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A.I. Intelligence artificielle  (2001)

Warner 2001 1:10 | Original Score [musique originale]



A.I. marque la 17ème collaboration entre Spielberg et John Williams sur un film. Bien loin du style féerique de 'Hook' ou de grande partition d'aventure comme 'Jurassic Park', 'A.I.' est un véritable bijou d'émotion, jouant sur les contrastes et évitant tout excès de sentiment.

[© Texte : Cinezik] •

A.I. Intelligence artificielle

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Mecha World (6:25)
2. Abandoned in the Woods (3:06)
3. Replicas (5:58)
4. Hide And Seek (3:08)
5. For Always (4:42)
6. Cybertronics (03:21)
7. The Moon Rising (4:26)
8. Stored Memories / Monica's Theme (0:57)
9. Where Dreams Are Born (Monica's Theme) (4:23)
10. Rouge City (4:56)
11. The Search For The Blue Fairy (6:11)
12. The Reunion (7:46)
13. For Always (Duet) (4:42)

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Le projet amorcé par Stanley Kubrick et finalement réalisé par son ami Steven Spielberg, le seul capable selon Kubrick de mener à bien ce projet, est de loin un très grand film de par sa mise en scène mais aussi l'exploration du personnage principal, le jeune David, un petit robot garçon de 11 ans programmé pour aimer ses parents toute son existence. 'A.I. Artificial Intelligence' traite d'un sujet plus ou moins similaire au 'Bicentennial Man' de Colombus, c'est-à-dire un robot à l'apparence humaine qui va rechercher sa part humaine à travers le monde, un être encore plus sensible qu'un être humain d'où l'aspect dérangeant de l'histoire qui montre un robot, un être artificiel capable d'avoir encore plus de sensibilité et d'amour qu'un être humain (seul le grand Stanley Kubrick pouvait songer à une histoire pareille!). Haley Joel Osment, le jeune enfant du Sixième Sens interprète ici à merveille David. La profondeur de son jeu et des sentiments qu'il véhicule à l'écran est quasiment exceptionnelle pour un jeune acteur de son ge et il est le véritable point central du film, entouré de la ravissante Frances O'Connor dans le rôle de la mère adoptive de David et de Jude Law excellent dans le rôle de Gigolo Joe. Comme d'habitude, les anti-Spielbergiens trouveront encore une fois l'occasion de critiquer ce superbe film, tandis que les fans de Kubrick reprocheront l'aspect "grosse machine hollywoodienne" du film pourtant inévitable vu le cadre de l'histoire et de ses détails. 'A.I.' est assez intense de par la présence de deux axes réunis, ceux de Kubrick et de Spielberg, bien mélangés dans le film mais qui offre un cocktail finalement assez déroutant pour le spectateur habitué au style très personnel de Spielberg.

A.I. marque la 17ème collaboration entre Spielberg et John Williams sur un film. Bien loin du style féerique de 'Hook' ou de grande partition d'aventure comme 'Jurassic Park', 'A.I.' est un véritable bijou d'émotion, jouant sur les contrastes et évitant tout excès de sentiment. A l'image du film de Steven Spielberg, la musique de Williams est assez déroutante, d'abord parce que Williams se concentre ici sur un style orchestral plus sombre qu'à l'accoutumée, utilisant quelques touches synthétiques renforçant le climat robotique du film et notamment dans l'excellent 'Hide and Seek', sans oublier la présence surprenante d'un morceau à la rythmique moderne avec synthé à la Media-Ventures en plein milieu de 'The Moon Rising' pour la scène cruelle où des mechas sont massacrés devant des spectateurs humains complètement déchaînés, une scène qui exprime très justement la connerie des hommes. Etonnant parce que beaucoup plus froide et distante que ce que Williams compose habituellement pour les films de Spielberg, 'A.I.' marque véritablement un changement radical de style dans la mise en musique des films de Spielberg. Loin du lyrisme de 'Empire of The Sun', de la poésie de 'Hook' ou des frissons de 'The Lost World', 'A.I.' est l'expression intime d'un être qui recherche désespérément l'amour maternel au sein d'un univers humain cruel qui le rejette complètement à cause de sa nature.

La musique de Williams est faite en deux grosses parties bien distinctes dans le film, la première évoquant la quête difficile de David, la seconde concernant les révélations de cette quête et de ses conclusions. Il est en revanche assez dommage qu'il faille attendre la deuxième partie du film et de la musique pour que la partition de Williams se révèle être véritablement prenante. Ceci dit, le CD est très réussi et privilégie comme d'habitude chez Williams une écoute très bien construite et une progression dramatique dans la musique superbement bien rendue sur l'album. Ainsi, chaque morceau possède son mot à dire à propos de l'histoire, chaque plage de l'album offre une clé supplémentaire à la compréhension de l'histoire et de ses différents détails, sans oublier l'intrusion de 'For Alawys' la chanson écrite par Williams et interprétée par Lara Fabian d'après le thème principal de Williams. A propos de thème principal, plusieurs petits motifs sont parfaitement distincts dans la BO mais c'est surtout le thème de Monica, la mère de David qui est le véritable grand thème principal du score, et aussi la véritable grande source d'émotion de la musique. Le thème met du temps à arriver dans le film, et on ne peut que l'entendre dans la deuxième et dernière partie de la musique et du film, ce qui est clairement évident. Le 'Monica's Theme' évoque donc cette quête de l'amour maternel de la part d'un être robotique sensible et prêt à tout pour retrouver cette mère qui l'a abandonnée. Dans un monde en perdition, il est le rayon d'espoir de David, sa part d'humanité qui gronde en lui. David a beau être un robot, il ne demande qu'à vivre heureux et à être aimé par sa mère, ce dont n'importe quel enfant est en droit d'attendre. Magnifique et profondément touchant, le thème est le symbole de cet idéal que poursuit inlassablement David tout au long du film et sa première apparition dans l'album (très bien construit, rappelons-le) se fait sous la forme d'une chanson avec 'For Always', chanson qui n'a d'ailleurs pas été inclue dans le film, ce qui est plutôt surprenant lorsque l'on sait que Spielberg rejette très rarement des musiques de son ami John Williams (mais il n'est pas toujours non plus le seul à décider). Il est par conséquent normal de ne pas le trouver dans toute la première partie du film concernant la quête de David puisqu'il se cherche et n'arrive pas à trouver ce qu'il recherche. C'est dans 'Hide and Seek' entendu vers le début du film que Williams utilise beaucoup un élément de synthétiseur, un petit motif rythmique récurrent qui évoque non seulement le fait que David est un robot mais aussi l'espièglerie et la malice du jeune garçon qui s'amuse avec sa mère, le morceau gardant pourtant un aspect un peu ambigu (surtout dans les harmonies de la pièce) comme pour montrer implicitement que le bonheur de David n'est que provisoire.

'The Mecha World' plonge dans l'ambiance futuriste du film, utilisant un petit rythme électronique que l'on retrouvera dans 'Rouge City'. Quand à 'Abandoned In The Woods', il s'agit de la scène où Monica abandonne David dans un bois, scène poignante que Williams décrit de manière sombre avec une phrase de cordes qui reviendra aussi dans 'Rouge City'. 'Abandoned In The Woods' traduit l'aspect dramatique de la scène mais en évitant toute effusion mélancolique. Le thème sombre des vents et des cordes retranscrit à l'aide d'un accompagnement en grands arpèges des cordes à la Goldenthal toute l'intensité de la scène. Le morceau exprime aussi l'amertume et la douleur de David qui se retrouve abandonné et rejeté cruellement par sa mère sans vraiment comprendre pourquoi, une scène poignante que Williams souligne de manière assez sombre avec un orchestre agité. L'aspect souvent sinistre de la musique de Williams est par ailleurs très présent dans la partition, notamment dans 'The Moon Rising', violent morceau dans lequel l'orchestre déchaîné nous permet de retrouver le John Williams 'action' de 'The Lost World' (scène où des chasseurs capturent des mechas avant de les amener à une destruction cruelle) et surtout dans le macabre 'Replicas' alors que David découvre enfin la vérité quand à son origine. Rarement on aura entendu une musique aussi froide et sombre dans un film de Spielberg, sauf si l'on remonte à 'Close Encounters of The 3th Kind', l'aspect glacial en moins. Williams utilise quelques vagues touches synthétiques et un choeur discret dans un ensemble orchestral qui privilégie les textures sombres des instruments et monte petit à petit en puissance de manière terrifiante alors que David comprend en découvrant ses clones robots qu'il en est un lui même. Distant et glacial, ce sombre morceau traduit ce besoin de John Williams de passer à autre chose, à quelque chose de nouveau dans sa carrière. Le résultat de ce morceau dans cette sombre scène est absolument terrifiant (à noter l'apport du choeur très important dans ce morceau, une sorte d'appel plaintif de l'humanité enfouie au fond de David), et puisque l'on parle d'humanité, on ne peut qu'évoquer 'Stored Memories and Monica's Theme' qui utilise un choeur a cappella pour toute la séquence où David se trouve devant une statue de la fée bleue qu'il recherche tant (symbolisant l'espoir de retrouver l'amour de sa mère) au milieu de glaciers qui se forment, bien après la fin de l'humanité sur terre. Ces choeurs poignants représentent quelque part la survie de l'humanité à travers David, seul témoin encore existant de la présence des hommes sur terre, un témoin qui n'est même pas humain. Ici aussi, l'aspect retenu et méditatif de la musique de Williams est très surprenant pour un film de Spielberg, et petit à petit, le compositeur dévoile le thème de Monica alors que David se rapproche de son but. La présence plus qu'importante de la voix de la soliste Barbara Bonney vient renforcer cette notion d'humanité décidément très présente dans la musique de A.I., de même que la voix de cette dernière transcende le thème de Monica dans le poignant 'Where Dreams are Born', de la poésie et de l'émotion pure et dure. A noter aussi la présence de la voix dans le très beau 'The Search for The Blue Fairy', symbole de la quête de David de cette fée bleue (et qui possède une symbolique quasi-religieuse, la fée bleue pouvant aisément se rapprocher de l'image de la vierge Marie).

En écoutant 'Where Dreams are Born' ou le magnifique final du film 'The Reunion', on peut s'interroger sur ce que Williams voulait dire lorsqu'il affirmait récemment dans une interview qu'il était arrivé à un ge où il avait dorénavant besoin de méditer, de réfléchir sur tout l'ensemble de sa carrière, de jeter un regard sur son passé. En écoutant le thème de Monica, on peut ressentir cela pendant quelques instants: la nostalgie vibrante d'un homme qui a vécu envers la vie dans tout ce qu'elle a de plus belle. Bien plus qu'une simple illustration d'une quête d'amour maternel, le thème de Monica est la représentation musicale de l'humanité dans tout ce qu'elle a de plus belle en soit: l'amour. Notre conclusion à apporter à cette nouvelle grande oeuvre musicale de John Williams est que le compositeur nous livre ici une oeuvre de maturité de la part d'un compositeur gé qui maîtrise toute sa science d'écriture et apporte une nouveauté à son style: une mise à distance vis-à-vis de certains moments du film, un 'recul' musical parfois surprenant, des moments incroyablement très sombres pour le John Williams du cinéma de Spielberg, un aspect affecté et profond rarement atteint par John Williams (on peut citer le très intime 'Angela's Ashes' de Williams mais la comparaison ne peut se faire tant 'A.I.' se centre sur l'humanité profonde du personnage principal et de ce qu'il ressent au fond de lui), en bref, une nouvelle grande oeuvre du maestro américain et qui témoigne du fait que malgré son ge, le grand John Williams est toujours bien vivant et inspiré même si sa musique a beaucoup changée au fil de ces dernières années. A.I. est un hymne vibrant à la chaleur humaine et le symbole de cette quête méditative de l'amour maternel par un être qui ne demande qu'à être aimé par sa mère dans un monde cruel au bord de la perdition. Longue, douloureuse et bouleversante, la quête de ce jeune robot à l'apparence humaine se traduit à nos oreilles par une superbe partition qui mettra un peu de temps à faire apparaître toutes ses subtilités mais qui marquera l'esprit des auditeurs attentifs. Un petit bijou de poésie tout en finesse et en contraste pour lequel il est vivement conseillé d'écouter le disque tant ce dernier révèle la musique de Williams dans toute sa splendeur et son intensité dramatique!

---Quentin Billard

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