohringer). Il s’y goinfre chaque soir avec sa bande, en compagnie de sa femme qui ne supporte plus sa vulgarité. Le voleur est particulièrement odieux avec elle. Sans broncher elle subit ses diktats mais finit par le tromper avec un client régulier, libraire, aimable, raffiné.
Bien plus complexe qu’un simple vaudeville, Le Cuisinier, le Voleur sa Femme et son Amant est basé sur une idée simple, le cannibalisme. Le film exploite la thématique dans toutes les directions inimaginables, il ne se limite pas au simple fait de manger de la chair humaine mais débouche sur quelque chose de plus vaste : lorsqu’on a finit de dévorer tout ce qu’il y a à manger dans le monde, il ne reste plus qu’à s’entre dévorer…
Greenaway, en adepte du ténébrisme s’inspire beaucoup de la peinture en clair-obscur du Caravage pour l’éclairage du restaurant et des sept couleurs définies par Isaac Newton dans sa théorie de l’optique. L’utilisation des couleurs, particulièrement importantes donne corps au contexte, au décor et à la structure du Cuisinier… Le bleu nuit du parking, la cuisine verte, le restaurant où prédomine le rouge, les toilettes d’une blancheur immaculée…
Les décors du film sont filmés en longs travellings latéraux accompagnés par le glacial Memorial de Nyman, un morceau solennel dérivé de "l’air du Froid" du King Arthur d’Henry Purcell qui vient se rajouter à la liste des "musique funèbres" du compositeur. Cette musique correspond au cinquième mouvement du Memorial, un titre composé en 1985 qui rend hommage aux 39 citoyens italiens qui périrent au stade du Heysel à Bruxelles.
La voix humaine est particulièrement mise en avant comme en témoigne l'étonnant Miserere, une pièce vocale chantée a capella par le London Voices. Un morceau plaintif au registre âpre mais chargé d’une grande puissance émotionnelle qu’interprète le petit marmiton dans la cuisine. Avec Le Cuisinier… l’esthétique de Greenaway se rapproche des conceptions scéniques de l’opéra. Le film est d’ailleurs co-produit par Daniel Toscan du Plantier, très connu pour ses productions "luxueuses" d’opéras filmés. Les parties chantées par l’acteur (doublé par la voix de jeune soprano de Paul Chapman) interviennent dans le film de manière assez décalée et donne l’impression au spectateur d’assister à une véritable représentation d’opéra. La mise en scène renforce la dimension théâtrale en cadrant plusieurs décors en plan d’ensemble. Les acteurs sont filmés à échelle humaine, le plus souvent en pied et il y a même le rideau de scène qui ouvre et ferme le film. (L’impression est encore plus prégnante en voyant le film sur un écran de cinéma).
Le thème musical du Miserere est repris par Alexander Balanescu au violon et Michael Nyman au piano sur le très beau Miserere Paraphrase.

L’une des séquence musicale les plus intéressantes est celle de la rencontre entre l’amant et Georgina, la femme du voleur dans le hall des toilettes. La scène est silencieuse, ponctuée uniquement par le bruit des talons de Georgina lorsqu’elle marche le long du couloir et le morceau Fishbeach que l’on peut aussi entendre dans Drowning by Numbers. On retrouve cette musique lorsque les deux amants font l’amour en silence dans les toilettes du restaurant. Le décor d’un blanc laiteux (censé évoquer le Paradis, comme le précise le réalisateur) et la mystérieuse musique de Nyman apportent au film un instant de quiétude, presque irréel que l’on ne retrouvera plus par la suite

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