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Réalisateurs

Caroline Ducey  
née en 1977

Caroline Ducey

Depuis sa nomination au César du meilleur espoir féminin en 1999 pour le film sulfureux « Romance » de Catherine Breillat, Caroline Ducey a fait son chemin au cinéma. On a pu la voir dans « Carrément à l’ouest » de Jacques Doillon, « Bonne nouvelle » de David Lanzmann ou « La Californie » de Jacques Fieschi.

La jeune actrice souhaite donner un nouveau virage à sa carrière. Elle cumule aujourd’hui une double actualité en se retrouvant à l’affiche de la comédie d’Ilan Duran Cohen, "Le Plaisir de Chanter", présenté en ouverture du Monte Carlo Film Festival de la Comédie dont elle est… membre du Jury.

Interview
"Chez moi, je fais de la batterie et je chante en même temps, c’est très particulier, très minimaliste"

Cinezik : Vous êtes à l’affiche du PLAISIR DE CHANTER actuellement, une comédie originale et assez singulière dans le paysage cinématographique français. Comment la définiriez-vous ?

Caroline Ducey : Ce film est un OVNI ! Pour moi, Ilan Duran Cohen - vous allez dire que je suis folle ! - c’est le cousin d’ « Un poisson nommé Wanda », même si ça n’a rien à voir. Mais moi, avant tout, je suis ravie d’avoir mis le pied dans une comédie ! Je suis très fière de ce film. J’essaye de trouver des histoires qui disent quelque chose et racontent une vérité. Mais à un moment donné, c’est terriblement agréable d’être dans un univers drôle où le côté ludique est primordial et c’est le cas pour LE PLAISIR DE CHANTER.
Avant, pour moi, il n’y avait que les Anglais qui étaient véritablement capables d’être très drôles et très inventifs dans leurs comédies. Mais le film d’Ilan fait parti de cette famille-là. Ses films sont très écrits, ce sont vraiment des partitions de musiques avec des jeux de mots et des jeux de sens. Prenez par exemple la scène d’ouverture du PLAISIR DE CHANTER. On voit un jeune homme qui chante du chant lyrique dans une bouche de métro, une situation déjà improbable. Un homme veut le payer pour qu’il lui parle de sa mère et le jeune chanteur refuse l’argent en disant : «  Non, non, je ne fais pas d’argent, je fais juste de la publicité ! ». Moi, ça me fait beaucoup rire ! Ilan Duran Cohen inverse les codes. Il fait des transversales dans les clichés en représentant quelqu’un qui fait la manche et qui refuse l’argent parce qu’il fait de la pub. Dans les ressorts, ça fait réfléchir et c’est agréable de réveiller l’esprit, de le  stimuler. J’aime beaucoup l’absurde (les films de Tati notamment) et le film de Ilan est comme ça, un peu déjanté ! A un moment donné, j’étais contente de participer à des films qui faisaient réfléchir, mais j’ai aussi besoin de rire ! J’en ai un grand besoin !

Et un besoin de chanter aussi pour le film !

Oui, mais je ne suis pas du tout chanteuse, même si ça fait un bien fou ! Chez moi, je fais de la batterie et je chante en même temps, c’est très particulier, très minimaliste, mais c’est pour mon plaisir. LE PLAISIR DE CHANTER est un film intelligent qui remet les choses à leur place. Il y a à la fois quelque chose de très positif dans cette démocratisation du star-system parce qu’à un moment donné, oui très bien la Star Ac’, ok, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’être artiste, ce n’est pas quelque chose qui s’enseigne véritablement. On enseigne simplement les textes ou les choses très concrètes. Mais réussir à faire une carrière, ça c’est un travail de longue haleine. On traverse des moments de doutes horribles, des joies extraordinaires, des moments de disparition. Être une star, ça vous tombe dessus. Pour réussir, de toutes façons, il faut être passionné. Quand on fait ce métier-là, c’est évidemment pour être reconnu, c’est qu’on a un manque affectif quelque part ! (rires) Le film d’Ilan parle de ça aussi. Dans une scène, le personnage de Jeanne Balibar dit : « Je chante parce que j’ai envie d’être aimée. » Ca peut paraître très midinette, mais c’est très simple et très vrai !
Le film d’Ilan parle de toutes ces contradictions-là, mais sans jugements, avec juste la profondeur et la gravité que peut comporter le star-system et le fait d’être un artiste ou pas. Avec cette discipline qu’est le chant lyrique, il réintègre la notion d’effort dans la réussite ou le plaisir. Aujourd’hui, on fait partie d’une génération qui ne supporte pas la frustration. Certes, il faut se battre pour réaliser ses rêves, évidemment, mais c’est dur et c’est normal que les choses soient difficiles, c’est la règle ! Il y a des efforts à fournir, mais il y a aussi la joie, le plaisir, la facilité, la liberté de ne pas se limiter aux codes ! LE PLAISIR DE CHANTER est une ode et un hommage à la liberté, à l’effort et au plaisir simple !

Le film aurait pu s’appeler « Le Plaisir de vivre » ?

Exactement, c’est vraiment ça !

Vous êtes membre du Jury du Monte Carlo Film Festival de la Comédie cette année. Avez- vous toujours été attirée par la comédie ?

J’ai commencé à regarder les films assez tard. Avant, j’étais théâtre, théâtre, théâtre ! C’est seulement quand j’ai commencé à tourner mon premier film à l’âge de quinze ans que j’ai compris que le cinéma me plaisait énormément ! J’ai longtemps pensé que les lettres de noblesses de la comédie se trouvaient dans l’humour anglais et l’humour américain. C’est un cinéma qui m’a toujours attiré parce qu’il est assez décapant. Mais en France, j’apprécie beaucoup Tati, De Funès, Bourvil ou des comédies comme « Les visiteurs ». Par contre, je fais aussi partie des dernières qui n’ont pas encore vu les Ch’tis en France ! (rires) Mais attention, je n’ai rien contre les films populaires ! Au contraire, à chaque fois que j’ai fait un film, j’ai pensé qu’il pouvait être populaire. Le mot populaire n’est pas un gros mot. Vous savez, si on apporte quelque chose à une seule personne grâce à un film, c’est déjà bien. On aimerait toujours faire plaisir à davantage, mais le jour où j’ai compris qu’il y avait une histoire de marketing et que le cinéma était une industrie avec des paris et des recettes, ça a été différent. Aujourd’hui, on achète des espaces publicitaires que des gens vont voir et qu’on leur demande d’aller voir.

Quel regard portez-vous sur le jury auquel vous appartenez et sur son président Claude Pinoteau ?

Je suis très heureuse de faire partie de ce jury ! J’étais accompagnée d’actrices adorables, mais c’est vrai que Monsieur Pinoteau est un homme incroyable. C’est un homme qui a fait la guerre, qui a sauté en parachute pour libérer la France. C’est un monsieur qui a fait tous les métiers du monde. Il est de la trempe de tous ces aventuriers comme Jacques Lanzmann en était un. Il a connu des choses très difficiles. Notre génération aussi connaît des difficultés avec le fléau du terrorisme. M. Pinoteau a traversé une autre époque et c’est véritablement quelqu’un qui a le plaisir de raconter des histoires et d’être généreux avec les gens, de raconter quelque chose et d’émouvoir avec un scénario ficelé comme Gérard Oury était capable de le faire. Il n’a pas choisi d’aller dans la tragédie ou le drame, il a délibérément fait le choix de la comédie et il l’a fait avec une grande élégance. Donc je suis très heureuse d’avoir mis mon petit pied d’ex-danseuse dans ce ballet-là.

Vous venez de terminer un court-métrage « Demi deuil ». Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

C’est un court-métrage réalisé par la géniale Xanaé Bove. C’est ma première véritable comédie puisque j’y tiens le premier rôle donc je n’ai pas le droit à l’erreur ! Dans le film d’Ilan, je participais, ce sont les autres qui avaient des grosses partitions. « Demi deuil » est un film complètement fou. J’y joue le rôle d’une actrice qui a eu beaucoup de succès dans une série du genre « Sous le soleil », donc c’est l’inverse de moi en fait ! Mais je n’ai aucun jugement là-dessus. A 17 ans, j’étais trop révoltée, j’avais trop de rage en moi pour pouvoir aller dans « Sous le soleil » ! J’aurais tout cassé ! Aujourd’hui, je suis plus indulgente. Ce que j’aime dans mon personnage de « Demi deuil » et là où je suis très contente de l’incarner, c’est qu’il rappelle qu’on peut jouer dans « Sous le soleil » et être un très bon acteur et quelqu’un de très bien. Le problème, c’est qu’on met des gens dans des cases. Mais ceux qui travaillent à l’intérieur - et en plus, certains sont mes amis comme Avy Marciano - ce sont des gens géniaux et qui aimeraient bien aussi pouvoir prétendre à autre chose. Le problème, c’est qu’on enferme les gens. Et dans « Demi deuil », c’est le problème de mon personnage. Elle a réussi dans une série qui s’appelle « Etoiles aux grands jours ». Elle voudrait jouer au théâtre et il n’y a qu’une seule personne qui croit en elle, un agent, et celui-ci meurt très rapidement. Le film se passe à son enterrement. C’est un film très acide, très caustique, un film que j’aime beaucoup qui fait rire bien sûr, qui n’enferme personne et qui se veut libre !

Ce n’est pas vraiment le genre de comédie qui se trouvait dans la sélection du Monte Carlo Film Festival cette année ?

  Non, c’est vrai, mais attention, moi j’aimerais bien tourner dans un film comme « LOL », pas de problème ! C’est une comédie dont on ressort avec une envie de vivre incroyable ! Il y a différents types de comédie, soit elles vous parlent en disant des choses vraies, en vous émouvant et en vous faisant rire – genre dans lequel Claude Pinoteau excelle, et en ce sens « LOL » est vraiment un enfant de « La Boum ». L’actrice y est géniale ! Quand je suis sortie de « LOL », la première chose que je voulais, c’était faire des enfants ! (rires) Là je dis merci, le pari est gagné ! Et puis, il y a les comédies complètement bizarres, qui plaisent à moins de gens et qui ont ce côté absurde qui moi, me plaît beaucoup.
 Je ne veux enfermer personne. Le plus difficile, c’est de faire des choses différentes parce que c’est là où on travaille vraiment. On ne peut pas toujours faire la même chose, c’est impossible, on n’y arrive pas et puis on ne peut pas. Si je fais ce métier, c’est pour ne pas me répéter. Mais, à l’inverse, je ne veux pas perdre non plus la possibilité de refaire de très beau rôle dramatique.

Avez-vous le sentiment qu’aujourd’hui on vous propose des films avec des genres différents ?

Oui, j’ai enfin l’impression que j’arrive à générer cette possibilité-là de désir. Auparavant, je voulais raconter des histoires, ce qu’il y avait autour ne m’intéressait pas alors qu’aujourd’hui, je trouve ça géniale, ça me plaît, c’est la vie ! Ma carrière prend un nouveau virage…

Le jury a récompensé un film coup de cœur de Cinézik, « Lost Islands » (« Mes plus belles années ») de Reshef Levi. Qu’est-ce qui vous a touché dans ce film qui est assez loin de la comédie traditionnelle ?

Dans ce film, j’ai pleuré, j’ai ri. Je serais capable de pleurer là maintenant, simplement en en reparlant. Tout le monde l’a aimé. Mais c’est un humour moins frenchie et anglais comme on en a l’habitude. Claude Pinoteau a eu un très beau mot sur ce film : c’est Balzac et sa comédie humaine. C’est savoir être heureux dans la plus grande douleur. C’est le terme de comédie dont on parle. Il faut arrêter de croire que la comédie, ce n’est qu’une seule chose. Ca peut être caustique, absurde, ça peut faire rêver, il y a de tout et moi, je suis pour que ce tout existe. Je ne sais pas si dans « Lost Islands », c’est de l’humour juif, mais c’est très singulier en tout cas. Dans LE PLAISIR DE CHANTER, Ilan a fait de l’humour français. C’est Beckett qui écrit en français, c’est Molière qui a écrit des comédies de fous. Ilan est un enfant de Beckett et Molière. Alors, je pense que c’est de l’humour juif. Dans le plus grand désarroi, ils sont capables de nous faire rire et de nous balancer un amour de la vie.

Et quel genre de cinéma vous plaît le plus ?

 Moi, tout m’intéresse, me plaît. J’aime autant revoir un Pialat que regarder un film de trois heures de David Lynch ou voir un Soderberg et un Desplechin qui est plus compliqué. Je veux qu’il y ait un maximum de films offerts. Il faut maintenir en vie cette diversité et que les gens qui tiennent les ficelles de la finance aient davantage confiance. Le public est intelligent. Si on lui donne des films de qualité, il ira les voir !

Interview réalisée par Fabien Morin à Monaco le 29 novembre 2008.

 

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