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Interview Grégoire Hetzel / LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE : la musique prend en charge les fantômes du film.
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Propos recueillis à Paris le 6 mars 2017 par Benoit Basirico - Publié le 08-03-2017
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Avec LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE (sorti le 8 mars 2017), le compositeur français Grégoire Hetzel signe la musique du premier film français du cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa. Rencontre dans le cadre de la participation mensuelle de Cinezik à l'émission "Vive le cinéma" de Aligre FM.

  Ecoutez l'interview au sein de l'émission de radio (dés 9:11):

 

Interview Grégoire Hetzel

 

Cinezik : Comment Kiyoshi Kurosawa a fait appel à vous ?

Grégoire Hetzel : Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin lui ont donné envie de m'appeler. C'est d'ailleurs Amalric qui a fait connaître Kurosawa en France en organisant une rétrospective de ses films. Je ne le connaissais pas, j'avoue. Quand j'ai appris que j'allais travailler avec lui, j'ai évidemment regardé ses films que je trouve incroyables. C'est un grand réalisateur. Après, il fait trois films par an donc tous les films ne se valent pas.

A quel moment êtes-vous intervenu ?

G.H : Je suis intervenu avant le tournage. On a même travaillé au scénario, ce que je n'avais jamais fait auparavant. Il savait exactement où il voulait des musiques sur le scénario, de telle phrase à telle phrase. J'ai ainsi commencé à travailler au mot. Il ne voulait pas écouter la musique avec des images. Un peu comme Hitchcock, il conçoit ses films en amont avec grande précision. Il a pu ensuite, au montage, adapter l'image à la musique. J'ai un peu triché en regardant malgré tout si la musique fonctionnait aux images, et je l'ai ajustée.

Est-ce qu'un cinéaste japonais a une sensibilité musicale différente de celle des réalisateurs français ?

G.H : À chaque fois que je travaille avec des réalisateurs étrangers, je remarque un enthousiasme fou pour la musique. C'est très agréable. Que ce soit Kurosawa, ou le québécois Denis Villeneuve (sur "Incendies"), ils sont très enthousiastes, alors que les réalisateurs français ont davantage peur de la musique. J'ai toujours l'impression avec eux que je vais abîmer leur film. Ils ont peur du pouvoir de la musique. Alors que Kiyoshi pas du tout.

De quelle nature est cette partition ?

G.H : Il y a des textures électroniques pour le suspens et le monde fantastique, avec des élans lyriques pour l'histoire d'amour, et un aspect hitchcockien avec des cuivres dans les graves, un motif récurrent, et un jeu avec les silences.

Mais il ne s'agit pas d'une musique destinée à faire peur...

G.H : La musique est plus mystérieuse qu'effrayante. Il y a beaucoup d'apparitions, ce qui est une des obsessions du cinéaste. Il y a des fantômes dans le film, et la musique prend en charge cela.

Aviez-vous des directives précises de la part de Kiyoshi Kurosawa ou aviez-vous une entière liberté ?

G.H : J'ai eu quasiment une carte blanche, même si le réalisateur a ensuite rectifié des choses. Il était déjà en train de monter son film suivant, et de tourner celui d'après. On a donc beaucoup correspondu par mail car il était retourné au Japon. On s'est vu en tout une semaine. Pour le reste, c'était une correspondance pour les ajustement musicaux.

De quelle nature étaient vos échanges ?

G.H : À la japonaise, il était très poétique. Il avait toujours des formules un peu abstraites, un peu comme des haïkus... "le soleil après la pluie"... beaucoup de métaphores, c'était très poétique. Il n'essayait pas de me faire croire qu'il connaissait bien la musique. Il restait totalement en dehors. Il me donnait ses phrases poétiques pour m'amener au cœur de l'affect musical. Il n'essayait pas de trouver les traductions musicales. Il restait dans le poétique.

Comment élaborez-vous votre composition ? Vous orchestrez vous-même ?

G.H : Je commence au piano pour les thèmes, et très vite j'orchestre. Je compose en orchestrant. Ce serait bizarre de prendre quelqu'un pour cela.

Avec L'AMI, FRANÇOIS D'ASSISE ET SES FRÈRES (Renaud Fely, 2016) et LES INNOCENTES (Anne Fontaine, 2016), vous avez abordé des films sur la question du sacré... pas si éloigné quelque part des fantômes de Kurosawa...

G.H : Comme chez Kurosawa, il y a un aspect métaphysique de la musique en lien avec la notion d'élévation. Écrire pour des sujets religieux, c'est la chose la plus difficile. Je me suis rendu compte de cela. C'est la première fois que je faisais des films comme cela. Cela appelle le silence. Sur L'AMI, FRANÇOIS D'ASSISE ET SES FRÈRES, je n'allais pas commencer à faire une musique romanesque. Ce serait absurde. Pareil pour LES INNOCENTES. C'était assez complexe à faire. J'ai pris en charge le séculaire, le sentiment d'éternité et d'élévation.

 

Propos recueillis à Paris le 6 mars 2017 par Benoit Basirico - Publié le 08-03-2017

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