
SOMMAIRE:
1° Intro + Blow-Up (1966) et le Swinging London
2° Le Psychédélisme Pop de Federico Fellini
3° La Pop Française et la Fusion des Styles
4° Le Modernisme Pop vu par Jacques Tati
6° Lolita de Stanley Kubrick (1962) et Les Petites Marguerittes de Vera Chytilová (1966)
7° La Pop dans le Cinéma Erotique / Pornographique
8° Alice In Wonderland de Jonathan Miller (1966) – l’influence de l’Inde

Après l’âge d’or du Rock’n’Roll il faudra attendre 1967, l’année de Sergent Pepper’s des Beatles pour que la Pop Musique soit enfin reconnue comme une forme d’art à part entière. Le terme désigne une branche précise de la Popular music, à savoir une musique rythmée et électrique dans laquelle va se reconnaître dans le monde entier, toute une génération de jeunes.
Avec des groupes comme Pink Floyd et la musique du film More de Barbet Shroeder (1969) ou Frank Zappa and the Mother of Inventions avec 200 Motels (1971) la musique de film devient plus recherchée. Dans les années 70, sous l’impulsion de la grande révolution culturelle de mai 68 et du festival de Woodstock, ces trois jours de Peace and Love, la musique devient un terrain d’expérimentation sans précédant. Woodstock (1970), le documentaire fleuve de Michael Wadleight sur le festival est un témoignage précieux car il ne se contente pas uniquement de filmer les musiciens mais aussi la vie de bohême du public à travers un montage particulièrement novateur. (Technique de l’écran partagé). Dès lors, le Cinéma va créer des passerelles entre musiciens pop et réalisateurs de films. Bob Dylan joue et compose la musique de Pat Garrett and Billy the Kid de Sam Peckinpah en 1973.
Plus underground, en 1969 le film Easy Rider de Dennis Hopper montre la communauté des motards hippies sur des musiques très tendances de Jimmy Hendrix ou The Byrds. La même année Jean-Luc Godard filme l’enregistrement de "Sympathy for the Devil" (compassion pour le diable) des Rolling Stones dans One+One. Un film au montage expérimental que le groupe n’a par ailleurs pas apprécié.

Chez les Anglais, la vague du Swinging London, véritable création collective des teenagers de l’après guerre va déstabiliser les vieux principes moraux de la vieille société. L’un des films les plus représentatifs de cette Angleterre qui swingue est The Knack (qui signifie piége à fille ou truc pour séduire) réalisé par Richard Lester en 1965. Le générique est en cela emblématique de cette mode adolescente. Filmé en noir et blanc, on y voit tout un cortège de filles sensuelles en mini-jupe, sublimé par la musique délicate de John Barry, une partition à mi-chemin entre la pop, le jazz et le classique qui superpose cuivres, percussions, rythmes yé-yé, synthé et violons.

En 1966, le cinéaste Italien Michelangelo Antonioni s’intéresse au phénomène pop en adaptant une courte nouvelle de l’écrivain Argentin Julio Cortázar. Antonioni utilise des actrices emblématiques de cette époque telle que Vanessa Redgrave, Sarah Miles et Jane Birkin. Interprété par David Hemmings dans le rôle principal, le film Blow-up se base sur la carrière de David Bailey, le brillant photographe londonien très connus des pop-fans pour ces portraits des Rolling Stone. Dans un Parc, il prend furtivement en photo un couple. Lorsqu’il développe le film il croit apercevoir dans le fond de l’image un cadavre. Lorsqu’il revient sur les lieux le corps a disparu…
Le titre "Blow-up", qui signifie exploser est aussi un terme utilisé dans le Pop Art qui caractérise l’explosion des formes et des couleurs.
Le pianiste de Miles Davis, Herbie Hancock compose la musique. Le réalisateur la voulait très discrète. Le style musical n’est pas orienté vers la pop mais plutôt vers le Jazz Blue Note ou le cool-jazz. On trouve néanmoins des instruments électriques tels que le mélodica, la guitare et la basse.

Même s’il s’intéresse aux thèmes actuels comme la photo de mode et la marijuana, le cinéaste cherche plutôt l’épure et l’abstraction. Lorsque David Hemming photographie les modèles derrière des panneaux de verres, il rejette le titre prévu à l’origine "Bring Down the Birds", un morceau à la rythmique très Swinging London et le remplace par une musique pop assez démodée.
Pour retranscrire un concert Il n’utilise pas non plus les icônes de la pop mais s’adresse à un groupe plus underground comme les Yardbirds qui interprètent "Stroll on". A la fin du morceau, on voit Jeff Beck et Jimmy Page monter le volume et casser le matériel à la manière des Who. Dans la séquence, l’audience reste figé sur place pendant le concert, sans réaction, ce qui ne se produit jamais dans les concerts des Yardbirds où la foule est toujours animée et danse.
"Quand j’ai vu le film, dit Jim Mc Carthy, le batteur du groupe, je l’ai trouvé assez étrange mais il retranscrit parfaitement bien l’ambiance londonienne des années 60. "
Si le film reste un témoignage intéressant sur cette époque, son style glacé peut paraître aujourd’hui fort démodé. Comme le souligne avec humour François Forestier dans son livre l’Anthologie des 101 Nanards. (Edition Denoël) : "Antonioni filme une boîte de nuit à la mode : c’est ringard. Antonioni tourne sa caméra vers le groupe le plus débile du Rock sixties, Les Yardbirds : c’est ultra-ringard. Le maestro scrute des surfaces blanches, des mannequins coiffés par Vidal Sassoon et vêtus en néo-Courrèges : on se croirait chez "Dim-Dam Dom" [Note : "Dim Dam Dom" était un magazine télé français sur la mode "branchée" des sixties.]