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Balada triste de trompeta  (2011)

Milan Music (20 juin 2011) | Original Score [musique originale]


Roque Baños retrouve pour la septième fois son compatriote espagnol Alex de la Iglesia, son fidèle réalisateur depuis MUERTOS DE RISA en 1999.

[© Texte : Cinezik]
Balada triste de trompeta

Tracklist

01 Titles
02 North Station Battle
03 Dad Priest
04 Revenge
05 Circus Freaks
06 Blue Beard
07 Pass Me The Boy
08 Love At Park
09 The Terrible Dream
10 Escapes
11 Hidding In The Forest
12 Encounters Javier
13 Boy Doesn't Love Me
14 Way To The Fallen Valley
15 Climbing Up The Cross
16 Fighting For Her Love
17 Final Tragedy
18 Balada De La Trompeta

Autour de cette BO

Chansons entendues dans le film

Balada Trista de la Trompeta
Interprété par Raphael
Musique et Texte de Franco Pisano 

Corazon Contento
Musique et Texte de Ramon Ortega
Interprété par Marisol

Luca
Musique et Texte de Raffaella Carra

La Quiero a morir 
(Je l'aime à mourir)
de Francis Cabrel 

Extraits

Séquence qui débute par Francis Cabrel, puis le personnage entre dans un cinéma où se joue le film "Sin un adiós" (de Vicente Escrivá, 1970) dans lequel Raphael (en clown) chante le morceau titre "Balada Triste de Trompeta" : 

  

Le film s'ouvre sur cette musique percussive de Roque Banos :

Entendre cette musique en situation avec ces 15 premières minutes du film (la BO apparait dés 4'20) :

Nos articles sur cette BO

Pour cette sixième collaboration entre les espagnols Roque Baños et Alex de la Iglesias, le musicien emprunte en apparence le terrain familier de son influence de toujours, Nino Rota (les personnages du film sont des clowns amoureux et tristes) mais s'en détourne.

En effet, dés leur première collaboration en 1999, sur MUERTOS DE RISA, une comédie sur la célébrité, la partition mêle ritournelle de cirque, cuivres de fanfare, et masse orchestrale, avec un thème en boucle martelé comme une ivresse incessante, rappelant les folles scènes orgiaques de Fellini. Le titre ("Mort de rire") révèle cette manière d'ailler jusqu'au bout de l'ivresse, jusqu'à la mort. Cela est présent dans leur filmo commune jusqu'à BALADA TRISTE, valse de mort de deux clowns rivaux (se partageant la même femme), au passé commun (la douleur du franquisme motivant la vengeance d'un des clowns qui a vu son père mort sous les armes). Mêlant le grotesque le plus fantasque avec la poésie la plus magique, le rire le plus graveleux avec les larmes les plus profondes, les films de Alex de la Iglesias et leurs musiques de Roque Banos contiennent cette dualité, révélant les travers humains derrière des apparences lumineuses, comme la vénalité meurtrière derrière l'apparente sagesse d'une femme âgée dans MES CHERS VOISINS (2000), comédie policière qui faisait entendre une partition de cordes révélant, outre Nino Rota, l'influence de Bernard Herrmann. L'aspect pastiche du cinéma de Alex de la Iglesia a permis à Roque Baños de livrer une partition amusée de Western avec tous ses clichés pour 800 BALLES (2002), ou une partition de suspens rappelant le Pino Donaggio de L'IMPASSE pour LE CRIME PARFAIT (2004).

Mais dés son précédent film, le thriller CRIMES À OXFORD (2010), on reconnait chez lui une élégance, une cohérence, une maturité où la simplicité référentielle est évacuée au profit du style.
Pour BALADA TRISTE, cette maturité devient pièce maitresse (chef d'oeuvre ? attendons la suite de leurs travaux pour le formuler ainsi), meilleur film de l'un, meilleure partition de l'autre, le cinéma d'Alex de la Iglesia mêle ici la petite histoire à la grande, les grands sujets sont abordées avec l'habituelle folie douce de son auteur (la dictature espagnole, la soumission et prostitution féminine, l'avidité, la vengeance...).

La partition de Roque Baños martèle sur le générique de début des percussions qui sont comme les exécutions du pouvoir franquiste, avec la voix plaintive des victimes. Avec les images photographiques de l'histoire qui défilent à ce moment là, ce début de film est à lui seul un grand moment ciné-musical.
La suite ne déçoit pas avec une teneur dramatique intense, mêlant percussions et cordes graves, évoluant vers la valse, le drame devient danse, la vengeance ("Revenge") laisse place au cirque ("Circus Freaks"), mais les cordes demeurent tragiques. Peu de place au rire dans cette musique, on ne meurt plus de rire, mais des armes. De MUERTOS DE RISA à BALADA TRISTE, Roque Baños s'assombrit. Plus proche de Todd Browning que de Fellini, le monstre évolue dans la foire du divertissement mais provient d'un inconscient collectif meurtri, façonné par le crime de l'histoire qui marque de son empreinte les rêves de chacun ("Terrible Dream" et sa magnifique voix d'opéra perchée au dessus de violons langoureux). Cependant, le musicien ne chasse pas pour autant le naturel avec ses habituels instants de "Mickey Mousing", lorsque la musique ponctue l'image, vient souligner un rythme, une poursuite ("Escapes"), jusqu'à rendre une séquence cartoonesque. Le rire revient au galop, non pas dans la farce évidente, mais dans le jusqu'au-boutisme des situations dramatiques. La "Final Tragedy" est funèbre, mais les cordes précèdent un piano d'une beauté apaisante. Il est émouvant de voir que le tandem ibérique cesse de s'amuser avec l'ironie grinçante pour conclure leur ouvrage par une émotion sincère.

Benoit Basirico

 

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