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Barry Lyndon  (1976)

Warner Bros. (1975/1995) - 0:51:28 | Album



« La vie tragique de Barry Lyndon est illustrée musicalement par la magistrale « Sarabande » de Haendel, originellement écrite pour le piano, et qui est ici interprétée par le National Philharmonia Orchestra. Cette pièce illustre dans le film tous les duels du protagoniste. On l’entend dans sa version originale pendant le générique de début, comme pour annoncer au spectateur que la vie de Barry n’est qu’une succession de duels et de combats pour survivre. »

[© Texte : Cinezik] •

Barry Lyndon

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Sarabande Main Title (Georg Friedrich Handel) (2:43)
2. Women of Ireland (Sean O'Riada) (4:42)
3. Piper's Maggot Jig (Traditional) (1:43)
4. The Sea Maidens (Traditional) (2:06)
5. Tin Whistles (Sean O'Riada) (3:44)
6. British Grenadiers, Fife and Drums (Traditional) (2:14)
7. Hohenfriederberger March (Frederick the Great) (1:17)
8. Liliburlero, Fife and Drums (Traditional) (1:08)
9. Women of Ireland, Harp (Traditional) (0:55)
10. March from Idomeno (Wolfgang Amadeus Mozart) (1:32)
11. Sarabande Duel (Georg Friedrich Handel) (3:15)
12. Lilliburlero (Traditional) (0:54)
13. German Dance No.1 In C-Major (Georg Friedrich Handel) (2:17)
14. Sarabande Duel (Georg Friedrich Handel) (0:51)
15. The Cantina from Il Barbiere Di Saviglia, Film Adaptation (Giovanni Paisiello) (4:31)
16. Cello Concerto E-Minor, Third Movement (Antonio Vivaldi) (3:53)
17. Adagio from Concerto for Two Harpsichords And Orchestra in C-Minor (Johann Sebastian Bach) (5:16)
18. Piano Trio in E-Flat, Film Adaptation of the Opus 100 2nd Movement (Franz Schubert) (4:18)
19. Sarabande End Titles (Goerg Friedrich Handel) (4:09)

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En 1976, Stanley Kubrick affirmait que « les films historiques ont ceci de commun avec les films de science-fiction qu'on tente d'y recréer quelque chose qui n'existe pas. » Cette phrase explique très bien pourquoi le réalisateur américain a passé tant de temps à préparer et à tourner BARRY LYNDON, adapté d’un roman picaresque de William Thackeray, « The Adventures of Barry Lindon », paru en 1844. Son obsession à rendre ce film authentique jusque dans ses moindres détails le conduira à traficoter l’un des deux derniers objectifs Zeiss encore existants au monde (l’autre se trouvant alors à bord d’un appareil de la NASA) pour filmer des scènes entièrement éclairées à la bougie. A cet égard, le travail remarquable du photographe John Alcott sera récompensé par de nombreux prix de par le monde.

Le même soin est apporté à la musique. Pour Barry Lyndon, Stanley Kubrick s’est littéralement plongé dans la musique du XVIII ème siècle afin d’être le plus possible fidèle à son sujet et d’accompagner comme elles le méritent ces images magnifiques. Afin de synchroniser au mieux les musiques qu’il a choisi et leur donner un sens, Kubrick a fait appel à Leonard Rosenman, un compositeur de musique de film (LA FUREUR DE VIVRE, A L’EST DE L’EDEN) qui a étudié avec Schoënberg. Son remarquable travail d’adaptation a été récompensé par un oscar, mais à quel prix ! Rosenman, cité par John Baxter, raconte que Stanley Kubrick est « brillant mais réduit tout le monde en esclavage. Après le 105 e enregistrement d’un morceau, il se plaignit que l’orchestre avait un décalage d’un tiers de temps. C’en était trop. J’ai jeté ma baguette par terre, je l’ai saisi par le cou et j’ai essayé de l’étrangler. » (1)

Comme A CLOCKWORK ORANGE, BARRY LYNDON raconte l’ascension et la chute d’un homme. Alex, être violent accède à la sagesse et à la rédemption avant de retomber dans la violence. De même, Redmond Barry réussit à entrer dans le grand monde, mais son imprudence le conduit à sa perte.

Cette vie tragique est illustrée musicalement par la magistrale « Sarabande » de Haendel, originellement écrite pour le piano, et qui est ici interprétée par le National Philharmonia Orchestra. Cette pièce illustre dans le film tous les duels du protagoniste. On l’entend dans sa version originale pendant le générique de début, comme pour annoncer au spectateur que la vie de Barry n’est qu’une succession de duels et de combats pour survivre. La « Sarabande » est ensuite orchestrée par Rosenman pour cordes en pizzicati, accompagnées de timbales puis d’un clavecin, dans le duel avec Quin, orchestrée délicatement pour cordes seules lorsque Redmond se bat gentiment avec son jeune fils Brian (adaptation qui préfigure puis accompagne la tragédie qui suit, le plus grand duel que Redmond aura à affronter, et dont il ne sortira hélas pas victorieux), orchestrée enfin pour timbales et cordes en stacatti nerveux lors du duel final entre Redmond et Lord Bullingdon dans le poulailler.

Le thème de Haendel n’est pas qu’un simple leitmotiv unifiant le film de façon artificielle. Il amplifie de manière subliminale et inconsciente la tragédie que vit Redmond. Bien plus que cela, cette variation d’un même thème rend le film plus lyrique qu’il ne l’est déjà et semble marquer de manière solennelle, comme dans un opéra, la progression de l’action. Elizabeth Giulani relève à cet égard que BARRY LYNDON est construit selon les règles de l’opera seria, devenu un genre majeur au XVIIème siècle. En effet, « on y trouve une opposition entre récitatif et aria, transcrite dans l’alternance des plans séquences montés serrés qui signent les moments où l’action avance (la prise de vue est latérale et le tempo rapide) et, quand l’action s’arrête, l’ouverture de l’espace par travelling avant ou arrière et arrêt de la caméra sur le personnage. De même, l’action est ponctuée de scènes de duel que souligne la variation d’un même motif musical jouant lui-même de la répétition et de la variation (une passacaille). Le parallélisme pourrait se poursuivre : le décor de ces duels s’intériorise de plus en plus, les plans sont de plus en plus rapprochés et, crescendo, l’intensité de la musique s’accuse par un renforcement du niveau sonore. » (2)

Dans la première partie du film, BARRY LYNDON contient beaucoup de musique diégétique essentiellement percussive, accompagnée d’instruments folkloriques.. De la musique militaire pour illustrer les défilés (comme l’indique la voix off: « The whole country was alive with war’s alarums, the three kingdoms ringing with military music ») (« British Grenadiers », « Lilliburlero », « Hohenfriedberger March ») et des danses populaires irlandaises… La bande-son participe de la volonté de Kubrick de faire de BARRY LYNDON un film authentique.

La musique change lorsque Redmond fait son entrée dans le Monde : ses premiers pas dans ce milieu qu’il connaît guère est accompagnée par une marche extraite d’un opéra de Mozart : Idoménée (1781). Ce morceau possède en effet les caractéristiques nécessaires pour opérer cette transition : il s’agit d’une marche (rappel des marches militaires de la vie « sauvage » de Redmond) mais très finement orchestrée et harmonisée, caractéristique du style ciselé de Mozart (entrée dans le monde civilisé).


Ryan O'Neal et Marisa Berenson
dans BARRY LYNDON (1975)

Stanley Kubrick a choisi également d’illustrer les scènes d’amour d’une façon très significative. Les scènes de la partie irlandaise sont ainsi illustrées par un morceaux du groupe The Chieftains, « Women Of Ireland », orchestré différemment à chaque fois et illustrant l’amour de Nora Brady et de Redmond Barry puis celui de Nora Brady et du capitaine Jack Quin. On retrouve cet air lorsque Redmond courtise la jeune fille allemande : comme si Redmond s’attendait à trouver chez les autres femmes tout ce qu’il avait aimé chez Nora. Néanmoins, la scène de la rencontre puis du baiser n’est pas illustrée par le « Women Of Ireland »: Barry s’est affranchi du souvenir de Nora en rencontrant le « véritable » amour (du moins en apparence). Cette séquence est devenue célèbre non seulement par sa beauté formelle, mais aussi par sa musique : Le « Trio pour piano en si bémol, opus 100 » de Franz Schubert, pièce délicate, aux harmonies raffinées, et magnifiquement interprétée par Ralph Holmes (violon), Moray Welsh (violoncelle) et Anthony Goldstone (piano), transcende en effet la tendresse de ce baiser. La pièce est pourtant totalement anachronique puisqu’elle date de 1814. Kubrick a confié dans un entretien qu’il a donné à Michel Ciment en 1976 que rien dans la musique du XVIIIème siècle ne convenait : le Trio de Schubert fut donc choisi pour illustrer la scène, après le tournage.

Le plus grand moment du film est bien entendu la rencontre avec Lady Lyndon. C’est à cet instant que la vie de Redmond va basculer. Ce basculement est illustré par un intermède (« intermission ») entre la partie I et la partie II. Stanley Kubrick « renouvelle » l’expérience de SPARTACUS en synchronisant une musique sur un fond noir, afin de bien séparer les deux vies de Barry (on retrouvera ce type de choses dans BREAKING THE WAVES).

A partir de ce moment, la vie noble de Redmond Barry est illustrée par des musiques plus raffinées mais également plus tragiques. Parmi elles, le concerto pour violoncelle de Vivaldi, qui introduit la tragédie : Lady Lyndon n’est plus qu’un élément du décor et Lord Bullingdon, qui voit en Barry, à raison, un vulgaire opportuniste, commence à éprouver une haine farouche à l’égard de celui qui indûment a remplacé son père. On entend de nouveau cette musique après la bagarre entre Redmond et son beau-fils, afin de symboliser son échec et sa solitude. La Danse Allemande de Schubert prend un air très ironique en accompagnant notamment le récit sanglant que fait Barry à son fils pour qu’il s’endorme ou les efforts vains de Barry pour être anobli. Enfin, le Concerto pour 2 Clavecins et Orchestre en Do Mineur de Bach, utilisé comme musique diégétique, est brutalement interrompu par les provocations de Lord Bullingdon

La deuxième partie du film s’achève de la même façon qu’elle a commencé, avec la musique du baiser, le Trio pour Piano de Schubert, qui défera l’amour entre Redmond Barry et Lady Lyndon, lorsque Bullingdon aura dicté ses conditions. La boucle est bouclée , le vieillard redevient un enfant, et il faut tout recommencer. Un Trio pour Piano dont les dernières notes torturées laissent planer l’ambiguïté lorsque Lady Lyndon signe la rente annuelle de Redmond : l’aime-t-elle encore ?

Damien Deshayes

(1) Source : John Baxter : « Stanley Kubrick » (Seuil)

(2) Elizabeth Guilani. « Stanley Kubrick et la musique ». AFAS - Association française des détenteurs de documents sonores et audiovisuels, 21 octobre 2005 [en ligne] , (http://afas.imageson.org/document57.phpl)

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