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Gedo Senki (Les Contes de Terremer)  (2007)

Tokuma Japan (JP : 12 juillet 2006)
Colosseum (FR : 29 octobre 2007) | Original Score [musique originale]


Le retour des studios Ghibli sur grand écran avec le premier film de Goro Miyazaki, fils du maître de l'animation japonaise Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro), co-fondateur du studio. Un nouveau venu à la musique : Tamiya Terashima, qui succède ainsi à Joe Hisaishi (pour les films de papa) et à Nomi Yumi, qui avait composé de très jolies musiques pour Le Royaume des Chats (2003). [© Texte : Cinezik]
Gedo Senki (Les Contes de Terremer)

Tracklist

1. Ihen : Ryu / Disaster : Dragon (2:30)
2. Tasogare no Kizashi / Twilight Omens (2:21)
3. Haitaka : Toubousha / Haitaka : Runaway (2:45)
4. Tabiji / Journey (3:42)
5. Machi / Town (1:30)
6. Mayoi : Owareru Mono / Indecision : Pursuer (3:38)
7. Kubiki / Yoke (2:05)
8. No e / To the Fields (1:34)
9. Kumo / Clouds (2:36)
10. Daichi no Hito / Man of The Land (3:10)
11. Ira to Shoushin: Akutou / Biting Words and Grief: Scoundrel (3:32)
12. Tsuioku: Routenshu no Chuukoku / Recollection: The Warning of the Old Shopkeeper (2:30)
13. Sounyuka "Teruu no Uta" Eiga Baajon (Akapera) / Insert Song "Teru's Song" Movie version (a capella) (2:31)
* 14. Wakare: Kage no Kyoufu / Parting: Fear of Shadows (2:41)
15. Goudatsu: Fushi no Yuuwaku / Extortion: The Temptation of Immortality (5:00)
16. Kyuukou: Taiji / Express: Confrontation (4:57)
17. Hikari to Kage / Light and Shadow (3:40)
18. Shin no Na: Mezame / True Name: Awakening (4:55)
19. Shi no Noroi: Kyouki / Curse of Death: Madness (7:24)
20. Inochi no Hi / Fire of Life (2:08)
21. Owari to Hajimari: Shudaika "Toki no Uta" / Ending and Beginning: Theme Song "Song of Time" (8:36) *

* Chanté par Aoi Teshima

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Qui dit changement de cap à la réalisation dit aussi changement de direction concernant la musique du film. Dans Gedo Senki, ce n’est pas Joe Hisaishi qui se colle à la composition de la musique mais bien Tamiya Terashima. Evidemment, ceux qui s’attendent à retrouver le style Hisaishi seront là aussi déçu, tant la musique composée par Terashima s’éloigne à son tour du style des musiques Ghibli habituel pour adopter un ton plus hollywoodien et occidental. A la première écoute, le score de Gedo Senki s’avère donc être particulièrement déconcertant voire décevant sur certains points, et pourtant, son impact sur les images du film demeure indéniable. Terashima utilise un pupitre de cordes auquel il a ajouté de nombreux instruments synthétiques et autres sonorités électroniques samplés - notamment dans le pupitre des cuivres et des bois, interprétés par des samples synthétiques de qualité très quelconque. On est d’ailleurs en droit de s’interroger sur la réelle nécessité d’utiliser ici des instruments samplés de qualité moyenne : qu’est-ce que cela était censé apporter d’intéressant à la musique du film ? Terashima n’aurait-il pas disposé d’un budget musique suffisant pour pouvoir se payer un vrai orchestre digne de ce nom ? A cela s’ajoutent aussi des choeurs samplés pour le côté plus magique/mystérieux du film, ainsi qu’une pléiade d’instruments aux sonorités celtiques/ethniques plus étonnants, associés à l’univers de Terremer, comme le confirme par exemple ‘The City’ qui s’apparente à une jig irlandaise endiablée pour la séquence de la ville.

Le score de Gedo Senki s’articule autour d’une pléiade de thèmes mémorables, à commencer par un magnifique thème principal ample et majestueux qui évoque la quête d’Arren (‘The Trip’), exposé par le duduk et les instruments celtiques sur fond de nappes et de cordes. Le second thème, plus mélancolique et intime d’esprit, est associé quand à lui au jeune prince (‘Kubiki’). La mélodie évoque clairement ici l’errance du personnage et ses tourments intérieurs. Troisième thème plus sombre d’esprit, une mélodie inquiétante et menaçante associée à Aracnéide (‘The Spider’), et là aussi développé par un duduk mystérieux sur fond de sonorités électroniques particulièrement glauques. De mémoire, on avait rarement entendu une musique aussi sombre et noire dans une musique de film animé Ghibli. Terashima ajoute des chœurs samplés pour renforcer le caractère maléfique du personnage. Dommage cependant que la mélodie exposée au duduk dans ‘The Spider’ évoque presque par moment certaines partitions hollywoodiennes faussement ethniques de maintenant, style Gladiator de Zimmer ou 300 de Tyler Bates. Pour une production Ghibli, on pouvait s’attendre à une musique tout de même bien plus exigeante et recherchée! Enfin, le dernier thème est confié à des chœurs samplés qui évoquent le mystérieux maléfice qui s’est abattu sur Terremer (on le découvre dans le sombre ‘Indecision/The Follower’).

L’action est particulièrement présente, avec des morceaux incluant quelques percussions électroniques à l’hollywoodienne et des cuivres samplés. Cela commence dès l’ouverture du film dans ‘Anormality/The Dragon’ qui annonce clairement le côté sombre du film, avec ses traits de cordes agités associées au mauvais présage des dragons. On retrouve un travail de percussions similaire dans ‘Indecision/The Follower’ et l’agité ‘Violent Robbery/The Seduction of the Undead’ où le thème d’Aracnéide est repris par le duduk et doublé par une voix féminine lointaine et maléfique. A noter que la dernière partie de ce morceau utilise des sonorités orientales elles aussi étonnantes pour une production Ghibli, dans une atmosphère toujours aussi grandiose et sombre. L’affrontement final contre le sorcier maléfique permet à Terashima de développer ses morceaux d’action de façon plus intense et violente comme ‘Express/Face to Face’ qui reprend ‘Anormality/The Dragon’, ‘The Curse of Death/Insanity’ durant la confrontation apocalyptique sur le toit du château du méchant. Ce dernier est d’ailleurs sans aucun doute le morceau d’action le plus spectaculaire et le plus grandiose de toute la partition de Gedo Senki, mélangeant chœurs/cuivres/percussions samplés avec cordes live frénétiques. A noter un très beau passage dans ‘Light and Shadow’ qui reprend le thème d’Arren de façon plus apaisée aux cordes lorsque le jeune héros retrouve enfin ses esprits grâce à l’aide de Theru. Le compositeur nous offre même un très beau moment d’émotion dans ‘The Truth Name’ lorsque Theru dévoile son secret à Arren vers la fin de l’aventure. Signalons pour finir que le compositeur a écrit une chanson pour Theru nommée le plus simplement du monde ‘Theru’s Song’, et qu’interprète la jeune fille vers le milieu du film. Cette chanson a une fonction simple : elle permet de résumer la triste vie de Theru avec quelques notes de musique. Dommage cependant que l’album ne contienne que la version a cappella (celle du film), alors que la bande-annonce contenait une magnifique version avec accompagnement instrumental.

Bref, bilan final assez mitigé pour la partition du premier long-métrage animé de Goro Miyazaki. Il paraît évident au premier abord que Tamiya Terashima n’a pas le talent de Joe Hisaishi. Sa partition pour Gedo Senki paraît plus banale, plus occidentale d’esprit aussi, et donc forcément plus facile pour une production Ghibli. Les producteurs du studio nous avaient pourtant habitué à une ligne de conduite irréprochable en ce qui concerne les musiques de leurs films. Mais pour Gedo Senki, le compositeur semble avoir raté une marche, non pas que sa musique soit intrinsèquement mauvaise, loin de là, mais plutôt qu’il y manque l’esprit et la magie Ghibli habituelle. A vouloir suivre d’autres pistes que celles suivies par Hisaishi, Terashima s’embourbe dans une musique à l’hollywoodienne un peu fade pour un Ghibli. L’utilisation des sonorités celtiques/orientales rappelle là aussi tout ce qui a été fait en matière de ‘world music’ dans le cinéma américain contemporain, d’une façon d’ailleurs étrangement similaire à ce que Jeff Rona avait fait sur Earthsea en 2004. Si l’impact sur les images demeure sans aucun doute le principal point fort de la musique de Gedo Senki, on ne pourra pas en dire autant en ce qui concerne la composition en elle-même. L’utilisation d’instruments samplés empêche la musique d’atteindre son véritable potentiel. Quand à l’écriture musicale, elle demeure bien moins fine et riche que chez Joe Hisaishi ou même Yuji Nomi. Terashima a aussi beaucoup moins d’expérience que ces compositeurs. Bref, tous ces éléments réunis font de Gedo Senki un score aussi déconcertant que le film lui-même, une partition Ghibli assez atypique qui risque fort d’en laisser plus d’un sur sa faim. Vivement le retour de Joe Hisaishi sur le prochain Miyazaki, car force est de constater que le célèbre compère du grand maître de l’animation japonaise est réellement irremplaçable!

Quentin Billard

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