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The Holiday  (2006)

Varèse Sarabande (8 janvier 2007) - 0:48:23 | Original Score [musique originale]


Hans Zimmer retrouve la réalisatrice Nancy Meyers (après Tout peut arriver en 2003), sur cette comédie romantique avec Cameron Diaz, Kate Winslet, Jude Law et Jack Black. Un genre qui réussit souvent à Zimmer (Pour le pire et pour le meilleur, Les Associés, Spanglish sont parmi ses meilleures musiques de comédie). Confirmation : une musique naïve mais belle, touchante et sincère. [© Texte : Cinezik]
The Holiday

Tracklist

1. Maestro (3:54)
2. Iris and Jasper (3:24)
3. Kayak for One (1:31)
4. Zero (2:45)
5. Dream Kitchen (1:36)
6. Seperate Vacations (1:48)
7. Anything Can Happen (0:49)
8. Light My Fire (1:14)
9. Definetly Unexpected (3:35)
10. If I Wanted To Call You (1:51)
11. Roadside Rhapsody (1:39)
12. Busy Guy (1:28)
13. For Nancy (1:28)
14. It's Complicated (1:00)
15. Kiss Goodbye (2:33)
16. Verso E Prosa (1:59)
17. Meu Passado (1:25)
18. The "Cowch" (2:42)
19. Three Musketeers (2:45)
20. Christmas Surprise (2:33)
21. Gumption (3:45)
22. Cry (2:39)

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Deux ans avant The Holiday, Hans Zimmer nous avait délivré une très sympathique musique aux accents latino pour Spanglish, film à l'occasion duquel il retrouvait James L. Brooks, avec qui il avait signé I'll Do Anything en 1994 mais surtout Pour le pire et pour le meilleur en 1997, une musique de comédie inventive et inspirée (nominée aux Oscars à l'époque). Il retrouve ici Nancy Meyers, alors que sa partition pour son précédent film Tout peut arriver, n'avait pas été éditée en CD. Pour The Holiday, Hans Zimmer retrouve les mélodies simples de ses débuts à Hollywood (on pense beaucoup à Green Card, I'll Do Anything ou Nine Months, musiques sans prétention mais qui permettaient de découvrir chez Zimmer une touche de sensibilité réellement poignante et sincère).

"Maestro" introduit le personnage de Jack Black (un compositeur de musique de film à Hollywood !) avec une mélodie qui n'est pas sans rappeler les thèmes romantiques du maestro Ennio Morricone (dont Zimmer avoue être un grand admirateur). Puis, rapidement, le thème principal fait son apparition à la guitare, donnant de l'ampleur au sentiment amoureux et suscitant une progression en crescendo qui évoque l'enflamment des sentiments, et les coeurs qui s'emballent. En quelques notes, Zimmer donne le ton du film, sur le générique puis sur les premières scènes, décrivant au premier degré le sentiment amoureux comme le personnage de Jack Black à son clavier et devant son écran, en train de composer la musique d'un film romantique où deux tourtereaux s'embrassent. Belle mise en abîme, et beau clin d'oeil. Grace à la musique et malgré les apparences, le film ne s'ouvre pas sur une scène anecdotique mais bien comme un oeilleton sur la création hollywoodienne autour des histoires d'amour : c'est en effet le thème principal du film.

D'un ton plus mélancolique (aux cordes et aux bois, l'instrumentation favorite de Zimmer pour ce type de film), "Iris and Jasper" évoque la relation trouble entre le personnage d'Iris (Kate Winslet) et Jasper, son amour impossible qu'elle aimerait bien oublier. Un beau morceau, encore une fois. Après un passage plus "easy-listening" avec "Kayak for One", qui rappelle le mickey-mousing qu'affectionne Zimmer pour les comédies (avec pizzicato de cordes et mélodies répétitives aux bois), "Zero" développe un nouveau thème très enjoué, davantage dans la dérision et le second degré, thème repris avec une instrumentation encore plus fantaisiste dans "Dream Kitchen", pour la scène où Iris découvre la gigantesque maison d'Amanda (Cameron Diaz) après un échange de domicile avec celle-ci, histoire de se changer les idées et d'oublier leurs changrins d'amour respectifs.

Avec "Light My Fire", Zimmer s'ouvre davantage au jazz, avec une musique légère qui rappelle certaines partitions pour les comédies de Billy Wilder, auxquels le film lui-même fait plus ou moins référence. On s'étonne ensuite de retrouver les vieux synthés de Zimmer sur "Definetly Unexpected" par exemple, un son qu'on avait pas entendu chez lui depuis une douzaine d'année : on pense ici à Green Card ou Regarding Henry pour les accords de claviers et la voix féminine en arrière-plan. Anecdote : il s'agit de la voix de Suzanne Zimmer, la femme du compositeur. Hans avait d'ailleurs avoué à l'époque de Nine Months que sa femme avait été sa principale source d'inspiration pour composer la musique de ce film sur la paternité qui l'avait beaucoup touché (alors qu'il allait avoir un deuxième enfant). On imagine sans mal que The Holiday se situe au même niveau personnel pour le compositeur, comme un hommage à sa femme et à leur propre relation amoureuse. Du coup, on est bien loin des thèmes mielleux et conventionnels de Pearl Harbor par exemple, bien plus artificiel dans son élaboration : c'est l'occasion pour les habitués du Zimmer spécialisé dans les blockbusters de découvrir l'extrême sensibilité du musicien sur des sujets plus modestes comme celui-ci, même si on avait déjà eu un bel aperçu de son talent pour ce genre de film dès Green Card en 1990, ou même Driving Miss Daisy en 1989 (partition d'ailleurs sifflotée par Jack Black dans le film - qui cite aussi le nom de Hans Zimmer - lors d'une scène mémorable où il se ballade dans un vidéo-club avec Kate Winslet et revisite à sa manière quelques grandes partitions pour le cinéma : encore un beau clin d'oeil à la profession de compositeur de musique de film).

Certes, on pourra reprocher à cette partition son manque de dérision par moments, la musique étant constamment à fleur de peau et décrivant sans détours les sentiments des personnages, mais c'est clairement un parti-pris, puisque le film lui-même embrasse les clichés à tour de bras pour mieux jouer avec et tenter de les dépasser. Pour le coup, la musique évolue peu au cours du film, de la même manière que les sentiments des personnages les uns par rapport aux autres évoluent lentement, ceux-cis étant en proie au doute, à la peur de l'engagement. Mais on aurait du mal à reprocher à Zimmer de s'imposer davantage dans le film : cette délicatesse et cette retenue semblait de mise pour l'histoire, afin d'éviter de verser dans le mélo absolu, même si le film y lorgne volontairement par moments.

Enfin, après un morceau plutôt triste et mélancolique ("Christmas Surprise") pour la scène où les personnages de Jude Law et de Cameron Diaz se séparent, Hans Zimmer s'enflamme littéralement dans "Gumption" puis dans "Cry" pour clore le film sur une note joyeuse et enthousiaste, en reprenant l'ensemble des thèmes avec l'emphase qu'on lui connaît, mélangeant tout à la fois (grand orchestre, synthés, percussions et guitares) pour un melting-pot détonnant : un grand moment de comédie romantique, qui malgré son apparente naïveté, se révèle redoutablement efficace et émouvant à l'image compte-tenu du travail effectué auparavant aves les thèmes, qui ont ici été "déniaisés" dans les morceaux précédents.

Pour résumer, The Holiday est sans aucun doute une grande réussite : à la fois parfaite dans le film et agréable en écoute isolée sur le CD, évoquant avec nostalgie l'histoire et les personnages du film, cette partition est en outre l'une des plus personnelles de Hans Zimmer à plusieurs niveaux : c'est d'abord un hommage à sa profession de compositeur pour le cinéma, à son rôle de narrateur et son implication de musicien au sein d'une histoire romantique racontée en images à la manière hollywoodienne (le film est très clair là-dessus et joue avec). C'est aussi une musique personnelle pour Zimmer qui retrouve ici une occasion de s'inspirer de ses propres sentiments pour sa femme afin de délivrer une partition débordante de sincérité dans son propos : et si le résultat paraît parfois naïf et gentillet, c'est qu'il est simplement spontané et sans second degré. Hans Zimmer prouve une fois de plus qu'il sait s'abandonner complètement à un film quand l'occasion se présente et quand le film vaut le coup, ce qui est le cas ici. En outre, The Holiday est un score qui s'appuie directement sur des précédentes partitions du compositeur pour le même type de film tout en sachant trouver sa place dans une continuité logique dans sa carrière. Bref, un bel expemple de musique de film rafraîchissante et touchante, en accord parfait avec le film et l'histoire.

Sylvain Rivaud

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