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Bernard Herrmann

Bernard Herrmann

Né en 1911 à New York (USA). Décédé en 1975.

Authentique et indiscutable génie de la musique de film, il fut l’un des rares de ce métier à être admiré tant par les professionnels du cinéma que par le milieu de la musique “sérieuse”. Perfectionniste acharné, il sut se dégager d’un néo-romantisme encore très traditionnel pour oser de réelles audaces orchestrales en allant même jusqu’au jazz.

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Bernard Herrmann vit le jour le 29 juin 1911 à New York ; enfant prodige, il compose dès l’enfance, obtient un prix de composition à 13 ans et forme même son propre ensemble de musique de chambre à 19 ans, tout en suivant des études de composition et de direction d’orchestre dans la prestigieuse Juilliard Graduate School of Music. En 1934, il entre au service radiophonique de la CBS pour finalement diriger leur orchestre en 1940. C’est à ce moment-là qu’il fait la connaissance du grand Orson Welles pour lequel il illustrera bon nombre d’émissions radiophoniques du “Mercury Theatre of the Air” (comme War of the Worlds) qui firent grande impression dans l’Amérique de cette époque.

Orson Welles embauche son ami sur le mythique Citizen Kane (1941) où le jeune Herrmann montre déjà un goût prononcé pour les atmosphères lourdes et troublantes (le prologue du film), toujours en équilibre entre un impressionnisme magique et lumineux (le musicien est un grand connaisseur de l’oeuvre de Satie, Delius, Debussy et Ravel qu’il a d’ailleurs pu jouer en tant que chef d’orchestre) et des sonorités sombres et caverneuses (l’écriture des bois, des clarinettes basses ou des bassons évoquant aussi le “Ring” de Richard Wagner). La même année, il obtient un Academy Award pour le peu connu The Devil and Daniel Webster (Tous les biens de la terre, 1941) - l’une de ses premières incursions dans le film fantastique dont il est l’un des maîtres incontestés.

The Magnificent Ambersons (La splendeur des Ambersons, 1942) est sa seconde collaboration avec Orson Welles, suivi par le très romantique Jane Eyre. Sur Hangover Square (1945) dont le protagoniste est pianiste, il se permet de composer un superbe “Concerto macabre” pour piano et orchestre qui est encore joué en concert aujourd’hui et qui, comme les musiques d’un Serge Prokofiev ou d’un Benjamin Britten, est véritablement devenu une pièce de musique savante à part entière. Sans avoir l’audace de ses musiques de films des années 60, The Ghost and Mrs. Muir (L’aventure de Mme Muir, 1947) est une belle musique encore très néo-romantique dont le générique rappelle aussi parfois l’écriture de certains impressionnistes britanniques si admirés par Herrmann (on songe aussi à l’élégance distinguée d’un Ralph Vaughan Williams). À la fin des années 40, Bernard Herrmann tente de s’imposer comme chef d’orchestre et compositeur “sérieux” ; il travaille sur un long opéra, Wuthering Heights, et une très élégante cantate, Moby Dick (d'après le célèbre roman).

CBS met fin à son contrat en 1950 : le compositeur doit rejoindre Hollywood et travaille à la bande originale du dernier film de science-fiction de Robert Wise : The Day the Earth Stood Still (Le jour où la terre s’arrêta, 1951) - belle fable humaniste prônant la paix et la tolérance, il utilise pour ce film un instrumentarium entièrement électronique (2 theremins, pianos, cuivres et violons électriques) tout à fait étonnant pour l’époque. À partir du superbe On Dangerous Ground (La maison dans l’ombre, 1952), et suivant l’exemple du non-conformisme d’un Charles Ives, il met un point d’honneur à utiliser des orchestrations atypiques sur la plupart des films sur lesquels il travaille, n’hésitant pas à déséquilibrer parfois totalement l’orchestre traditionnel des studios de l’époque (comme par exemple, celui des productions de F. Waxman, M. Steiner ou M. Rozsa) - comme le montrent les percussions africaines et les rythmes répétitifs aux pianos de White Witch Doctor (La sorcière blanche, 1953), les 9 harpes du très impressionniste et spectaculaire Beneath the 12-Mile Reef (Tempête sous la mer, 1953), ou les rythmes et modes orientaux de King of the Khyber Rifles (Capitaine King, 1953).

En 1955, il rencontre Alfred Hitchcock qui restera comme le réalisateur-clé d’une carrière alors en plein essor ; le bucolique et énigmatique The Trouble with Harry (Mais qui a tué Harry?, 1955), concrétise leurs débuts. The Man Who Knew Too Much (L’homme qui en savait trop, 1956) - qui contient la fameuse scène dans la salle de concert où il dirige lui-même l’orchestre, The Wrong Man (Le faux coupable, 1957) - film au générique assez jazzy, le romantique Vertigo (Sueurs froides, 1958), le dynamique North by Northwest (La mort aux trousses, 1959) au superbe thème d’amour, et surtout Psycho (Psychose, 1960), qui fut écrit pour cordes seules (et dont l’influence marquera à jamais l’histoire de la musique de film), seront autant de jalons essentiels et indispensables dans leur riche collaboration. Après l’ample et tourmenté Marnie (Pas de printemps pour Marnie, 1964), Hitckcock décide de mettre fin définitivement à leur alliance sur le film Torn Curtain (Le rideau déchiré, 1966) dont la musique est finalement confiée à John Addison après que Bernard Herrmann ait livré un score étonnant en utilisant encore une fois des timbres inédits (des flûtes acides, dissonantes et suraigus dans la scène du meurtre).

Parallèlement à cette légendaire collaboration avec Hitchcock, Bernard Herrmann s’intéresse au cinéma-bis, genre volontiers méprisé et aux musiques parfois médiocres. Avec un talent rare, il apporte une poésie unique et très originale aux films fantastiques et merveilleux que concocte soigneusement l’animateur Ray Harryhausen dans les années 50 et 60 : The 7th Voyage of Sinbad (Le 7ème voyage de Sinbad, 1958), The 3 Worlds of Gulliver (Les voyages de Gulliver, 1960), Mysterious Island (L’île mystérieuse, 1961), et Jason and the Argonauts (Jason et les argonautes, 1963). Libéré de toute entrave esthétique et de tout compromis, il compose des pièces véritablement fascinantes où l’avant-gardisme à la Edgar Varese (les percussions seules dans les combats de The 7th Voyage of Sinbad) côtoie le pastiche 18ème siècle (The 3 Worlds of Gulliver), l’orientalisme (Jason and the Argonauts, The 7th Voyage of Sinbad), les rythmes complexes et dissonants (la scène du crabe géant dans Mysterious Island) voire l’impressionnisme (les belles évocations de l’île dans Mysterious Island). Sans oublier son envoûtant travail pour orgues, harpes, cuivres et percussions dans le poétique et abyssal Journey to the Center of the Earth (Voyage au centre de la terre, 1959).

Dans le milieu des années 60, Bernard Herrmann se tourne vers l’Europe et vient s’installer à Londres (preuve de son universalité, le chanteur des Beatles Paul McCartney, qui le rencontrera en 1965, sera lui aussi influencé par le style herrmannien dans la chanson Eleanor Rigby), il rencontre le cinéaste François Truffaut qui s’intéresse passionnément à l’oeuvre d’Alfred Hitchcock et également bien sur aux musiques de ses films. Avec Truffaut, il signe le fascinant Fahrenheit 451 - partition très moderne pour ce film de science-fiction, dominée par des cordes nerveuses et lyriques, ainsi que des harpes et plusieurs percussions, mais également le méconnu La Mariée était en noir (1968) au très beau thème d’amour aussi noir que passionnel.

Les années 70 sont marquées par sa rencontre avec un autre admirateur d’Hitchcock : le jeune Brian De Palma qui lui demande d’écrire le score de Sisters (Soeurs de sang, 1973) - très inquiétant et hypnotique, puis du sublime Obsession (1976) - véritable testament de toute l’oeuvre d’Herrmann et dominée par un vaste choeur et un orchestre d’une ampleur sans précédent (avec orgue). L’écriture très raffinée et travaillée d’Obsession fleure souvent avec l’impressionnisme de Debussy (celui du Martyre de St Sébastien), incluant aussi la polytonalité ou les dissonances agressives déjà exploitées à l’occasion de Torn Curtain.

En 1975, le réalisateur Martin Scorsese, alors à ses débuts, lui donne l’occasion unique d’évoluer vers une écriture jazz dans le mythique et nocturne Taxi Driver pour lequel il écrit un thème mélancolique et désabusé devenu très célèbre ; la partition est empreinte d’un style de jazz symphonique déjà présent à Hollywood depuis les années 50 (incarné notamment par les musiques innovatrices d’un Alex North, Elmer Bernstein ou Lalo Schifrin) mais que Herrmann n’avait pas encore suffisamment investi. Hélas, il n’aura pas le temps d’explorer cette veine prometteuse car Taxi Driver sera sa dernière partition pour le cinéma...

Bernard Herrmann s’éteint le 24 décembre 1975 après une attaque cardiaque, en laissant derrière lui une oeuvre musicale d’une qualité sans précédent dans le domaine du cinéma, ses musiques de concerts et ses oeuvres cinématographiques sont progressivement rééditées ou réenregistrées par des artistes aussi talentueux qu’Elmer Bernstein, E.P. Salonen, ou Joel McNeely depuis le début des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Il paraît également important de noter que des compositeurs récents aussi connus que John Williams, Lalo Schifrin ou surtout Danny Elfman (entre autres...) lui doivent énormément.

Christian Texier

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