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L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford  (2007)

The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford

Mute (5 novembre 2007) - 0:43:34 | Original Score [musique originale]


 

Nick Cave compose cette partition crépusculaire avec son acolyte Warren Ellis (Dirty Three, The Bad Seeds), à base de violons mélancoliques et de piano. Il y fait également une apparition, chantant dans un saloon à la guitare une ballade sur l'histoire de Jesse James.



[© Texte : Cinezik] •
L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Rather Lovely Thing
2. Moving On
3. Song For Jesse
4. Falling
5. Cowgirl
6. The Money Train
7. What Must Be Done
8. Another Rather Lovely Thing
9. Carnival
10. Last Ride Back To KC
11. What Happens Next
12. Destined For Great Things
13. Counting The Stars
14. Song For Bob

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C'est tout en sourdine, sur quelques notes de piano puis de violon, que commence cette musique envoûtante, presque traumatisante par sa puissance émotionnelle et mélancolique. Avec presque rien, Cave & Ellis font dégager de la musique toute l'essence du film de Dominik, sa vérité nue. Même le minimaliste "Moving On" avec ses cordes pincées puis langoureuses dégagent une tristesse intérieure poignante sur les images de Jesse James (Brad Pitt), hors-la-loi mythique de l'ouest sur le déclin. Les clochettes lumineuses de "Song for Jesse James" évoquent précisément cet aspect imposant mais aussi doré et fragile du statut mythique de Jesse James, et est repris de nombreuses fois dans le film à contre-emploi, lorsque le personnage se retrouve seul, ou au contraire regardé, admiré, tandis qu'il a le regard triste, blasé. On avait rarement aussi bien évoqué l'ambivalence d'une pyschologie et les multiples paradoxes d'un même personnage au cinéma avec une musique.

"Falling" évoque la lente tourmente des personnages (d'abord Jesse James, de plus en plus blasé, puis celle de Robert Ford, de plus en plus fou). Avec une montée de piano progressive, comme une marche funèbre, puis des cordes lancinantes, Cave & Ellis convoquent un climat de mélancolie générale totalement saisissant et bouleversant. C'est ce thème qui clôturera le film, dans une version encore plus dense et aboutie.

"Cowgirl" est l'occasion pour les deux musiciens d'utiliser guitare électrique et violon pour une lente ballade très "americana" qui évoque les villes de l'ouest et ses habitants de l'époque. "Carnival" est le prolongement de cette balade dans un style encore plus léger, au ton quasiment moqueur, dérisoire (le film est souvent très drôle). A côté de cela, Cave & Ellis signent aussi de longues plages atmosphériques graves et envoûtantes, comme "Last Ride Back to KC", qui suggèrent un suspense, une tension développée ensuite avec des cordes sombres dans "What Happens Next" (au titre évocateur !).

Par des idées mélodiques géniales (le piano hésitant dans "Destined For Great Things") et des montées en puissance bluffantes (le final de "Song For Bob" et son thèmes de piano à pleurer, aux harmonies géniales), Nick Cave & Warren Ellis se révèlent aussi de formidables dramaturges musicaux, distillant moments de suspense et de relâche avec subtilité, et une maîtrise des couleurs qui nous rappelle que ces musiciens ne sont pas nés de la dernière pluie, et pour cause (presque trente ans de carrière géniale et fulgurante pour Nick Cave et son multi-intrumentiste et complice Warren Ellis).

Ce qui frappe ici, c'est d'abord l'intelligence des musiciens à l'image, qui parviennent à chaque instant à produire un climat adapté aux images, qui en disent tout avec presque rien, qui subliment les visages marquées des personnages et les paysages grandioses de l'ouest américain avec une puissance folle et bouleversante, évoquant mieux que personne les sentiments cachés et profonds des hommes à l'écran et leurs intentions refoulées. Comme si finalement tout ce qui n'est pas dit à l'image (très sobrement et subtilement d'ailleurs) était évoqué par la musique, suggéré par quelques notes, par l'ambiance sonore. C'est ici qu'on peut affirmer que L'assassinat de Jesse James est probablement l'une des musiques les plus réussies de ces dernières année car avec avec sa générosité, sa singularité, sa qualité d'écriture et son utilisation à l'image, absolument bluffante, elle est ce que sont toutes les grandes musiques de film : une matière impalpable, indéfinissable et fulgurante qui bouleverse le spectateur en donnant son sens au film. Un chef d'oeuvre, en somme.

Sylvain Rivaud

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