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Largo Winch  (2008)

Varèse Sarabande (8 décembre 2008) - 1:03:25 | Original Score [musique originale]


 

Interprétée par le London Symphony Orchestra, la musique de « Largo Winch » apporte un souffle symphonique puissant aux images du film de Jérôme Salle, preuve que certains compositeurs français actuels sont aussi capables de rivaliser avec les américains sur le terrain des grosses partitions hollywoodiennes. On retrouve à travers la musique de « Largo Winch » le style habituel d’Alexandre Desplat, que ce soit dans l’écriture des thèmes (toujours assez peu mémorables chez le compositeur - son plus gros point noir !), des harmonies ou des orchestrations.



[© Texte : Cinezik] •
Largo Winch

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Largo Winch (03:07)

2. Lea's Theme (01:47)

3. Dimna Yudda (02:01)

Performed by Chet Nuneta

4. Chosen One (05:48)

5. Nerio's Theme (02:38)

6. Chase Latino (01:28)

7. Two Brothers (01:41)

8. The W Building (02:47)

9. Mato Grosso Escape (01:55)

10. Meyer's Ear (01:42)

11. Croatian Sorrow (04:14)

12. The Orphanage (02:26)

13. Hidden Souvenirs (02:51)

14. Dugi Otuk (01:26)

15. Vision In The Waves (01:08)

16. Largo Jumps (01:34)

17. Anna's Death (03:48)

18. Melina (03:13)

19. The Deal (02:16)

20. Korsky (03:12)

21. Freddy's Betrayal (01:43)

22. Ferguson (01:30)

23. Hong Kong Chase (01:24)

24. On The Run (03:18)

25. Roof Fight (02:27)

26. Epilogue (02:01)

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Dès l’ouverture du film (« Largo Winch »), Desplat dévoile un thème ample qui sera associé tout au long du film au héros interprété par Tomer Sisley, thème accompagné par l’orchestre et des percussions aux sonorités plus modernes, nous permettant d’ancrer l’histoire dans l’époque contemporaine. Deuxième thème, le « Lea’s Theme », thème romantique à l’ancienne associé au personnage de Mélanie Thierry et dominé par des cordes lyriques et amples. Dommage cependant qu’ici aussi, on ne retienne pas grand chose du dit thème en question ! Enfin, le troisième thème est entendu dans « Nerio’s Theme », associé au personnage de Nerio Winch. Il s’agit d’un motif plus sombre et mystérieux évoquant les secrets du père adoptif de Largo, confié à un piano dialoguant avec les bois et les cordes. A noter l’utilisation de loop électronique renforçant ici aussi le caractère moderne de la musique de Desplat dans le film.

« Chosen One » est assez représentatif du style de Desplat : magnifiquement orchestré, avec la présence de quelques instruments solistes dont un piano, un violon, une flûte à bec (instrument déjà utilisé dans « Hostage ») et un cymbalum pour les scènes se déroulant à l’orphelinat bosniaque au début du film. L’action ne tarde pas à s’emparer du reste de la musique comme le confirme « Chase Latino » pour la scène de la poursuite avec la police au début du film, morceau de type « latino » avec orchestre et percussions sud-américaines énergiques, sans oublier les traditionnelles rythmiques électroniques - un morceau qui rappelle le talent du compositeur pour les musiques d’action très orchestrales. Desplat rempile dans l’action avec « Mato Grosso Escape » pour la scène de l’évasion de la prison avec un orchestre toujours aussi énergique et coloré, et une pléiade de percussions électroniques modernes. L’ambiance devient plus calme et nuancée dans « Croation Sorrow » où Desplat reprend un thème mélancolique slave déjà entendu dans « Chosen One », thème associé à l’intrigue du décès de Nerio Winch et de l’adoption de Largo. Le compositeur évoque aussi les scènes du passé à l’aide d’un thème plus intime entendu au piano dans « Hidden Souvenirs » où il reprend un chant slave traditionnel, « Dimna Yudda », pour les scènes de l’orphelinat bosniaque. Le thème est ensuite repris au violon dans « Dugi Otuk », toujours accompagné par quelques notes de cymbalum.

L’action reprend de plus belle pour la scène de la poursuite avec l’hélicoptère dans « Largo Jumps » et ses rythmes orchestraux déchaînés, témoignant de tout le savoir-faire du compositeur. A noter ici aussi le soin tout particulier apporté aux orchestrations, une marque de fabrique du compositeur. La tension monte d’un cran avec « Anna’s Death », personnifiant le danger et le drame de la mort d’Anna (Anne Consigny). « The Deal » renforce ce sentiment de tension et d’intrigue alors que Largo est déterminé à découvrir la vérité et à reprendre le contrôle du Groupe W, tandis que « Korsky » reprend les percussions de l’ouverture pour un morceau agité qui n’est pas sans rappeler certains passages des scores de David Arnold pour la saga « James Bond ». Enfin, le compositeur nous gratifie de trois morceaux d’action conclusifs particulièrement énergiques et tonitruants pour l’affrontement final : le trépidant « Hong Kong Chase » qui renforce la frénésie de la poursuite à Hong Kong vers la fin du film, avec quelques reprises plus héroïques du thème de Largo, le tout soutenu par une batterie à la « James Bond », sans oublier le frénétique « On The Run » et le climax « Roof Fight » avec ses rebondissements rythmiques excitants durant l’affrontement sur le toit à la fin du film (à noter que l’écriture virtuose des cuivres n’est pas sans rappeler par moments certains passages de la saga « Matrix » de Don Davis). Enfin, « Epilogue » reprend sans grande surprise le thème de Largo Winch aux cordes de façon ample et quasi triomphante pour la conclusion de l’aventure.

Alexandre Desplat signe donc une partition symphonique correcte mais sans grande surprise pour « Largo Winch », un score servi par une thématique soignée mais toujours aussi peu mémorable, et des orchestrations particulièrement riches et inventives. Comme toujours, on regrettera le côté parfois impersonnel de la composition de Desplat, qui lorgne ici de plus en plus vers le style hollywoodien de ses collègues d’outre-manche. On connaît la passion du compositeur pour la musique de film hollywoodienne. Il est simplement dommage de constater qu’avec un succès grandissant, Desplat a toujours autant de mal à sortir de ce carcan hollywoodien dans lequel il semble s’être laissé lui-même embarqué (ce qui explique probablement sa participation de plus en plus fréquente à la musique de grosses productions U.S.). Comme toujours chez Desplat, sa partition pour « Largo Winch » demeure réussie de bout en bout et pourtant totalement dénuée de la moindre audace ou d’une seule idée originale qui puisse un tant soi peu sortir des sentiers battus. Sa musique est toujours élégamment construite, magnifiquement orchestrée mais au final, sans grande idée musicale (et ne parlons pas de la déception des thèmes !). Alexandre Desplat manipule donc les recettes du genre avec un professionnalisme qui n’est plus à démontrer, apportant son lot d’action et d’énergie au film de Jérôme Salle. Il n’empêche que l’on en reste pourtant sur notre faim, avec la sensation - pas toujours agréable - d’un énorme potentiel pas complètement exploité !

Quentin Billard

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