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Mychael Nyman

(Par Julien Mazaudier)

LES FILMS DE PATRICE LECONTE

Au premier abord, on peu s’étonner de cette curieuse alliance entre Patrice Leconte, réalisateur avant tout de comédies désopilantes et le compositeur anglais Michael Nyman, principalement connu pour l’esthétisme glacé de ses compositions chez Peter Greenaway mais Leconte depuis Les Spécialistes et surtout Tandem s'oriente vers un type de cinéma davantage portée sur l’étude psychologique des caractères. Assurément Nyman convenait à cette nouvelle approche et contribua largement à la réussite de Monsieur Hire et Le Mari de la Coiffeuse, films qui constituent l’une des périodes les plus inspirés du cinéaste.

Monsieur Hire (1989)

Ce film est adapté du roman de Georges Simenon, Les Fiançailles de Monsieur Hire. L’histoire, au romantisme glacé nous raconte l’existence de Monsieur Hire, un personnage qui vit reclus dans son immeuble et qui ne parle à personne. Voyeur, il est accusé du meurtre d’une jeune femme. La sobriété de la mise en scène et la prestation étonnante de Michel Blanc (Mr Hire) totalement à contre emploi contribue à la réussite de ce film étonnant. Le réalisateur a fait appel au Michael Nyman Band pour interpréter le morceau principal : le quatuor en sol mineur pour piano, violon, alto et violoncelle de Brahms. Une musique douce amère très belle qui ressemble beaucoup au style du compositeur anglais. Le réalisateur Patrice Leconte s’explique sur la bande originale du film :
"Pendant l’écriture de Monsieur Hire, j’ai soudainement pris conscience des correspondances entre la musique de Michael Nyman et le caractère de mon personnage : l’obsession, l’opiniâtreté, le côté monomaniaque, romantique avec une couverture de plomb. […] Ce n’est qu’après le tournage que j’ai eu l’idée d’un mouvement de Brahms que Monsieur Hire écouterait chaque soir. Et c’est ce même thème qui, en fait, a servi de base d’inspiration à Nyman."
Extrait du livret "Le Cinéma de Patrice Leconte". Edition Play-Time.
On entend ce morceau à plusieurs reprises dans le film comme lorsque Mr Hire épie sa voisine à travers la fenêtre de son appartement. Le plan évoque beaucoup Le Locataire de Roman Polanski., un film à l’atmosphère étouffante qui entretient certaines correspondances de style avec Monsieur Hire.

La séquence d’ouverture démarre sur le corps meurtri de Pierrette, couchée dans l’herbe. En off on entend la voix de l’inspecteur : "Pierrette est morte le jour de ses 22 ans. Ce n’est pas un âge pour mourir diront certains gens. Comme s’il y avait un âge pour mourir." Nyman compose un thème d’une gravité poignante jouée par des cordes graves. Ce thème macabre continue à se prolonger lorsque l’on voit pour la première fois M. Hire dans la cour de son immeuble ; on ne peut dés lors manquer de faire le rapprochement entre la victime et le comportement trouble du personnage. Dés lors, il devient l’assassin présumé du meurtre. Plus tard Nyman composera une musique assez similaire pour The Ogre de Volker Schlöndorff, un film qui présente également un personnage ambigu. Certains passages du film, très surprenants semblent surgir de la propre vision de M. Hire comme dans la scène de reconstitution du meurtre où il doit courir comme l’assassin. Filmée comme un cauchemar (la scène surgit abruptement) le martèlement agressifs des cuivres renforce l’idée d’isolement du personnage. Un individu pris dans les griffes d’une foule inhumaine.

La musique de Nyman est beaucoup plus poignante qu’à l’accoutumé et inaugure une nouvelle méthode musicale qui deviendra la marque de fabrique du compositeur : Le romantisme tragique. En cela le thème principal convient à merveille dans les scènes dramatiques comme lorsque Hire attend Alice devant la gare et qu’il prend lentement conscience qu’elle ne viendra pas. A la fin du film le morceau culmine dans un lyrisme de toute beauté où vient se superposer l’image d’Alice embrassant M. Hire. Un mariage splendide de cordes et de bois qui annonce la pièce Lost and Found un des morceaux les plus émouvant de La leçon de Piano.
A l’heure actuelle, la musique de Monsieur Hire n’est pas disponible dans le commerce pour des questions de droit comme l’explique Stéphane Lerouge dans le livret "Le Cinéma de Patrice Leconte". On peut entendre néanmoins sur ce cd un bref extrait du quatuor de Brahms. Deux extraits sont également disponibles sur la compilation de Michael Nyman : Film Music 1980-2001, par contre les versions proposées, légèrement différentes du score original sont beaucoup moins attachantes. Il faut également savoir que la plupart des musiques présentes sur cette compilation sont des réorchestrations des morceaux d’origines. Elle est néanmoins intéressante car elle comporte des extensions de certains morceaux comme Becoming Jerome de Bienvenue à Gattaca ou Chasing Sheep Is Best left To Shepherds qui est une version live de Meurtre dans un Jardin Anglais.

Le Mari de la Coiffeuse (1992)

Pour Le Mari de la Coiffeuse, un film sur la vie d’un homme amoureux des coiffeuses, la musique est surprenante à plus d’un titre. D’abord, Patrice Leconte utilise plusieurs chansons Maghrébines qui viennent apporter une touche de raffinement et de dynamisme très efficace, ensuite la musique de Nyman beaucoup plus chaude et lumineuse que d’habitude semble dégagée d’une certaine froideur formelle répétitive que l’on pouvait trouver dans certaines de ses premières compositions. (Vertical Features Remake notamment) Le 4e morceau (Michael Nyman 4 sur la b.o.) très vaporeux, possède une belle couleur harmonique des bois subtilement mêlés au piano. Michael Nyman 3 est lui aussi un superbe motif lyrique enveloppé par des cordes sensuelles. La gracieuse présence de la comédienne Anna Galiéna (la coiffeuse) et le léger parfum oriental des chansons qui accompagnent les danses irrésistibles de l’acteur Jean Rochefort (le mari) ont certainement dû y être pour quelque chose ! La lumière douce-orangée du chef opérateur Eduardo Serra va également dans ce même esprit rayonnant, à mille lieues de l’éclairage pâle et bleuté de Monsieur Hire.
Par la suite, pour l’inauguration de la Grande exposition de Seville en 1992, Michael Nyman tentera avec succès un mariage réussit entre la musique arabo-andalouse et occidentale dans The Upside Down Violin.
Dans Le Mari de la Coiffeuse il ne compose pas les chansons orientales et sa musique est assez discrète. Le film est un souvenir narré par la voix off de Jean Rochefort et les thèmes mélancoliques de Nyman collent parfaitement aux nombreux flashs backs du film comme lorsque le mari se remémore son enfance à la plage ou dans le salon de coiffure. Patrice Leconte utilise la musique avec modération sans en abuser. Les premiers émois érotiques que l’enfant éprouve auprès de la coiffeuse sont illustrés seulement par les sons lointains de l’orage. La scène n’est même pas surlignée par une musique.
Anna Galiena, la coiffeuse que Jean Rochefort épouse plus tard est un personnage plus terre à terre est moins rêveuse que son mari, comme elle l’avoue "Je n’ai gardé aucune photo de moi enfant. Je n’aime pas me voir enfant. Le temps passe trop vite."
La scène où Jean Rochefort la rencontre pour la première fois est mordante : "Bonjour", lui dit-il en rentrant dans le salon de coiffure avec son air de ne pas y toucher "vous pouvez me prendre ?"
Certains passages sont parfois tellement incongrue (ahh ! cette scène érotique dans le salon avec le client) que le film semble être sortit tout droit des divagations du cerveau de Rochefort. Peut-être que dans ses souvenirs il "arrange" une certaine partie de la réalité. Le traitement de l’histoire, un peu simpliste par moment aurait pu donner lieu à un film plus réussit mais l’ensemble est tout de même fort agréable grâce notamment à la formidable prestation de Jean Rochefort… La scène où il chante en play-back sur Wadana-Wadana (on nous as envoûtés) de Ragheb Alame et sa danse saugrenue à la fin du film sur Saffak Alik (je t’applaudis) chanté par Rabab sont un grand moment !
Patrice Leconte espérait que Michael Nyman fasse la musique de son film suivant, Le parfum d’Yvonne mais après le succès de La Leçon de Piano, il s’avéra que les tarifs du compositeur devinrent assez exorbitants et le réalisateur dû se retourner vers Pascal Estève.

 

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