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Ari Folman  
Né le 17 décembre 1962 à Haïfa (Israël).

Ari Folman

Ari Folman est l'auteur et réalisateur du film d'animation Valse avec Bachir, présenté en compétition au Festival de Cannes en 2008. Il a auparavant réalisé des documentaires et deux long-métrages : Saint-Clara (1996) et Made in Israël (2001).

Interview de Ari Folman :
"Bach, c'est l'harmonie pure, l'exact opposé de la guerre"

Dès le deuxième jour du 61ème Festival de Cannes, un film bouleverse la croisette. C'est Valse avec Bachir, un film d'animation autobiographique d'Ari Folman, qui raconte son expérience de la guerre au Liban au début des années 80 en reconstruisant ses souvenirs en mêlant rêves et rencontres avec des anciens partenaires de guerre.Ari Folman

Cinezik : La première étape de la création de votre film provient de vidéos de gens que vous avez interviewé pour reconstituer l'histoire du film, qui est la leur et la vôtre.

Oui, tout ce travail de recherche m'a pris un an. Puis il y a eu l'écriture du scénario, qui a été assez rapide sur ce film, environ trois-quatre semaines. A la base, je suis scénariste de profession. C'est ce que m'a fait vivre jusqu'à présent, car il n'y a pas d'argent pour réaliser, mais pour écrire des scénarios. J'avais donc déjà de l'expérience dans l'écriture, la structure... Je l'ai construit comme un voyage, une expérience imprévisible.

Tout semble se construire autour de cette magnifique scène de nuit, sur la plage, où l'on voit des fusées éclairantes tomber sur Beirouth... et puis il y a cette musique...

Au studio, nous l'appelions la « super scène ». En effet elle structure le film, on revient plusieurs fois à cette « super scène ».

Durant la période où j'ai écrit le scénario, j'écoutais la musique de Max Richter. Je ne le connaissais pas, je ne l'avais jamais rencontré. J'ai juste écouté son album, qui est très déprimant mais qui est bon ! J'ai tapé son nom sur Google, j'ai visité son site web, et je lui ai envoyé un e-mail : « Bonjour, je suis Ari Folman, réalisateur, et j'aimerais vous proposer de faire la musique de mon film d'animation ». Je lui ai envoyé quelques scènes... et il l'a fait, tout simplement ! La « super scène » devait avoir un impact émotionnel important pour le spectateur, de même qu'elle est importante pour le personnage du film (NDLR : c'est un rêve qui le hante et le pousse à mener l'enquête sur son passé dans l'armée). C'était compliqué au début car Max n'a pas l'habitude de composer pour le cinéma d'animation. A l'origine, c'est un musicien de quartet à cordes, qui utilise bien sûr des effets électroniques, comme on peut l'entendre dans la musique du film. Il a fait enregistrer le solo de violon deux fois, car la première fois la violoniste n'était pas dans le tempo. En tout cas je pense que cette scène est un moment très important musicalement, elle structure également tout le reste de la musique.

Parlez-nous de Max Richter, qui compose la musique originale...

Max joue du piano, du violon, du violoncelle... Il a déjà reçu un prix de la meilleure musique de film à Sundance il y a deux ans. Je pense qu'il est né pour faire de la musique de film. Parmi ses albums, celui qui s'appelle « The Blue Notebooks » est formidable, écoutez-le !

Le film comporte aussi de belles séquences musicales avec des tubes rock des années 80 de OMD ou Public Image Limited...

Oui, parce que le film se déroule au début des années 80. C'est le contexte qui l'impose, je ne suis pas vraiment fan de la musique des années 80 ! J'aurais aimé mais je ne le suis pas ! La musique de cette époque fait partie de mes souvenirs, elle se devait d'être présente dans le film. Vous savez, la musique qu'on écoute à une époque, c'est un peu la bande originale de nos vies, c'est cliché de dire ça mais c'est vrai ! C'est la BO d'une période de ma vie.

On entend également un morceau de Bach, qui revient plusieurs fois...

J'ai en effet utilisé le même extrait du cinquième concerto, et aussi du Arvo Pärt. Tous deux ont quelque chose qui frôle la perfection. Bach est parfait, et ce morceau spécifique révèle une harmonie pure, c'est l'exact opposé de la guerre. Il était parfait pour créer cette contradiction. Et je crois que ça fonctionne : on l'entend trois fois dans le film.

Quelle est la part d'animation 2D et de 3D dans votre film ? L'animation semble parfois très hybride... Avez-vous eu recours à la rotoscopie ?

Aïe ! Attendez un instant... (tapotant sur son téléphone portable, il appelle quelqu'un). Salut, je suis avec un gars, il s'appelle Sylvain, il a une question pour toi. Posez-lui votre question : c'est Yoni Goodman, le directeur de l'animation...

J'ai pensé en voyant le film que vous aviez parfois eu recours à la rotoscopie, en dessinant à partir d'images réelles...

Yoni Goodman : Non, il n'y a pas de rotoscopie dans ce film. Nous avons utilisé le logiciel Flash pour faire l'animation traditionnelle, en 2D, et nous y avons intégré des éléments ou des plans en 3D. Mais il n'y pas du tout de rotoscopie !

Ari Foleman (raccrochant) : Si vous dites à ce type que son animation est de la rotoscopie, il se fait un Seppuku (Hara Kiri) ! Ici, la rotoscopie ne pouvait pas fonctionner, parce que c'est froid. Nous nous sommes inspirées d'images réelles, de reportages, d'archives, mais c'est resté une source d'inspiration, on ne s'en est pas servi pour créer l'animation proprement dite. La 2D représente environ 50 % du travail d'animation sur le film, c'est du dessin traditionnel.

Pourquoi avez-vous choisi de montrer des images réelles de la guerre à la toute fin du film ?

Parce que le film c'est de l'animation, des couleurs, des chansons sympa des années 80, mais toutes ces choses qu'on voit dans le film sont réellement arrivées. Des gens sont morts, d'autres en ont tué. On n'est pas obligé de le savoir en regardant le film, mais c'est vrai. C'est pour cela que j'ai fais ce choix.

Et si, par hasard, vous recevez un prix pour ce film au Festival de Cannes, que diriez-vous sur scène ?

Je dirais aux jeunes gens qui décideront d'aller voir le film qu'ils auront pris une bonne décision, et j'espère qu'ils auront conscience d'appartenir à ce monde et envie de se soucier des autres.

Propos recueillis à Cannes par Sylvain Rivaud.

 

© Photo en médaillon : Sylvain Rivaud

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