Réalisé par Florent Emilio Siri
Avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing
Film français, marocain.
Genre : Guerre, Drame
Durée : 1h 48min.
Distribué par SND
Musique : Alexandre Desplat
Sortie du film : 03-10-2007
Algérie, 1959. Les opérations militaires s'intensifient. Film de guerre magistral jamais vu en France à ce point là d'intensité et d'efficacité.

Florent Emilio Siri nous bluffe, car il réussit là un coup de maître en réalisant un film de guerre, politiquement dur comme un Fritz Lang, formellement maitrisé comme un Eastwood, violent comme un Peckinpah, et une pointe d'émotion comme chez Spielberg (associé à un travail sonore vu dans "Il faut sauver le soldat Ryan). Il s'agit d'un film de guerre réaliste, on est à la place des soldats, caméra épaule, et bruits assourdissants. Mais le film est aussi contemplatif, et là on se rapproche des westerns, avec des plans d'ensemble des plaines algériennes, un rapport formel est entretenu entre le paysage et les visages, entre les intérieurs et les exterieurs, des champ contre champ sur les regards, les colts, et même le saloon où l'on danse (mais à la place de l'air mexicain de LA HORDE SAUVAGE, nous entendons Gainsbourg).
On peut penser qu'en convoquant la Guerre d'Algérie frontalement, le cinéma français est en train de s'inventer un genre cinématographique, un peu comme les américains inventèrent le western en traitant du génocide indien.
Après INDIGENES sorti l'année dernière, il s'agit d'un autre film de guerre levant un pan de notre histoire, mais se situe quant à lui à l'opposé de son predecesseur, car l'individu prend le pas ici sur le collectif. On pense souvent à LETTRE D'IWO JIMA de Clint Eastwood, par cette manière crépusculaire de convoquer une poésie perverse de la guerre par le point de vue du personnage (magnifique Benoit Magimel). Comme dans le diptique de Eastwood, le réalisateur français questionne en un même film la notion de héros, de nation, de nostalgie de la guerre, de mérite, en dégageant l' absurdité de ces termes et en abolissant l'adversité (à l'image de l'américain dans le camp japonais de IWO JIMA, nous trouvons ici un algérien dans le camp français, cet ennemi intime).
Benoit Basirico