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Interview Bertrand Tavernier / DANS LA BRUME ELECTRIQUE : 'Beltrami a une forme de candeur, d'enthousiasme. Son grand maitre est Jerry Goldsmith. Il a appris de lui l'art des percussions'
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Interview réalisée à Paris le 7 avril 2009 par Benoit Basirico - Publié le 07-04-2009
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Bertrand Tavernier est autant un amoureux des films que de leurs musiques, il a travaillé pour ses films avec Philippe Sarde ou encore Antoine Duhamel, et a pu exprimer sa passion pour le jazz. Pour DANS LA BRUME ELECTRIQUE, il collabore avec Marco Beltrami.


Cinezik : Pourquoi avez-vous fait appel à Marco Beltrami pour la musique de DANS LA BRUME ELECTRIQUE ?


Bertrand Tavernier : Dés que j'ai écouté la musique de TROIS ENTERREMENTS, j'ai immédiatement eu envie de travailler avec celui qui avait composé ce Score. Ce fut un choc formidable qui m'a rappelé le choc que j'avais eu avec Jerry Goldsmith. 

Comme je pensais à un film américain, j'ai tout de suite dit au producteur que je voulais Beltrami et que je voulais le rencontrer très vite alors que j'étais en train d'écrire. Cela l'a beaucoup touché. C'était la première fois qu'un metteur en scène l'appelait si tôt, car la plupart du temps on attend que le film soit monté, ou même mixé. Là, c'était formidable car il pouvait faire des recherches. Il est allé étudier la musique en Louisiane, les instruments, pour trouver des musiciens qui pouvaient jouer du Washboard (ndlr : instrument de musique de percussion apparu à La Nouvelle-Orléans). Et on a parlé à plusieurs reprises de ce que devait être la musique de ce film.

Aviez-vous des musiques temporaires pour orienter le compositeur ?

J'avais très peu de disques avec moi aux Etats-Unis, et il n'y avait pas de disquaires, il fallait les commander sur Amazon, c'est moins bien, on commande des disques qui ne vont pas forcément convenir. Je me souviens d'avoir mis la musique de "Citizen Kane" de Bernard Herrmann sur la séquence des confédérés, lors de la découverte des camps. Je savais que je voulais mettre certaines chansons, comme "J'ai passé devant ta porte" sur l'accident du camion, et que la découverte de la Nouvelle Orléans marchait sur "I'm coming home" (de Clifton Chenier). J'avais tout cela avant le tournage. 
On a utilisé aussi une musique de Morricone pour la scène finale qui a été remplacée par la musique de Beltrami. 

Qu'est-ce que le fait de travailler avec un compositeur américain a changé pour vous ?

J'ai eu avec Beltrami les mêmes rapports qu'avec des compositeurs français. Je trouve que son travail est exceptionnel. Lorsque je lui ai demandé de me trouver une musique qui ne soit pas binaire, mais qui traduise l'obstination du personnage de Robicheaux (Tommy Lee Jones) à mener ses deux enquêtes, et qu'il y ait des thèmes qui aient l'air de lier le passé qui s'ouvre avec le présent plus angoissant, il a réussi cela formidablement ! Avec ce côté "carroussel" et l'Ostinato en figure rythmique que je trouvais très réussi.

Vous avez l'habitude de mêler dans vos films les musiques originales et les musiques d'emprunt. Comment avez-vous choisi ici la musique Cajun ?

Très tôt j'ai eu dans le film "Donnez-moi Pauline" et "J'ai passé devant ta porte". Ensuite j'ai eu du Zydeco (genre musical apparu dans les années 1930 en Louisiane) avec Clifton Chenier ou Nathan Williams, et puis le jazz créole de Sidney Bechett.
La musique qu'on entend en Louisiane est populaire, à base d'accordéon, c'est l'influence de la musique française, qui après a été transposée dans la musique Cajun avec du violon ou mêlée à la musique noire américaine et cela devient du Zydeko dans un mélange de valse, de blues, des musiques à danser. 

Revenons sur vos précédentes collaborations. Comment cela se passait avec Antoine Duhamel qui vous trouvait trop directif ou avec Philippe Sarde qui s'engageait pour le film ?

Il est moins difficile de laisser une liberté complète à un musicien quand on sent qu'il est cinéphile, qu'il a une compréhension du film. Antoine regrette que sa musique passe après le film, il voudrait qu'il n'y ait pas de bruits... ce serait même mieux s'il n'y avait pas d'images. Cela peut lui faire faire des erreurs, mais c'est par ailleurs un compositeur magnifique, inventif, mais qui souffre de l'ignorance de la presse par rapport aux musiciens de films du fait que son travail comme celui de ses collègues musiciens est rarement analysé. Il avait dit en recevant le prix à Berlin pour la musique de LAISSEZ PASSER, "c'est formidable de recevoir un prix pour une musique dont pas un seul journaliste n'a parlé". Sa musique est pourtant magnifique. Il ressent une sorte d'amertume sur la façon dont il a été traité. Je comprend cela. Seulement à tort ou à raison, le metteur en scène c'est celui qui a le film dans la tête. Cela dit je m'étonne à chaque fois de lui donner des défis.

En revanche, Philippe Sarde est d'abord un scénariste musical, il pense au film. Antoine pense à sa musique. C'est pour cela qu'il aime composer pour le cinéma muet. Son ennemi c'est la monteuse son. Il voulait baisser les sons des locomotives sur LAISSEZ PASSER alors que c'était important de les avoir. 

Qu'en est-il de Marco Beltrami ?

Il a une forme de candeur, d'enthousiasme. Son grand maitre est Jerry Goldsmith. Il a appris de lui l'art des percussions, de travailler sur des instruments qui vont donner une couleur inédite. Sur DANS LA BRUME ELECTRIQUE, il a utilisé l'accordéon, non pas sur la mélodie, mais sur le souffle, pour créer des dissonances, pour donner l'impression que quelqu'un court, c'est formidable.

Interview réalisée à Paris le 7 avril 2009 par Benoit Basirico - Publié le 07-04-2009

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