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Ciro Guerra  
Né à Rio de Oro (Colombie) en 1981.

Ciro Guerra

Ciro Guerra est un jeune metteur en scène colombien qui a étudié le cinéma et l'audiovisueL à l'Université Nationale de la Colombie. Il signe son premier long-métrage L'OMBRE DE BOGOTA en 2006 et présente son second, LES VOYAGES DU VENT  au Festival de Cannes en 2009 dans la catégorie Un Certain Regard.

Interview

A l’occasion de la présentation du film LES VOYAGES DU VENT, sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2009, nous avons rencontré son réalisateur Ciro Guerra et le jeune acteur du film Yul Nunez. Ce beau film colombien est un voyage au cœur du pays sous fond de musique et chants traditionnels.

 

Cinezik : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire un film qui tourne essentiellement autour de la musique ?

Ciro Guerra : Je viens de cette région de Colombie montrée dans le film. C’est la région de mon enfance et donc j’ai toujours été lié à cette musique qui est la musique d’origine de cette région. J’ai eu envie de parler de ces musiciens ambulants qui sont un moyen de communication entre les villages éloignés les uns des autres. Moi, je n’ai aucun talent musical et j’ai toujours été fasciné par ceux qui ont ce don.

 

Cinezik : Votre film montre bien le caractère universel de la musique et les liens qu’ils créent. Quel message souhaitiez-vous transmettre avec LES VOYAGES DU VENT ?

Ciro Guerra : Ce qui m’intéressait, c’est qu’il existe en Colombie de nombreux affrontements entre les musiciens. Il y a d’ailleurs une légende à ce propos, c’est une histoire qu’on retrouve dans beaucoup de musique (le tango, le blues, etc...). Il y a une tradition de lutte entre les musiciens qui chantent des vers. Tout est basé sur la légende d’Orphée, c’est le premier homme qui, pour une femme, a osé confronter le diable. Il y a beaucoup de choses qu’on ne peut pas comprendre, car de nombreux dialogues empiètent dans le surnaturel.

 

Cinezik : A un moment du film, la musique entrave les liens des deux personnages. Le plus jeune reproche au plus vieux de ne jouer que pour l’argent. La musique peut-elle engendrer des conflits ?

Ciro Guerra : Je pense… Mais dans le film, cela arrive à un moment précis où le personnage est en colère car Ignacio veut arrêter la musique alors que lui veut apprendre à en jouer. C’est un conflit lié à la jeunesse du personnage.

 

Cinezik : Le film est très musical. Quelle est la part de la musique originale ?

Ciro Guerra : Ce que joue Ignacio à l’accordéon, ce sont des musiques originales. Tout le reste correspond à des vieux chants traditionnels du pays.

 

Cinezik : Comment s’est passée la collaboration avec le compositeur Ivan Ocampo ?

Ciro Guerra : Lui et moi venons du même village donc on se connaît de puis longtemps. Il a composé la musique « Caballito »  (dans la scène du bar). Quand j’ai entendu cette chanson, j’ai trouvé qu’elle serait la musique parfaite pour le film. Il avait toute la sensibilité nécessaire pour illustrer le film et les personnages.

 

Cinezik : Comment s’est passé le casting des comédiens ?

Ciro Guerra : Je tenais à ce que tous les comédiens viennent de la région où a été tourné le film. Mais il y a peu d’acteurs professionnels dans cette région. Cela a nécessité un long travail de recherche.

 

Cinezik : Yul, le scénario paraît très écrit. As-tu pu malgré tout improviser sur certaines scènes ?

Yul Nunez : Oui, il y a  eu des parties improvisées où chacun a dû composer avec son propre rôle.

Ciro Guerra  : C’est vrai que le scénario est très construit, mais chaque acteur a pu apporter quelque chose de plus au personnage. Il faut dire que les acteurs n’avaient pas lu le scénario avant le début du tournage.

 

Cinezik : Comment s’est déroulé le tournage pour toi, Yul, et comment s’est passé ta collaboration avec Marcelino ?

Yul Nunez : Ca s’est très bien passé. Nous avons lié une relation d’amitié. On est opposé par l’âge dans le film et dans la vie, mais nous sommes restés très unis.

 

Cinezik : Qu’est-ce que tu as appris le plus sur le tournage ?

Yul Nunez : Il n’y a pas une chose que j’ai apprise plus importante que les autres, car tout m’a paru important. J’étais notamment très impressionné qu’il y ait autant de gens autour de nous qui nous soutiennent, qui nous aident et que le réalisateur nous dise qu’on avait notre part à apporter au rôle.

 

Cinezik : As-tu dû apprendre l’accordéon et les percussions pour le film ?

Yul Nunez : Non, je joue de plusieurs instruments, de la guitare notamment. J’ai toujours eu une sensibilité artistique très développée, ce n’est pas quelque chose de nouveau.

 

Cinezik : Imagineriez-vous une vie sans musique ?

Yul Nunez : Oh, non ! Pour moi, la musique et l’art sont tout dans la vie.

Ciro Guerra : En Colombie, c’est impossible d’imaginer une vie sans musique. On naît, on tombe amoureux, on vieillit, on meurt en musique !

 

Cinezik : Quel regard portez-vous sur le cinéma sud-américain, très en vogue en ce moment ? Où situeriez-vous la Colombie dans cet essor ?

Ciro Guerra : Il y a un cinéma très divers en Amérique latine selon les pays, très vivant, très fort. Le problème majeur, c’est de faire en sorte qu’un film produit dans un pays d’Amérique latine puisse être vu dans un autre pays d’Amérique latine. C’est un problème fondamental. Je me suis beaucoup inspiré du cinéma brésilien et d’un cinéaste brésilien en particulier, Glauber Rocha. Le Brésil a beaucoup de similitudes avec la Colombie. Evidemment, j’aime aussi beaucoup le cinéma argentin, mais il a moins de choses à voir avec le cinéma colombien. Le Brésil et Cuba ont une culture du cinéma qui correspond plus à la culture colombienne.

 

Cinezik : Quel regard portez-vous sur la musique au cinéma en général ?

Ciro Guerra : J’adore la musique de films, mais je remarque que le plus souvent, elle ne sert malheureusement qu’à suppléer un manque dans l’histoire ou dans le jeu des acteurs. La musique doit apporter un supplément et ne pas seulement se contenter de souligner ce que l’on voit déjà.

 

Cinezik : Quels sont vos prochains projets à tous les deux ?

Ciro Guerra : LES VOYAGES DU VENT a pris quatre années de ma vie donc je suis un peu épuisé. Je vais me reposer avec d’entreprendre quelque chose de neuf.

Yul Nunez : J’ai envie de continuer sur cette voie, dans le cinéma ou la musique. J’attends que des opportunités se fassent.

Propos recueillis par Fabien Morin le 22 mai 2009 à Cannes.

 

 

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