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Les Aiguilles Rouges  (2006)

Naive (2 mai 2006) - 0:37:14 | Original Score [musique originale]


 

La musique des Aiguilles rouges a été confiée à Frédéric Talgorn, compositeur d'origine toulousaine qui, après un passage à Hollywood, est revenu en France depuis 2003 avec sa musique pour Laisse tes mains sur mes hanches de Chantal Lauby. A l'heure actuelle, Talgorn fait partie de cette génération de compositeurs qui arrivent encore à revendiquer un style symphonique classique dans une production cinématographique française bien pauvre sur le plan de la musique de film, un élément encore trop souvent occulté par la plupart des réalisateurs français de maintenant.



[© Texte : Cinezik] •
Les Aiguilles Rouges

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Arrivée à Chamonix (6:14)
2. L'Aigle (3:36)
3. Les Aiguilles Rouges (9:12)
4. La Valse (3:27)
5. Myriam (3:25)
6. Sauvetage (5:23)
7. Musette (2:38)
8. Le Baiser (1:25)
9. Thème "Les Aguilles Rouges" (1:54)

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Fort heureusement, la musique des Aiguilles rouges demeure très réussie et magnifiquement écrite, témoignant du talent de l'une des valeurs sures actuelles de la musique de film française. Le score, entièrement orchestral, s'articule autour de deux thèmes majeurs : le thème principal associé au groupe des Aigles, introduit dès l'ouverture du film dans une très belle pièce pour piano et orchestre, et un thème plus grandiose et majestueux associé à la montagne. Dès le début du film, Talgorn impose un ton classique et raffiné à sa partition, avec l'introduction du thème principal au piano (‘Arrivée à Chamonix') et qui rappelle beaucoup par sa ligne mélodique élégante et ses harmonies raffinées le style lyrique et dramatique de John Williams. A vrai dire, l'ensemble de la partition des Aiguilles rouges sent clairement l'influence de John Williams, une influence probablement du à la présence d'Edouard Dubois à la supervision musicale et qui a semble-t'il un certain penchant pour John Williams dans ses bandes sons temporaires (on pense par exemple ici à certains passages de Angela's Ashes). Néanmoins, Talgorn n'a pas à rougir de la comparaison tant sa musique demeure parfaitement écrite et maîtrisée, servi par des orchestrations de qualité.

La seconde partie de ‘Arrivée à Chamonix' demeure plus légère avec une reprise sautillante et joyeuse du thème joué par des vents plus rythmés. La dernière partie du morceau transforme le thème principal en une sorte de valse à trois temps joyeuse, évoquant l'insouciance des jeunes garçons. ‘L'aigle' dévoile le superbe thème de la montagne, qui, après avoir été introduit par un harmonica, prend son envol avec des cordes grandioses tel l'aigle qui parcourt le ciel tout au long du film. Le morceau possède évidemment un côté aérien et majestueux absolument savoureux à l'écran, évoquant la beauté incomparable de la nature sauvage. L'influence de John Williams est à nouveau incontestable sur la fin du morceau, qui respire une joie de vivre rappelant bon nombre de partitions plus anciennes de Williams pour des films de Steven Spielberg ou de Chris Colombus.

A contrario, Les aiguilles rouges offre une vision inverse de la montagne avec un morceau plus sombre et inquiétant. Après un début plutôt chaotique et massif, le morceau prend des allures de menace avec un duo de clarinettes mystérieuses et des bois plus sombres. A noter la façon dont les instruments à vent se répondent ici, créant une ambiance à la fois inquiétante et apaisée, une ambiguïté parfaite à l'écran – les enfants commencent à se perdre mais font aussi l'expérience du bon comme du mal dans la montagne. Le piano intervient pour développer un motif de 3 notes issu de la tête du thème de la montagne, rendu ici clairement menaçant sur un tapis de cordes dissonantes et quelques sursauts orchestraux agressifs. La dernière partie bascule même dans un déchaînement orchestral ample et terrifiant, évoquant les dangers de la montagne avant de se conclure sur une reprise plus paisible du thème d'harmonica – apportant ici un soupçon de nostalgie et d'accalmie dans une coda lyrique et classique d'esprit absolument savoureuse.

Le compositeur se fait par la suite plaisir en nous offrant par exemple une valse succulente dans ‘La valse' alors que les jeunes flirtent et passent un peu de bon temps en ville, avant de partir à la montagne. Ici aussi, on retrouve une grande élégance classique dans cette superbe valse pour orchestre suggérant l'insouciance de la jeunesse. De l'élégance, il est justement question dans ‘Myriam', morceau romantique de toute beauté écrit avec beaucoup de finesse et de tendresse, confié à une guitare et quelques cordes – on retrouve une ambiance similaire dans ‘Le baiser', pour piano et orchestre. ‘Sauvetage' ramène enfin l'espoir avec un retour brillant du thème principal pour la scène du sauvetage des huit garçons. Ici aussi, comme dans le reste de la partition, on reste absolument étonné par l'incroyable classicisme de la partition de Frédéric Talgorn, complètement maîtrisée de bout en bout, Talgorn restant probablement l'un des derniers à savoir écrire de cette façon pour orchestre dans le cinéma français d'aujourd'hui. Le compositeur se fait même plaisir et nous offre une ‘musette' pour accordéon soliste et orchestre vers la fin du film avant de reprendre une dernière fois son thème principal en guise de conclusion (‘Thème les aiguilles rouges'), la boucle étant bouclée.

La partition de Frédéric Talgorn pour Les aiguilles rouges confirme donc sans équivoque le talent d'un compositeur jusqu'ici trop peu présent dans le paysage cinématographique français et qui, fort heureusement, n'a de cesse de nous offrir des partitions de qualité depuis son retour au pays en 2003. Frédéric Talgorn reste à l'heure actuelle l'un des rares compositeurs de musique de film français sachant encore écrire parfaitement pour orchestre dans un langage classique savant, à l'instar de Philippe Rombi, Carolin Petit ou des musiciens de l'ancienne génération, Philippe Sarde, Antoine Duhamel ou Georges Delerue. C'est pourquoi sa partition pour Les aiguilles rouges s'avère être une véritable bouffée de fraîcheur dans un paysage musical hélas galvaudé par la médiocrité, la facilité et le manque d'ambition artistique. Apportant un lyrisme et une émotion indispensable au film de Jean-Francois Davy, la musique des Aiguilles rouges reste une nouvelle grande réussite de la part de Frédéric Talgorn, une musique symphonique au classicisme brillant et élégant dans la lignée de John Williams, à découvrir de toute urgence !

Quentin Billard

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