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Béatrice Thiriet  

Béatrice Thiriet

Héritière de la musique savante, c'est l'écoute du Danton de Jean Prodromidès qui lui donne l'envie de composer pour le cinéma. Elle utilise dans ses partitions les cordes (Le lait ...), les cuivres (L'autre côté de la mer) ou les guitares (Le coeur des hommes), dans une recherche constante de timbres et de textures. Elle vient de retrouver Pascale Ferran (avec qui elle a composé PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORTS) pour le magnifique film LADY CHATTERLEY.

"Il y a majoritairement des hommes en musique comme en mathématique. C'est en train de changer petit à petit mais je trouve que le monde de l'abstraction est misogyne. " (Béatrice Thiriet)

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Interview 
A propos de L'ORPHELINE AVEC EN PLUS UN BRAS EN MOINS

Cinezik : De quand date votre rencontre avec Jacques Richard, le réalisateur de L'ORPHELINE AVEC EN PLUS UN BRAS EN MOINS ?

Béatrice Thiriet : Je lui avais prêté de la musique sur le documentaire "Cinéma, ma belle intrigue" (2007) pour le Musée du cinéma. Il avait réuni une équipe de film idéale pour en interroger les entités. Claude Lelouch était le réalisateur, j'en étais donc la musicienne. J'étais ravie d'avoir été choisie. Comme il avait besoin de musique pour son film et qu'il n'avait pas de budget, il m'a demandé de lui prêter quelques notes dans ce que j'avais fait. Finalement, on a réitéré ce principe sur son nouveau film. Je lui ai fait écouter un disque de mes musiques de film et quelques oeuvres propres comme "Vogelstar", mélodie pour choeur et orchestre. Il a donc décidé d'utiliser ces oeuvres-là pour son film.

A quel stade êtes-vous intervenue sur le projet ?

B.T : Il m'a fait lire son scénario écrit d'après Topor dont j'aime l'esprit français, cette manière d'allier l'ironie et le charme avec une grande clairvoyance. Mais quand Jacques m'a appelé, tout le film était tourné. C'est un film artisanal. Il était évident pour ce film que la musique devait être symphonique, donc on a eu clairement un problème de production. On a hésité à faire des maquettes de bonne qualité. Et finalement il était plus intelligent d'utiliser des musiques déjà fabriquées. On était davantage dans son exigence artistique car en cherchant dans mes musiques on a très vite trouvé chaussures à nos pieds, notamment une musique écrite pour les PYGMÉES DE CARLO, film de Radu Mihaileanu qui s'avère être un ami de Jacques. Il a accepté amicalement qu'on utilise cette musique. On l'a remercié au générique de ce prêt. Je possédais tout de même les éditions. Je lui ai donc permis de les utiliser gracieusement car je voulais l'aider.

Que pensez-vous de cette musique avec ce changement de contexte ?

B.T : Une musique qui avait dans le contexte du film de Radu une certaine gravité est extrêmement drôle dans le film de Jacques Richard. C'est une musique enregistrée par un orchestre symphonique avec des voix de Pygmées mélangées. Le film de Radu parlait vraiment d'une histoire avec des Pygmées, la musique intervenait à la fin, elle revêtait un caractère nostalgique. Alors que dans le film de Jacques, on l'a montée sur une scène où l'héroïne saute à pieds joints sur son lit, la musique récupère un caractère gai et entrainant. Le résultat d'une musique de film est bien dans l'adéquation entre des images et une musique et le caractère de celle-ci peut changer en fonction des images. La musique peut donner un caractère aux images, mais l'inverse est vrai aussi.

Comment ces musiques antérieures sont devenues la musique de ce film et comment avez-vous défini leur place dans le film ?

B.T : J'ai travaillé avec la monteuse pour définir la place des morceaux dans le film et des scènes ont été montées sur la musique. Cela est la preuve d'une véritable adaptation du film. Il fallait trouver des musiques de caractère, qui fassent peur, en tension, qui sont des musiques de thriller, et c'est dans la répétition de ces plages de musique que l'ambiance propre au film est créée plus que dans la composition en soi. On s'est rendu compte qu'en apposant les musiques sur les images quelque chose se passait. Cela fonctionnait. On s'est rendu compte qu'une musique préexistante pouvait coller sur un film, tout est dans la manière de les monter.

Quel a été le travail de Thierry Boulanger, crédité en tant que compositeur d'une musique additionnelle ?

B.T : Il a arrangé la chanson de générique de fin qui est chantée par Caroline Loeb sur des paroles de Topor. Au final, pour un film à petit budget, on se retrouve avec une chanson de fin et une musique symphonique. Il y a un extrême luxe dans cette pauvreté. Mais ce n'est pas un but en soi, on ne pourrait pas faire cela pour tout les films.

Quels sont vos projets ?

B.T : Je vis au même rythme que les réalisateurs avec lesquels je travaille régulièrement. Il n'y a pas eu de films de Pascal Ferran depuis LADY CHATTERLEY, donc j'attends son prochain film. Je vais retravailler avec Joel Farges que j'ai rencontré pour SERKO puis L'ESCLAVE DES MERS. Mais je reste ouverte à toute autre collaboration. J'ai travaillé par exemple sur AU CUL DU LOUP, film belge de Pierre Duculot qui j'espère va être projeté en France, mais il a eu des prix en Festival. J'ai travaillé dans le cinéma en relief avec Jerome Diamant-Berger sur SHOOTING, puis pour un documentaire que j'ai joué en direct à la Cinémathèque, L'ALBATROS. Je retrouve Dominique Cabrera sur un film tourné à la Comédie Française avec Aurélien Recoing, CA NE PEUT PAS CONTINUER COMME ÇA. Puis j'ai mon opéra, je vais aller en Corse pour enregistrer des voix lyriques. Je travaille beaucoup mais tout cela va voir le jour en 2012 ! J'ai commencé en 2011 à tisser des liens avec des réalisateurs que je ne connaissais pas. Je fais aussi beaucoup de festivals pour des ateliers, comme aux Festivals des scénaristes de Bourges et des films d'écoles de Poitiers.

En tant que spectatrice, qu'avez-vous apprécié récemment ?

B.T : Et bien figurez-vous que j'ai beaucoup aimé la musique de Ludovico Einaudi pour INTOUCHABLES. C'est une musique triste sur un film drôle, elle raconte vraiment quelque chose, j'ai trouvé épatant ce brin de nostalgie. Mais j'avoue que les personnes à qui j'en parle me citent les morceaux musicaux présents à l'image mais personne ne se souvient de cette joliesse. C'est très difficile de parler de la musique d'un film. Je suis persuadé que quand cela se passe bien, on ne la remarque pas. Mais elle peut réellement avoir une vie en dehors du film. A l'inverse, beaucoup de gens pensent que la "Walkyrie" de Wagner est la musique d'Apocalypse Now. Et pour en revenir à mon travail sur L'ORPHELINE AVEC EN PLUS UN BRAS EN MOINS, peu importe d'où provient la musique, l'essentiel est que cela fonctionne sur le film. Je pense que la musique est un élément de mise en scène, peu importe qu'elle soit original ou pas, peu importe son style, c'est dans son injection dans la mise en scène du film que cela se passe, c'est là qu'on reconnait un grand réalisateur.

Interview réalisée à Paris le 9 janvier 2012 par Benoit Basirico

 


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