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George S. Clinton

George S. Clinton

George S. Clinton a débuté sa carrière musicale professionnelle en tant que compositeur, arrangeur et musicien de session à Nashville. Il est devenu compositeur pour Warner Music avec des chansons écrites pour des artistes tels que Michael Jackson ou Joe Cocker. Son inventivité musicale et de sa polyvalence entre les aspects populaires et orchestraux lui ont permis de contribuer à des films comme AUSTIN POWERS,  MORTAL KOMBAT, mais aussi pour John Waters, A DIRTY SHAME. Il a travaillé pour Disney surTHE SANTA CLAUSE 2 et 3...

Interview

Cinezik.org : Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le projet télé BURY MY HEART AT WOUNDED KNEE diffusé sur HBO ?

George S.CLINTON : J’avais travaillé précédemment sur d’autres films avec le réalisateur Yves Simoneau, et nous nous étions bien complétés et compris, donc on a remis le couvert.

Vous êtes né dans une ville (Chattanooga) qui a été bâtie par un indien Cherokee, avez-vous une quelconque affinité avec la culture Indienne et son histoire ?

Oui en effet, le chef indien John Ross est crédité comme étant le premier à s’être installé le long de la rivière Tenessee et d’y avoir fondé ce qui est devenu “Chattanooga” (qui signifie “les méandres dans la rivière”). J’ai en effet un peu de sang Cherokee qui coule dans mes veines (mais vraiment un tout petit peu) du côté maternel. La majeure partie de l’Est du Tenesse, et plus particulièrement “les grandes montagnes enfumées”, sont imprégnées de vestiges de la culture des natifs américains, même jusqu’au nom de certains Etats et de certaines villes.

Vous utilisez des morceaux de tam-tam qui ont une sonorité plus électronique que ce à quoi on s’attendrait venant d’une musique traditionnelle Indienne… était-ce intentionnel ?

Afin d’accompagner l’orchestre, les choeurs et la musique traditionnelle Indienne, j’ai utilisé des sons électroniques et d’ambiance pour conférer à la partition un aspect onirique. L’aspect mécanique des percussions représente les machines militaires et industrielles utilisées par les hommes blancs.

Pouvez-vous nous parler de votre choix concernant la participation du maître fluttiste Lakota, John Two-Hawks ?  (ndlr : Lakota est l’une des cinq langues Sioux). Avez-vous utilisé d’autres  instruments spécifiques de la culture Sioux pour composer votre partition ?

J’ai répertorié et utilisé des flûtes et des percussions qui étaient utilisées à l’époque par les Indiens d’Amérique, Mais je voulais surtout que la musique respecte tout autant la culture et le souvenir du people Indien, que le film en lui-même. Donc, j’ai carrément effectué une recherche sur Google en tapant “Maître flûtiste Lakota” et le nom de John Two-Hawks est apparu en tout premier. J’ai visité le site internet qui lui est consacré et après avoir écouté quelques uns de ses merveilleux morceaux, je me suis décidé à le contacter pour lui proposer de travailler avec moi. HBO l’a emmené hors de l’Arkansas où il vit actuellement pour venir interpréter quelques morceaux pour le score. Il a également joué de nombreuses percussions Lakota ainsi que des sons guturaux. A deux moments dans le film, j’ai utilisé un choeur masculin de 32 voix qui chantaient un texte en langue Lakota pour, par la suite intégrer le score. C’est un dicton Lakota qui dit : “Nous serons reconnus par les traces que nous aurons laissé derrière nous”

Votre composition alterne des morceaux dramatiques figurés pas le piano et la flûte avec de soudaines incursions épiques et sombres…Est-il possible de dire que ce contraste représente la sérénité et la naïveté des indiens natifs d’Amérique face à la cruauté et la soif de conquête de l’homme blanc ? Etes-vous, ce qu’on appelle, un artiste engagé ?

Mon thème pour Charles Eastman, le personnage principal, qui est renvoyé dans l’Est pour être élevé comme un homme blanc, contient beaucoup de morceaux de piano (pour souligner son attachement à l’Ouest) et de flûte (pour souligner ses origines Indiennes). J’aime bien votre vision de sérénité, cruauté et soif de pouvoir. Si ma musique est arrivée à vous communiquer ces impressions, c’est que j’ai réussit mon travail et j’en suis satisfait. J’ai donné un aspect politiquement engagé pour ce score, aux vues de ce qui s'est passé en Iraq, c’est une métaphore un peu hâtive avec ce qui s’est passé avec les Indiens d’Amérique. Mais c’est une revendication de lutte contre l’Impérialisme en général, purement et simplement.

Quel est pour vous le plus intéressant, d’être un portraitiste musical avec le désir de trouver des thématiques pour des personages ou préférez-vous figurer une situation et dépeindre une atmosphère générale ?

Les deux sont intéressants dans leurs approches respectives, et ils interagissent tout au long de ce film également. Trouver un thème général intéressant et être capable de le faire évoluer tout comme le pesonnage dans le film est très satifaisant, surtout quand ces thèmes entrent en interaction les uns les autres pour vous emmener dans une direction que vous n’aviez pas anticipé. Créer une atmosphère permet de souligner certains passages dans le film que l’on ne remarquerait pas s’il n’y avait pas de musique. J’aime avoir la possibilité de souligner des pointes de dialogues qui sont importants pour l’histoire ou même pour appuyer ne serait-ce qu’un regard furtif significatif ; tout ce qui peut affirmer les intentions du réalisateur.

Sur AUSTIN POWERS, il y de grosses références musicales à la comédie “La panthère rose” composée par Henry Mancini  ou encore aux films d’espionnage comme “James Bond” de John Barry ou “Mission Impossible” de Lalo Schifrin… Etait-ce le souhait du réalisateur ou bien votre clin d’oeil personnel ?

Il est dit que les bons compositeurs “empruntent”, mais en fait ils “volent”. Mes intentions musicales sur ces films étaient les mêmes que Mike Myers et Jay Roach, le réalisateur ; rendre un hommage à un genre que l’on aime sincèrement sans vouloir épater ou ridiculiser qui que ce soit.

Sur CODENAME aussi, on reconnait le mélange entre l’action, la comédie et le suspense arrangés de façon moderne, illustré par un tapis atmosphérique électronique et des touches de piano (comme dans  “Ocean’s eleven”, “The Italian job”). Quelles ont été vos sources d’inspiration ? Vous mélangez des moments de pur suspense avec des clins d’oeil humoristiques, était-ce pour souligner l’ambiguïté quand à la fausse situation professionnelle (agent secret) du personnage principal ?
Est-ce que vous avez utilisé des Temps-tracks issus du film “Le Ninja de Beverly Hills” pour donner cette approche asiatique au score ?

“Bourne Identity” a été une inspiration. Oui en effet, le jeu de transition entre la comédie et le suspense est là pour “grossir” toutes les mésaventures et les bourdes du personnage principal. Non je n’ai pas réutilisé de temp-tracks issus du film “Le Ninja de Beverly Hills”, mais plutôt une approche musicale asiatique similaire (flûte Shakuhachi, percussions Taiko).

De nombreux compositeurs issus du cinema ont été introduits dans le monde du jeu vidéo... Est-ce que c’est un support qui pourrait vous intéresser, comme étant une nouvelle experience pour composer ?

Oui bien sur, en fait, quand je parle à de jeunes compositeurs sur comment et surtout par quoi il faut commencer ? Je mets l’accent sur le fait que composer pour un jeu video est une opportunité qui n’existait pas de mon temps quand j’ai débuté, c’est très formateur.

Quelles sont vos références musicales ou vos sources d’inspiration ?

La musique aborigène autour du monde, la musique médiévale, le Rock, le Jazz bien sûr, le classique, le bluegrass… Si c’est musicalement intéressant et que c’est bien interprété, je suis toujours prêt à écouter.

Beaucoup de compositeurs ont un “terrain de jeu” musical (que ce soit dans les films d’horreur ou fantastique, pour developer de nouvelles sonorités ou encore le drame pour figurer les sentiments…) Quel est votre “terrain de jeu” ?

Je pense que le domaine du thriller est celui qui m’offre la plus grande opportunité de développer ma “patte” artistique.

Quels sont vos projets à venir ?

Je viens juste de finir une comédie HAROLD & KUMAR 2 qui est vraiment très drôle et plus récemment, OLDER THAN AMERICA, un thriller américain de pure souche.

Interview réalisée par Xavier Ducamp

 


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