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La Chute du Faucon Noir  (2002)

Black Hawk Down

Decca (2002) - 1:07:03 - en digital | Original Score [musique originale]



Pour Black Hawk Down, Zimmer marque sa sixième collaboration avec Ridley Scott. Ne vous attendez pas à retrouver ici la fougue de Gladiator ou le lyrisme amer de Hannibal, Black Hawk Down épouse au contraire un parti pris plus personnel, une partition axant instruments acoustiques, percussions massives et synthétiseurs sur fond de touches ethniques arabisantes.

[© Texte : Cinezik] • 0004400170122

La Chute du Faucon Noir

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Hunger (6:35)
2. Barra Barra (5:48) *
3. Vale of Plenty (2:28)
4. Chant (2:34)
5. Still (4:48)
6. Mogadishu Blues (2:54)
7. Synchrotone (8:55)
8. Bakara (3:12)
9. Of the Earth (2:19)
10. Ashes to Ashes (4:44)
11. Gortoz A Ran - J'attends (5:51) **
12. Tribal War (2:40)
13. Leave no Man behind (6:18)
14. Minstrel Boy (Film Version) (5:43) +
15. Still Reprise (2:14)

* chanté par Rachid Taha
** chanté par Denez Prigent & Lisa Gerrard
+ chanté par Joe Strummer & The Mescaleros

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Atmosphérique, la musique crée une ambiance sombre tout au long du film, parsemé de moments plus lumineux et minimalistes. Afin d'évoquer la déconfiture des marines au combat, Zimmer utilise deux thèmes, l'un se caractérisant sous la forme d'un air folklorique américain souvent confié à un violon, un piano ou une trompette, l'autre jouant la carte du traditionnel thème d'action très rythmé et plus typique du compositeur (on pense ici à certains motifs de The Peacemaker). La partition s'articule ainsi autour de trois axes principaux forts: une partie atmosphérique, pour lequel Zimmer opte pour une approche électronique sombre, parsemé de voix orientales servant à planter le décor (la Somalie, le monde africain, etc.). L'autre axe est celui de l'action anarchique, centré autour d'un motif d'action typique du compositeur, accentuant la brutalité des combats. Zimmer utilise alors toute une série de samples électroniques, des grosses percussions agressives en passant par les percussions tribales pour illustrer l'avancée destructrice des milices d'Aidid, sans oublier la partie plus lyrique et le thème s'apparentant à une pièce folklorique aisément mémorable. C'est ce thème qui attire ici notre attention, associant une mélodie de type quasi populaire aux troupes américaines. En ce sens, c'est là que provient la véritable surprise du score, évitant ainsi le côté patriotique qui aurait pu s'avérer indigeste dans la partition du compositeur, qui préfère opter pour une approche plus humaine, mais peut-être pas aussi forte qu'on aurait pu s'y attendre, d'où un côté minimaliste qui peut décevoir tout comme il peut séduire.

'Hunger' donne d'entrée le ton du score, introduit par des sonorités orientales sombres et la voix du chanteur Baaba Maal (illustrant ici la complainte du peuple somalien). Le soliste laisse alors la place à des cordes sombres dont le caractère désolé évoque par moment le désormais incontournable The Thin Red Line, et c'est la partie électronique qui prend alors le dessus dans un style plus atmosphérique avec percussions du Moyen-Orient, des instruments à cordes aux sonorités orientales incluant le gimbre (guitare d'Afrique du nord), le cumbus (guitare d'origine turque proche d'un banjo américain et très utilisé au Maroc), le saz (luth à manche longue d'origine très ancienne très utilisé sous différentes variantes en Arménie, en Iran, en Perse, en Grèce, etc.) et tout l'attirail habituel de violons, de percussions tribales (incluant les tambours taïko japonais) et de guitares (mandolines, guitares électriques, etc.). Le but du compositeur était ainsi de créer deux pôles musicaux représentant les deux clans ennemis, avec d'un côté la partie ethnique, tribale, africano-arabe dans laquelle participent les solistes habituels du compositeur - le guitariste Heitor Pereira, ainsi que Michael Brook, Martin Tillman pour les violoncelles acoustiques et électriuqes, et Craig Eastman pour les violons, mandolines et le moyenâgeux Hurdy Gurdy - et la partie plus électronique, de style plus "techno/électro", évoquant les américains et tout l'attirail technologique de leurs armements. Afin de représenter le conflit entre ces deux peuples, ces deux cultures, Zimmer a ainsi opté pour une approche chaotique, mélangeant les uns avec les autres, les parties ethniques cohabitant sur fond de rythmiques techno/électro modernes et réciproquement. Le résultat, expérimental et original pour certain (cela a pourtant déjà été fait maintes et maintes fois, surtout au cinéma) s'avère être très efficace dans le film, à défaut d'être inoubliable une fois l'écoute achevée.

Loin de vouloir privilégier une ambiance 100% martiale (dont le compositeur conserve quelques bribes par l'utilisation de percussions martiales), Zimmer a préféré opter pour une atmosphère plus sombre et pesante, comme 'Vale of Plenty' et 'Chant' avec la voix arabe brumeuse, comme dans 'Still' et son caractère désolé évoquant les désastres meurtriers des combats dans les rues de la ville, une idée que l'on retrouve aussi dans 'Mogadishu Blues' avec sa guitare orientale solitaire et son atmosphère plus méditative et sombre. 'Synchrotone' s'axe quant à lui sur l'action avec percussions électroniques, rythmiques électro modernes, guitare électrique saturée, synthétiseurs aux sonorités glauques, percussions tribales, le tout créant la tension nécessaire à l'écran pour illustrer la sauvagerie des combats. A noter que Hans Zimmer a préféré conserver pour l'album la partie plus atmosphérique et orientale de sa partition, délaissant bon nombre de morceaux chaotiques illustrant avec rage les nombreuses scènes de combat, un choix radical qui peut s'avérer discutable puisque cette partie 'action' fait pourtant partie intégrante de la partition de Black Hawk Down. On pourra néanmoins se contenter d'un très bref 'Tribal War' qui introduit le thème d'action suggéré par une basse synthétique et repris aux synthétiseurs (dont on retrouve les traditionnels cuivres samplés cher au compositeur allemand) avec un flot impressionnant de percussions diverses (électroniques, tribales, acoustiques, etc.) pour illustrer la sauvagerie des combats dans les rues de Mogadiscio. On appréciera l'utilisation de ce motif d'action qui intervient lors de certaines scènes de guerre particulièrement frénétiques, comme pour la scène de l'attaque de nuit, lorsque les marines se réfugient à l'intérieur d'un bâtiment vide. Quant au thème élégiaque, injustement représenté dans l'album (hormis sur la piste 'Leave No Man Behind'), il intervient lors des principaux moments de déroute américaine, comme par exemple pour la scène de la mort du sergent Pilla (Danny Hoch), où le thème est interprété par une trompette sur fond de percussions martiales. Dans 'Leave No Man Behind', Zimmer nous propose une version de ce thème spéciale pour l'album, résumant tout l'esprit élégiaque du thème, mais une élégie retenue, trop peut-être pour réussir à marquer les esprits. On est loin ici du thème poignant de The Thin Red Line, alors que le film aurait du donner l'occasion au compositeur d'écrire un thème fort qui aurait pu rendre hommage à tous ces combattants qui ont affronté l'horreur de cette guerre, une occasion vraisemblablement manquée.

Le film se conclut sur le magnifique 'Gordoz A Ran' écrit par Denez Prigent et co-interprété avec Lisa Gerrard, qui reste décidément attachée à la plupart des productions de Hans Zimmer depuis le succès de Gladiator. 'Gordoz A Ran' se veut comment un hommage vibrant aux morts de cette guerre, dans un style à la fois retenue et élégiaque. Black Hawk Down est donc un score différent de ce que l'on a l'habitude d'entendre sur un film de guerre, un score moderne épousant à la fois le point de vue des somaliens que celui des américains, un score qui évoque toute la frénésie, le chaos et le drame des combats. En ce sens, la musique aurait certainement pu aller plus loin au lieu de jouer autant la carte de l'élégie retenue et quelconque, ce qui s'avère être bien décevant de la part d'un compositeur qui avait pourtant su trouver le ton juste sur un autre film de guerre, The Thin Red Line. On regrettera aussi une tendance à l'overdose d'effets électroniques et de rythmiques modernes qui s'avèrent être bien ennuyeuse et artificielles à la longue - le résultat est peut-être probabant à l'écran, mais le résultat musical paraît du coup nettement plus terne. Peut-être est-ce tout simplement dû aux exigences de Jerry Bruckheimer. Quoiqu'il en soit, après deux partitions magistrales pour Gladiator et Hannibal, cette nouvelle collaboration Hans Zimmer/Ridley Scott déçoit par son côté quelconque et sa prétendue originalité ambitieuse qui n'en est pas vraiment une. Si le résultat à l'écran est assez satisfaisant, redoublant d'intensité et d'efficacité, l'écoute en soi est une toute autre histoire.

Quentin Billard

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