Calendrier des films Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusCannes 2019

EN

VOIR

PLUS

La 25 ème heure  (2002)

The 25th Hour

Hollywood Records 2003 - 58:26 | Original Score [musique originale]


 

Adapté d'un roman de David Benioff et réalisé par Spike Lee , La 25ème Heure fut l'une des plus belles surprises de l'année 2002. Dans un contexte traumatique post 11 Septembre, Spike Lee nous dépeint les dernières heures de liberté d'un dealer repenti admirablement interprété par Edward Norton (toujours aussi monumental).



[© Texte : Cinezik] •
La 25 ème heure

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Open Title (03:53) 3. Jake's Classroom (02:10)
4. The Apartment #1 (04:07)
5. The Apartment #2 (01:51)
6. Fu Montage (05:03)
7. Brogan's Bar (02:30)
8. Ground Zero (05:32)
9. DEA (03:00)
10. Playground (04:23)
11. Bridge (01:20)
12. Sleeping is Naturelle (01:44)
13. One Last Walk (02:28)
14. 25th Hour Finale (11:41)
15. Double Happiness (05:09)

Nos articles sur cette BO

Cette fois, Spike Lee quitte les chemins qu'il avait autrefois lui-même balisé, ceux des affrontements raciaux, pour engager une réflexion plus générale et plus profonde sur notre monde sans issu. C'est dans un New York entaillé, autant physiquement que moralement, et par l'intermédiaire du personnage central de Monty Brogan que le réalisateur élargit son propos, atteignant par la grâce de sa mise en scène magistrale le point névralgique de la violence et les écueils de l'Homme. Une œuvre infiniment sensible.

Toute le progression du propos de La 25ème heure se reflète dans la majestueuse musique de Terence Blanchard (compositeur attitré de Spike Lee , révélé par la B.O. de Malcolm X. ).

Celui que l'on connaît surtout pour ses partitions de type jazz déploie ici des thèmes révélateurs de sa mixité culturelle alliant l'impétuosité et la profonde sensibilité du "héros", et surtout l'inadéquation totale existant entre le simple destin d'un homme et l'intransigeance du monde qui l'abrite.

Deux grandes lignes mélodiques se profilent tout au long de la partition. La première, jazzy, intimiste et mélancolique incarne Monty, ses rêves inachevés, sa vie gaspillée et ses espoirs atrophiés. Piano et guitare relie le personnage principal à ses amis, à sa femme, sa maison et son chien, tout ce qu'il va perdre et tout ce qu'il n'achèvera jamais ( The Apartment , Fu Montage , Playground , Sleeping is Naturelle ). Sa solitude et ses longs instants de réflexion sur la vie nous conduisent progressivement à nous éloigner de lui sans jamais vraiment le quitter et à nous rapprocher d'une musique plus orchestrale ( Doyle Walk ).

Ainsi, la majeure partie du score se développe principalement autour d'un thème symphonique, ample et puissant. C'est avec ce thème que l'on s'écarte du noyau humain qui nous intéresse pour méditer plus longuement sur une ville et ses habitants (New York) et enfin s'interroger sur les affrontements humains et le destin du monde dans sa totalité.

Le titre d'ouverture qui illustre le générique (une vue générale nocturne du centre ville de New York) est un long crescendo de cordes et de percussions qui élève en son sein la voix troublante de Cheb Mami . Quand, au centre du morceau, les cuivres jaillissent et que vos frissons deviennent tremblements, la voix se fait chant de douleur puis, graduellement, tout s'éteint, paisiblement. Un pur instant de grâce, éphémère et douloureux. De la même façon, Ground Zero accompagne l'une des plus bouleversantes scènes du film. Les protagonistes discutent dans un appartement situé en hauteur, dans un building du centre ville. Cette scène de nuit est filmée devant une fenêtre. Dehors on devine un chantier sans trop de précision. Les personnages se livrent peu à peu tandis que la musique semble s'égrener. Les notes de violoncelle s'étirent sinistrement et les vocalises orientales semblent survoler les lieux et s'élever dangereusement, comme autant de spectres hantant une ville malade. Au bout de cette expectative quasi malsaine, le thème atteint son paroxysme avec des percussions surgissant violemment, exacerbées par une cornemuse déchirante. La caméra quitte alors les acteurs pour se focaliser sur le chantier extérieur et l'on comprend alors qu'il s'agit des ruines du World Trade Center.

Si la distance établie par Spike Lee entre l'individu et le générale est finalement très mince (l'on passe de l'un à l'autre sans jamais ressentir la moindre rupture de ton, bien au contraire), cette interdépendance de Monty et du monde qui l'entoure se montre moins évidente dans l'illustration musicale puisque le choix des orchestrations est clairement différencié (jazz pour Monty/symphonique pour New York). De plus, les thèmes caractérisant l'un ou l'autre diffèrent du tout au tout. Les deux genres musicaux sont pourtant réconciliés à la fin de l'album avec le thème Double Happiness , correspondant à la "chute" de Monty, et reprenant en version jazz le thème d'ouverture. Cette "réconciliation musicale" a cependant un goût amer puisqu'il s'agit d'un rêve. Monty et New York ne peuvent, en toute évidence, pas vivre ensemble. La dépendance de Monty à son environnement aura donc été telle que le monde aura eu raison de lui. Reste à savoir si l'un ou l'autre s'en trouve plus heureux…

Isabelle Thomas

Autres BO du compositeur

Vos avis