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28 décembre 2003

Hollywood à Monte-Carlo
Concert des musiques de Jerry Goldsmith, Monaco

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goldsmith, - Hollywood à Monte-Carlo


En juillet 2003, la nouvelle tombe que Jerry Goldsmith va diriger ses oeuvres à Monaco avec l'Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo en décembre.Quentin et Lilan, rédacteur du site Goldenscore, et Benoit et Sylvain, futurs créateurs de Cinezik, s'y retrouvent. En voici le compte-rendu. Pour l'anecdote, cet événement sera le point de départ de la création de Cinezik, qui sera "conçu" dans le train du retour !

Très beau souvenir en ce qui nous concerne, malgré l'opportunité ratée (de peu) de rencontrer l'une des légendes de la musique de film américaine. Sept mois plus tard, nous apprenions la disparition du maître...

Jerry Goldsmith absent, mais un orchestre déchaîné !

Compte-rendu complet et photos de notre escapade à Monaco en 2003 pour écouter en live les oeuvres de Jerry Goldsmith !

Hollywood à Monte-Carlo - Concert Goldsmith 2003

Novembre 2003 : Frédéric Vitteaud, le régisseur de l'orchestre (que nous remercions au passage !), nous confirme que nous pourrons assister à la répétition générale le 28 décembre au matin et rencontrer maître Jerry Goldsmith quelques minutes à cette occasion ! Pour certain d'entre nous, le rêve de rencontrer en personne l'une des légendes de la musique de film hollywoodienne commence à devenir réalité !

26 décembre 2003 : le même régisseur nous apprends que Jerry Goldsmith est malade et qu'il a dû renoncer à son voyage à Monaco. Déception générale. Le concert est néanmoins maintenu, mais le compositeur sera remplacé à la baguette par Jeff Tyzik, chef d'orchestre américain dont nous n'avons jamais entendu parler (pour notre part), mais qui, à en croire sa biographie, semblait avoir malgré tout l'expérience nécessaire à ce remplacement de haut prestige. Nous voilà donc partis à Monaco sans avoir l'occasion de rencontrer Jerry Goldsmith en personne, mais avec encore l'espoir d'assister à un concert mémorable (car un programme comme ça, ça n'arrive pas tous les ans !), et de recontrer d'autres "béophiles" passionnés.

28 décembre 2003, 9 h 30. Nous voilà donc arrivés à Monaco, fameuse principauté qui ne brille que par l'exaltation de ses façades de marbre et son architecture du plus mauvais goût reflètant l'argent qui déborde... mais où, au moins, on n'hésite pas à jouer de la musique de film hollywoodienne en concert ! Il pleut à torrent... et ce sera comme ça toute la journée ! C'est dimanche, les rues sont désertes. Nous marchons néanmoins quelques minutes sous la pluie pour rejoindre l'Auditorium Rainier III (situé dans le tunnel du désormais célèbre Grand Prix de Formule 1), afin d'assister à la répétition générale du concert. Nous ne trouvons que le gardien, qui nous apprend que la répétition de ce matin a été annulée, puisque l'orchestre a déjà répété toute la journée du samedi. Nous retournons donc à Nice pour la journée, puisqu'il n'y a rien à faire à Monaco en ce dimanche pluvieux...

15 h 30. Après quelques achats de Cds de musique de film pas cher dans une boutique discount de Nice, nous sommes rejoints par Quentin Billard et Lilian Ginet, rédacteurs du site web GOLDENSCORE. Claude, le père de Quentin, nous conduit tous à Monaco, tandis que la pluie tombe toujours violemment sur la Côte d'Azur. Dans la voiture, Quentin nous soumet à un "Quizz Goldsmith" en nous faisant écouter successivement plusieurs vieilles compositions du maître américain dont nous mélangeons tous les titres...

18 h 30. Après un petit thé pris dans un bar sympathique situé près de l'Auditorium, nous allons enfin retirer nos billets à l'accueil, où nous sommes acceuillis par M. Vitteaud, régisseur de l'orchestre, avec qui nous avions eu plusieurs contacts les semaines précédentes. Ce dernier nous invite à le suivre afin de voir si nous pouvons, à défaut d'interviewer Goldsmith, rencontrer quelques minutes Jeff Tyzik, son remplaçant de dernière minute. Par chance, le chef est dans sa loge et accepte de nous recevoir quelques minutes...

Jeff Tyzik 2003

19 h 00. Jeff Tyzik nous accueille chaleureusement dans sa loge, malgré la petitesse du lieu. Une sympathique conversation en anglais improvisé débute alors... Nous commençons par lui demander comment il s'est retrouvé ici et quelle est sa relation avec Jerry Goldsmith. Jeff nous réponds qu'il ne connaît pas personnellement Goldsmith, mais qu'il connaît assez bien certaines de ses oeuvres.
Jerry Goldsmith étant souffrant, il a été appelé à la rescousse pour cette raison, bien que le programme ne comporte que des morceaux qu'il n'avait jamais dirigé auparavant. Pour s'imprégner de ces oeuvres qu'il ne connaît pas bien, il a simplement écouté les enregistrements originaux une seule fois avant de détailler la partition. Un vrai défi pour lui, car il veut vraiment les interpréter fidèlement.

Jeff Tyzik 2003 patton Jeff Tyzik 2003 loge

Il nous montre alors la partition de la suite de PATTON, revue et corrigée à la main par Jerry Goldsmith en personne, afin de donner les indications nécessaires à une interprétation fidèle. Cette partition manuscrite, que très peu de gens ont pu voir auparavant, c'était un peu de Goldsmith lui-même sous nos yeux malgré son absence ce soir-là.

Jeff Tyzik évoque alors son extrême fierté de pouvoir diriger ces chefs d'oeuvres de Jerry Goldsmith, qu'il respecte beaucoup, avec un orchestre aussi prestigieux que celui de Monte-Carlo. Il fait notamment l'éloge de la section des cordes, au nombre de 62, qui l'a particulièrement impressionné lors des répétitions. Il nous paraît alors vraiment motivé et enthousiaste à l'idée de diriger ce concert, ce qui nous rassure totalement quand au choix de ce chef d'orchestre remplaçant ! Jeff nous parle alors sa passion pour la musique contemporaine, allant de la musique populaire aux partitions complexe de la musique expérimentale, justifiant ainsi son respect pour Jerry Goldsmith, dont les oeuvres se situent sur tous ces niveaux. Il a dirigé de prestigieux orchestres en Amérique du nord (Baltimore, Detroit, Houston, Pittsburgh, Saint Louis, Seattle, Toronto, Oregon, Vancouver...) interprétant tous les genres de la musique actuelle (jazz, classique, opéra, musique contemporaine, Brodway, gospel, rock, big band, et bien sûr musique de film). Il est lui-même chef principal du Rochester Philarmonic Orchestra, ainsi que du Vancouver Symphony Orchestra et du Winnipeg Symphony Orchestra. Nous voilà donc en présence d'une véritable personalité de la musique de concert aux États-Unis et au Canada, qui connaît sur le bout des doigts la musique actuelle, et qui s'éclate véritablement à la faire vivre "en live" sur scène et à populariser la musique orchestrale. Un belle rencontre avec un homme sympa et passionné !

Auditorium Monano 2003

Vue panoramique de l'auditorium Rainier III, auquel l'on doit une acoustique remarquable.


19 h 30. Tout le monde s'installe. Les musiciens se placent sur la scène. Jeff Tyzik apparaît : applaudissements. Le concert commence.
Premier morceau : STAR TREK: NEMESIS (2002). Le célèbre thème de la saga retentit dans toute sa splendeur dans la salle. L'interprétation est sans faille, on croit entendre la version originale du CD ! Malgré ma relative indifférence à ce thème en apparence pompeux (jusqu'à présent), cette écoute en live avec un orchestre excellent m'a totalement réconcilié avec cette oeuvre de Jerry Goldsmith ! Un grand moment de musique de film, et on comprend pourquoi en entendant ça en vrai. STAR TREK, c'est l'éfficacité et la splendeur de la musique hollywoodienne alliée à une orchestration complexe : en résumé, tout le talent et l'originalité du style de Goldsmith en un seul morceau. Belle introduction.

Jeff Tyzik concert 

Jeff Tyzik quelques minutes après notre entretien, sur le podium de chef d'orchestre.
Il décrit l'utilisation du thème et l'orchestration générale du morceau à venir avant chaque interprétation. Très pédagogique et agréable !

Jeff Tyzik concert 2


Jeff Tyzik, après avoir fait part de sa fierté de diriger cet orchestre et d'être là ce soir, parle alors du morceau suivant, une suite de THE LAST CASTLE (Theme of The Last Castle, Military Justice, Taking Command, The Flag), musique de film de guerre magnifique, très douce et contemplative, qui n'est pas sans rappeler la partition de Hans Zimmer pour LA LIGNE ROUGE (1998). Un autre grand moment pour une oeuvre méconnue de Jerry Goldsmith qui sort totalement de son style habituel.

Nous avons droit ensuite à une suite de TWILIGHT ZONE - THE MOVIE (film de Joe Dante), également très bien orchestrée, et parfaitement interprétée, avant l'un des morceaux phares de THE SUM OF ALL FEARS (La somme de toutes les peurs, 2001), passage doux comportant une voix soliste sur le morceau original, remplacé ici par l'orchestre. Très beau morceau pour un film parlant du terrorisme, qui, comme par hasard, fut tourné peut après les évenement du 11 septembre 2001. Et ça aussi la musique le laisse deviner en filigranne.

Enfin, la première partie du programme se termine sur une suite de MULAN, morceau lyrique et épique à souhait (ceux qui connaissent savent de quoi il est question). Un beau final assez grandiose pour clore cette première partie déjà riche en surprises, qui semblait avoir conquit le public avant même l'arrivée des morceaux les plus populaires du compositeurs.

Après un entracte d'une dizaine de minutes, tout le monde retrouve son siège pour près de 20 minutes de 100 % Goldsmith, avec le superbe MEDLEY OF MOTION PICTURE THEMES, sorte de compile orchestrale des plus beaux thèmes du compositeur américain. Après avoir débuté sur THE SAND PEEBLES, Jeff Tyzik amène l'orchestre vers la musique sombre et nostalgique de CHINATOWN. Retentit alors le grand thème de AIR FORCE ONE, qui au-delà de son aspect un peu pompier, a surtout eu sur moi l'effet d'une profonde nostalgie quand je me suis rappelé qu'il s'agissait là d'un des premiers grands thèmes de Jerry Godsmith qui m'ait marqué lors de mes débuts d'amateurs de BO de film ! Ce fut donc un grand moment que de l'entendre en live, même si le rythme de l'ensemble est plus rapide que sur la version CD (mais il paraîtrait que Goldsmith lui-même le faisait jouer ainsi lors de ses précédents concerts). Suit alors le thème de A PATCH OF BLUE, magnifique morceau comptant parmi les premiers chef d'oeuvres de Goldsmith, avant d'enchaîner le thème de POLTERGEIST, d'une naïveté toujours aussi resplendissante et géniale pour un film de flippe tel que celui-là ! Arrive ensuite la célèbre et magnifique valse de PAPILLON, véritable hymne à la liberté comptant aussi parmi le plus grands thèmes du maître hollywoodien, puis l'excellentissime thème d'ouverture de BASIC INSTINCT, encore plus impressionnant de subtilités et de profondeur quand il nous submerge en live. Il s'agit-là du morceau m'ayant probablement le plus marqué de tout le concert, car cette BO fait partie de mes favorites de Goldsmith et que j'avais encore les images toutes fraîches du film dans la tête puisque j'avais découvert ce chef d'oeuvre de Verhoeven pour la première quelques semaines plus tôt (seulement) ! Un très grand moment, pour ma part du moins !
Pour finir, Tyzik et l'orchestre nous délivrent alors le thème de THE WIND AND THE LION, grande musique pour le film de John Milius, dont nous avions entendu la version CD quelques heures plus tôt dans la voiture pour aller au concert ! Une magnifique suite de thème, donc, probablement la plus attendue et la plus impressionnante du concert !

Arrive ensuite la grande suite de PATTON, dont nous avions pu voir la partition dans la loge de Jeff Tyzik. Après une nouvelle présentation de l'oeuvre par Tyzik et des différents motifs de la BO qui allaient être interprétés, nous avons donc entendu successivement les morceaux suivants : Main Title, The Hospital, Attack, The Battleground, The Playoff. Nouveau grand moment du concert, tant l'intensité et la complexité de cette partition de Goldsmith (considéré par beaucoup comme son chef d'oeuvre) ont été parfaitement bien rendus par l'orchestre grâce à la direction dynamique, subtile et sans faille de Jeff Tyzik.

Après l'anecdotique morceau intitulé SOARIN' OVER CALIFORNIA, composé pour les parcs d'attraction Disney (composition lisse et jolie mais sans grand intérêt), Jeff Tyzik annonce avec un grand sourire le titre du morceau bonus de cette seconde partie, pour « un film considéré par beaucoup de gens comme l'un des plus mauvais film de l'histoire du cinéma... SUPERGIRL ! ». Une BO méconnue de Jerry Goldsmith, mais néanmoins bourrée d'idée mélodiques et très second degré. Un petit plaisir de fin de concert qui a autant ravi le public que l'orchestre lui-même, qui encore une fois a semblé prendre beaucoup de plaisir à jouer cette musique de Goldsmith.

En résumé, un concert assez surprenant car finalement peu représentatif de ce qui est généralement considéré comme les oeuvres les plus populaires de Jerry Goldsmith (dont seul de "Medley of motion picture themes" rassemble les plus connus), mais qui au final demeure assez représentatif de son style orchestral et de sa sensibilité musicale. A l'instar du concert de Hans Zimmer à Gand en octobre 2000, ce concert de musiques de Jerry Goldsmith était sous le signe de l'éclectisme. Rien à redire sur l'orchestre et Jeff Tyzik, sinon qu'ils ont été chacun de leur côté tout à fait digne de la musique du maître Goldsmith, et nous en sommes les premiers ravis.

Sylvain Rivaud

Texte écrit le 31 décembre 2003.
Photos de Sylvain Rivaud et Claude Billard.

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