Quebec - Belgique - Suisse - Afrique

EN

VOIR

PLUS

Compositeurs

Béatrice Thiriet  

Béatrice Thiriet

Héritière de la musique savante, c'est l'écoute du Danton de Jean Prodromidès qui lui donne l'envie de composer pour le cinéma. Elle utilise dans ses partitions les cordes (Le lait ...), les cuivres (L'autre côté de la mer) ou les guitares (Le coeur des hommes), dans une recherche constante de timbres et de textures. Elle vient de retrouver Pascale Ferran (avec qui elle a composé PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORTS) pour le magnifique film LADY CHATTERLEY.

"Il y a majoritairement des hommes en musique comme en mathématique. C'est en train de changer petit à petit mais je trouve que le monde de l'abstraction est misogyne. " (Béatrice Thiriet)

Nouveautés

Incontournables du compositeur

 

LADY THIRIET & Béatrice Chatterley

Vous aviez composé le premier long-métrage de Pascal Ferran, PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORTS. Comment s'était organisé cette première rencontre ?

Tout d'abord on s'est vu et parlé, car il faut que le courant passe, c'est important de bien s'entendre avec sa réalisatrice car on a un rôle important en devenant la personne musicale d'un réalisateur qui ne connaît pas forcément la musique. C'est à moi de proposer des choses car le metteur en scène ne peut exprimer avec des mots ses envies. On ne peut pas travailler avec quelqu'un avec qui on n'a pas de feeling.

Cela fait donc onze ans que Pascale Ferran n'a pas tourné, depuis L'AGE DES POSSIBLES que vous avez également composé pour elle. Pendant cette absence, à quel moment avez vous eu connaissance du projet de LADY CHATTERLEY ?

Je savais qu'elle avait ce projet, même si Pascale aime s'entourer de mystère. Un jour elle m'a appelé, et j'avais l'intuition qu'elle allait me parler de ce film. Elle m'a donné le scénario. Elle avait monté des musiques. Il y avait du Bach que le personnage de Constance joue au piano dans le film. Elle avait monté le "lever du jour" du Daphnis et Chloé de Ravel, ce qui me mettait mal à l'aise, car il fallait passer après cela.

N'est-ce pas un frein à la créativité ces musiques temporaires qu'il faut ensuite imiter ?

Il ne faut jamais empêcher quelqu'un d'exprimer par des moyens musicaux ce qu'il a envie. C'est un frein si le réalisateur exige de la paraphrase, ce que je refuse de faire. Ce n'est pas ce que Pascale Ferran souhaitait. J'essaie de comprendre ce qui dans la musique placée par la réalisatrice fonctionne, et m'en inspirer. Ce n'est pas facile de procéder ainsi. Mais l'essentiel c'est d'avoir envie de composer quelque chose, de ne pas se dire que Ravel est parfait sur le film, d'être convaincu de son apport personnel.

LADY CHATTERLEY est un film d'amour dans la Grande Bretagne du début du vingtième... et votre musique évite le mélodrame, la musique folklorique et la musique historique. Vous avez ainsi privilégié les textures ?

Oui, les timbres peuvent s'accorder au cri des oiseaux, au silence de l'hiver, à la pluie. En même temps que la Lady du film s'épanouit en découvrant un amour charnel, elle va découvrir la nature, les fleurs, elle regarde un écureuil, elle s'envole avec un aigle... La musique raconte cette nouvelle force qu'elle trouve en la nature et en l'amour en étant à la fois très serrée ou plus dense.

La musique crée aussi l'universalité du propos en n'étant pas datée...

L'idée était de faire une musique d'aujourd'hui, pas une musique contemporaine qui désigne quelque chose de précis, mais faire une musique de l'instant.
Le générique de fin n'est jamais entendu pendant le film, et se dévoile à la fin comme un cadeau. Je crois qu'il s'agit là de la véritable musique du film.

Concernant l'orchestre, le "filmharmonique" de Prague, pourquoi le choix d'un orchestre d'Europe de l'Est ? Il s'agit d'un choix économique ou véritablement artistique ?

Cet orchestre me plait infiniment et j'ai enregistré au "Rudolfinum" de Prague qui est une des salles qui sonnent le mieux au monde. J'ai été emmené là grâce à l'ingénieur du son John Timperley (décédé cet été et je lui dédie ma musique) car il savait que je voulais une musique très "large", j'étais d'ailleurs déjà venu à cet endroit pour SERKO. Mozart allait déjà à Prague pour travailler avec les meilleurs violonistes et cordes du monde. Je salue au passage les musiciens parisiens avec lesquels j'ai enregistré d'autres de mes partitions, mais je crois qu'ils comprennent qu'un compositeur ait besoin de cela. C'est un peu comme chanter à l'opéra de Paris. Je connais la difficulté économique des orchestres parisiens, mais on peut comprendre qu'un compositeur ait envie de travailler avec tel ou tel orchestre.

Par rapport à votre musique pour LADY CHATTERLEY, on peut dire à la vision du film qu'il s'agit d'un véritable scénario musical dont même les silences sont calculés...

On travail sur le fragment. Pascal Ferran aime bien quand la musique commence et quand elle s'arrête. Il s'agit de constituer des moments musicaux. Il faut savoir exactement où placer la musique. On a eu l'idée d'écrire "le plus petit concerto du monde" (pièce d'à peine 30 secondes).

Votre musique relate parfaitement le cycle de journées, avec un thème associé à l'aube et un autre au crépuscule...

Il y a un bel accord sur un clair de lune. Il s'agit de travailler la matière, de trouver l'équilibre juste. Il y a même des histoires de résonances. Ensuite c'est un travail de mixage, avec Jean-Pierre Laforce en qui j'ai confiance. Je n'ai pas eu à assister aux séances de mixage. Composer un film, c'est aussi une forme de don, s'abandonner pour un projet collectif, il faut savoir lâcher prise, ne pas s'approprier le bébé. Je suis plutôt dans l'action, même si les discussions en amont sont importantes.

LADY CHATTERLEY a deux versions, celle pour les salles de cinéma de 2H38, et une autre en deux parties pour Arte. Quelle est la différence musicale ?

Ce n'est pas le même film, ni les même musiques. Il y a des musiques dans le téléfilm qui ne sont pas dans la version cinéma. Il y a un rythme totalement différent.

Interview réalisé le 29 octobre 2006 par Benoit Basirico et Pascal Lombardo dans les studios de Aligre FM


corniche-kennedy

Interview

Intw Béatrice Thiriet / CORNICHE KENNEDY : une musique hybride de magnificence

Avec CORNICHE KENNEDY, Béatrice Thiriet retrouve Dominique Cabrera au cinéma après une collaboration de 20 ans. Sa partition hybride fait le pont entre la musique urbaine et symphonique.
bird-people

interview

Béatrice Thiriet sur Pascal Ferran (BIRD PEOPLE)

Béatrice Thiriet retrouve Pascale Ferran après "Lady Chatterley" avec BIRD PEOPLE (Un Certain Regard, Cannes 2014). Sortie en salle le 4 juin prochain.
home-thiriet032010

interview

Béatrice Thiriet est à l'aise dans la comédie

Pour LES INVITES DE MON PERE, Béatrice Thiriet retrouve Anne Le Ny après "Ceux qui restent" avec une partition écrite pour orchestre et interprétée par le Star Pop Orchestra.

Video

Interview Béatrice Thiriet - A propos des INVITES DE MON PERE

Critiques BO

Boutique

Corniche Kennedy - Béatrice Thiriet

Vos avis