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Avalon  (2001)

Media Factory 2001 - 54:04 | Original Score [musique originale]



Kenji Kawai fait désormais partie de l'univers cinématographique de Mamoru Oshii, puisque les deux compères collaborent ensemble depuis plus d'une dizaine d'années déjà.

[© Texte : Cinezik] •

Avalon

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. City 13 (05:06)
2. Log Off (02:34)
3. Voyage To Avalon (04:06)
4. Murphy's Ghost (02:46)
5. Bishop (00:39)
6. Nine Sisters (03:54)
7. Ruins C66 (03:02)
8. Gray Lady (Ash) (04:50)
9. Flak Tower 22 (01:26)
10. Ruins D99 (03:12)
11. The Ghost Hunting (03:21)
12. Voyage To Avalon (Orchestra Version) (10:19)
13. Tir Na Mban (02:28)
14. Log In (06:21)

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Leur première collaboration remonte à 'Jigoku no banken: akai megane' (Lunettes rouges), réalisé en 1987, basé sur un manga qui inspirera par la suite le superbe 'Jin-Rô' d'Hiroyuki Okiura (1998). Leur collaboration prendra ensuite un grand envol avec la série des 'Patlabor', débutant en 1988. Avec 'Avalon', Kawai signe l'une de ses plus belles partitions musicales, le compositeur ayant recours ici à une chorale polonaise grandiose et un orchestre symphonique agrémenté de quelques sonorités électroniques plus discrètes. On est loin ici de l'esthétique étrange de la très particulière musique de 'Ghost In The Shell'. Le score de 'Avalon' est donc nettement plus conventionnel et, pourtant, nettement plus émouvant. Après une introduction électronique assez sombre dans 'City 13', 'Log Off' (générique de début du film) nous introduit à la partie chorale grandiose du score de 'Avalon'. Accompagné par un petit ostinato orchestral (avec synthé), la chorale de l'Orchestre National de Varsovie entame un chant plutôt épique que l'on aura tôt vite fait de rapprocher des 'Carmina Burana' de Carl Orff (Kawai s'éloigne pourtant très clairement des harmonies de Orff, même si l'esthétique grandiose de 'Log Off' rappelle celle des 'Carmina Burana'). Avec cette chorale impressionnante sur un texte de Kenji Kawai, 'Log Off' nous introduit à la dimension mythologique de la musique du film. L'idée principale du score est de faire constamment référence à 'Avalon' en tant que lieu mythologique des héros légendaires, mis en parallèle avec l'histoire de Ash. Cette pièce crée une atmosphère déjà très surprenante dans un générique de début efficace à souhait. On ne s'attend pas, après la première minute du film, à entendre une musique d'une telle ampleur dramatique, et pourtant, c'est bel et bien ce qu'il nous est donné à entendre.

Si déjà 'Log Off' s'impose agréablement à nos oreilles de par son côté épique inattendu, le poignant 'Voyage To Avalon' vient littéralement nous bouleverser par un flot d'émotions inattendues. On peut dire sans trop d'hésitation que 'Voyage To Avalon' est de loin l'une des plus belles pièces vocales/orchestrales qu'il nous a été donné d'entendre au cinéma au cours de ces dix dernières années. Construit sous la forme d'un air d'opéra avec orchestre (on pense ici au style de Puccini), soprano soliste et choeur, 'Voyage To Avalon' est un chant poignant évoquant le chemin vers l'île légendaire. Le morceau apparaît pour la première alors que l'on voit Ash vaquer à ses occupations, entre sa vie médiocre et l'univers virtuel de 'Avalon'. Quelque part, Kawai cherche à illustrer sa quête pour un univers meilleur, celui de 'Avalon'. Selon la légende, le roi Arthur aurait décidé d'y finir ses jours en oubliant sa vie vécue pour vivre cette nouvelle vie, à l'instar de Murphy à la fin du film. Il y a une dimension onirique et spirituelle dans 'Voyage To Avalon', rejoignant l'esthétique quasi 'rêveuse' du film. Lorsque le chant de la soprano monte dans un aigu difficilement atteignable pour une voix humaine (un grand bravo à la performance de la cantatrice Elzbieta Towamicka), on ne peut s'empêcher de sentir des frissons traverser notre corps, la larme à l'oeil, ébahit par la beauté d'une musique aussi poignante, presque en décalage avec l'univers sombre et glauque du film, car de décalage, il est justement question dans cette séquence du film. On voit un montage montrant la vie quotidienne de Ash, tandis que la musique poignante de Kenji Kawai semble s'élever vers les cieux, vers un lieu de repos assimilé au Paradis. Ce décalage subtil n'est là que pour annoncer, une fois encore, toute l'étendue mythologique et philosophique du film. Pour finir, on pourrait voir 'Voyage To Avalon' comme une évocation subtile de cette quête d'une réalité idéalisée, qui se met déjà en place dès le début du film, sans même que le spectateur s'en rende vraiment compte. A noter que les textes de la chanteuse sont affichés à l'écran, afin d'améliorer notre compréhension de ce que l'on entend avec le sujet du film.

Ces trois premiers morceaux suffisent déjà à assurer l'intérêt d'un score inspiré et passionnant. Après le caractère opératique du début du score, 'Murphy's Ghost' fait intervenir des sonorités électroniques plus 'new-age' (la pièce étant interprétée par le compositeur lui-même), avec des voix samplées mystérieuses dans la scène où Ash retrouver un Murphy décérébré, cloué sur son lit d'hôpital. On sent ici tout le mystère que renferme le jeu de 'Avalon'. Ses conséquences néfastes sur les 'non-revenus' fait froid dans le dos. C'est ce que suggère discrètement 'Murphy's Ghost'. On retrouve une ambiance tout à fait similaire dans l'électronique 'Bishop' est c'est 'Nine Sisters' qui se dégage de l'écoute, de part son caractère répétitif et envoûtant (dans la lignée de Philip Glass), accompagnant la séquence où Ash essaie d'en savoir un peu plus sur les '9 soeurs' en accédant à des données secrètes sur son ordinateur. Le morceau nous permet d'entendre des choeurs samplés tournant en boucle, comme pour évoquer le côté 'informatique' de cette scène, agrémenté d'une touche de mystère et d'intrigue, chère au compositeur japonais.

'Ruins C66' prolonge l'univers électronique de la musique de Kawai et aboutit à l'un des plus beaux morceaux du score, le poignant 'Gray Lady (Ash)', confié à des cordes mélancoliques et lyriques à souhait. Le classicisme d'écriture de cette pièce quasi romantique d'esprit évoque la solitude du personnage face à sa quête obsédante dans le monde virtuel d'Avalon. 'Flak Tower 22' nous permet de retrouver une musique plus sombre, basée sur le bruit pour la scène où Ash se rend dans la tour où se trouve le maître du jeu. Kawai nous fait entendre ici des sonorités métalliques qui se mêlent avec l'ambiance sonore de la scène. Dans 'Ruins D99', le compositeur nous propose un sombre mélange entre percussions, ostinato électronique et nappes synthétiques en tout genre pour la séquence de l'affrontement contre l'immense tourelle à canons. 'The Ghost Hunting' conclut cette longue séquence sur une nouvelle atmosphère sonore glauque, avec tenues électroniques profondes et lointaines, dans une ambiance fantomatique menaçante, pour la scène où Ash poursuit le 'Ghost'.

Le score trouve un aboutissement grandiose avec 'Voyage To Avalon (Orchestra Version)', pour la superbe séquence du concert à la fin du film. On voit alors l'orchestre donner cette musique devant une foule ébahie, tandis qu'à l'extérieur, Ash et Murphy s'affrontent au cours d'un très bref duel final digne des meilleurs westerns de Sergio Leone. Ici, Kawai fait la part belle à un orchestre ample et puissant et une chorale grandiose accompagnant la soliste. Les cuivres et les percussions (timbales, principalement) sont de la partie et accentuent le côté dramatique et poignant de cette superbe pièce opératique d'une beauté rare. Le côté dramatique et intense de 'Voyage To Avalon' prend ici tout son sens. Le morceau devient évocateur du destin de Ash et de sa quête vers ce monde rêvé, jusqu'aux limites du jeu de 'Avalon'. La pièce évoque aussi la mort de Murphy tout en jouant une fois de plus sur l'ambiguîté fiction/réalité, d'où le côté dramatique et onirique du texte et de la partie vocale. Ce superbe climax est suivi de 'Tir Na Mban' à l'ambiance plus 'new-age', la boucle étant bouclée avec 'Log In', reprenant le choeur épique et spirituel de 'Log Off' pour conclure le film en beauté.

'Avalon' est une très grande BO, une partition inspirée et rare que Kenji Kawai nous offre pour l'excellent film de Mamoru Oshii. La froideur de l'électronique 'new-age' et la chaleur des voix et de l'orchestre nous offre ici un panorama d'émotions très larges, embrassant toute l'atmosphère cynique, spirituelle et mythologique du film d'Oshii. A l'image de 'Avalon', la partition de Kenji Kawai est une véritable expérience musicale, avec des choix musicaux inattendus et surprenants, un véritable parti pris esthétique qui nous prouve à quel point Kenji Kawai fait bel et bien partie de cette brillante génération de compositeurs japonais au style frais et inspiré, au même titre que Joe Hisaishi ou Masamichi Amano. 'Avalon' est sans aucun doute l'un des chef-d'oeuvres du compositeur, une oeuvre passionnante qui s'écoute et se reécoute, jour après jour !

Quentin Billard

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