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Moving Music  ()

Naïve (21 août 2007) - 1:00:35 | Compilation


 

A l'occasion de la sortie en salles du film Cartouches gauloises de Mehdi Charef, Armand Amar édite deux de ses musiques de films du mois de novembre 2006, couplées avec Comme ton père et Inanna, l'une de ses nombreuses musiques de ballet pour Carolyn Carlson. Une compilation idéale pour découvrir l'univers délicat du compositeur français.



[© Texte : Cinezik] •
Moving Music

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. La fugue (1:21) +
2. Le père (1:47) +
3. Après la fugue (1:21) +
4. Mariage (3:06) +
5. Dans le jardin (0:44) +
6. Retour (2:32) +
7. La Faute à Fidel - Générique fin (4:36)
8. Quatuor (5:11) *
9. Les oiseaux (2:41) *
10. Inanna (4:14) *
11. Danse des femmes (4:53) *
12. Sahra (6:36) *
13. L'Enterrement ** 14. Le pistolet ** 15. Et le film a commencé ** 16. Les enfants ** 17. Mon Colonel (3:37) ++
18. Le stade (1:46) ++
19. Les larmes (5:11) ++
20. Cartouches Gauloises

* Inanna (ballet)
+ La Faute à Fidel
** Comme ton père
++ Mon Colonel

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On retrouve ici ses musiques pour Mon Colonel de Laurent Herbiet et pour La Faute à Fidel de Julie Gavras, deux premiers films où plane - de près ou de loin - l'influence de Costa Gavras, pour qui Armand Amar a signé parmi ses meilleures musiques. Chaque oeuvre est compilé sans ordre particulier, seul le plaisir de l'écoute est à l'origine du listing qui mélange les trois oeuvres. La compilation, intitulée "Moving Music" est donc un album à part entière, avec une réelle cohérence en terme de couleurs.

L'album s'ouvre sur sept morceaux de La Faute à Fidel, sans aucun doute l'oeuvre la plus rafraîchissante de l'album, qui mêle candeur et nostalgie, pour le superbe premier film de Julie Gavras. Si le piano est toujours présent, Armand Amar privilégie la guitare dans cette partition, pour évoquer la musique traditionnelle d'Amérique du sud et plus particulièrement du Chili (le pays de Salvador Allende auquel les parents de la petite Anna se rallient soudainement). La pièce maîtresse de cette partition, qui est aussi sans doute l'aboutissement des recherches musicales d'Amar sur ce film, est "Le père", sublime morceau où le compositeur met à l'épreuve pas moins de cinq guitares à la fois pour une pièce d'une beauté poignante, qui illustre la (superbe) scène où le père d'Anna apprends la mort d'Allende à la télévision : avec la musique, la scène prend une ampleur dramatique très vive, et Amar fait naître une émotion forte et pure, qui évoque à la fois la fin d'un rêve, la fin d'une époque et une profonde désillusion, dont la petite Anna est la spectatrice émue. Enfin, le générique de fin du film (piste 7) développe sur près de cinq minutes le thème principal au piano, puis aux guitares, puis au nickel harpa (viole à roue suédoise). Un morceau très rythmé et très plaisant à l'écoute (avec toujours des motifs en boucle), où Amar introduit aussi du xylophone, comme pour évoquer l'enfance, l'innocence, mais aussi la curiosité et l'interrogation.

Inanna évoque un autre ton, plus méditatif et mélancolique, des adjectifs qui pourraient cependant correspondre à presque tous les autres morceaux de cet album. On y retrouve les boucles et répétitions au piano chères à Armand Amar, qui définissent en grande partie son style musical et l'aspect hypnotique et envoûtant de sa musique. On appréciera aussi la prise de son, très soignée (surtout pour le violoncelle qui arrive plus tard), et le mixage. "Les Oiseaux" instaure une ambiance différente, plus inquiétante, plus impalpable, tandis que "Sahra" développe le thème introduit lors d'un morceau précédent ("Inanna"), à la guitare cette fois-ci, comme pour évoquer en filigranne La Faute à Fidel.

Suivent quatre morceaux du film Comme ton père (réalisé par Marco Carmel, avec Richard Berry et Gad Elmaleh), thriller dramatique où Armand Amar développe une veine plus sombre et inquiétante, introduisant du saxophone, de l'harmonica ou même de la guitare électrique. Pour le générique, le compositeur s'est librement inspiré de "La Petite Messe solennelle" de Rossini, mais au retrouve toujours cet aspect profondément nostalgique qui définit sa musique (le film évoque aussi les histoires de famille autour de la guerre d'Israël).

Avec Mon Colonel (piste 17), le compositeur retrouve le registre plus classique et retenu de Indigènes, avec un piano solo, des cordes sombres et presque pas de mélodie. Il instaure une atmosphère plus aprupte, quasi solaire, comme pour évoquer l'Afrique du Nord et ses déserts, mais aussi la solitude des soldats (quel que soit leur grade). A défaut de rythme et de mélodie, ce morceau et le suivant ("Le stade") sont clairement les plus fades de l'album, ceux qui évoluent le moins, mais il définissent aussi le parti pris musical du film, tout en retenue. En revanche, le générique de fin ("Les Larmes") est un beau tour de force musical, où Armand Amar développe une mélodie au piano assez mystérieuse, sombre et inquiétante, toujours en forme de boucle (de cercle vicieux ?), avec une musique proche du thriller. On regrette amèrement que cette ambiance n'aie pas été développée plus tôt dans le film, car la pièce est plutôt inspirée et élève le film à un autre niveau, plus cinématographique. Ce qu'on perd en ambiance, on le gagne en rythme et en narration : le générique de fin évoque plein de choses (en fait, tout ce que le film ne dit pas ou ne montre pas - et c'est d'ailleurs bien dommage). En quelque sorte, il est comme un prolongement du film, comme une ouverture, et l'ancre dans une interrogation plus contemporaine.

Le disque se clôt sur un morceau du film Cartouches Gauloises de Mehdi Charef, qui évoque la fin de la guerre d'Algérie vue par des enfants. La musique d'Armand se fait plus délicate et nostalgique que jamais, vibrante et sensible.

Au final, un disque qui dévoile autant le "Armand Amar rythmé" qu'on retrouve chez Costa Gavras (Amen, Le Couperet), que sa veine plus atmosphérique (déjà entendue dans La Piste ou Indigènes). Tout en présentant des morceaux totalement inédits, ce disque est donc une parfaite compilation des différents styles musicaux d'Armand Amar avec différentes ambiances et différents rythmes, tout en étant parfaitement cohérent en gardant une unité de ton. Un CD idéal pour découvrir le compositeur, pour mieux cerner son style, tout en étant une invitation à se plonger dans l'univers délicat d'Armand Amar. Plus qu'une compilation, un véritable album, et un indispensable.

Sylvain Rivaud

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