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Casablanca  (1942)

Rhino / Turner (1942/1997)
Durée : 1:04:02 - en digital | Réédition


Max Steiner retrouve Michael Curtiz après une douzaine de projets communs (collaboration qui a débuté en 1936 avec "La Charge de la Brigade Légère"). Pour cette histoire d'amour en temps de guerre, Max Steiner mélange sa partition romantique originale avec des emprunts divers. Il adapte des airs populaires ainsi que certaines de ses musiques antérieures. L’ouverture du film propose une fanfare héroïque qu’il a écrite pour un western de 1938 avec quelques touches orientales pour évoquer les décors folkloriques. Puis une reprise de "La Marseillaise" illustre le contexte de la France occupée.

[© Texte : Cinezik]
Casablanca

Tracklist

1. Medley: Main Title \ Prologue (5:19)
2. Medley (It Had To Be You \ Shine) (2:01)
Performed By Dooley Wilson
3. Knock On Wood (1:15)
Performed By Dooley Wilson
4. Rick And Renault (1:09)
The Very Thought Of You (Underscore)
5. Arrival Of Ilsa And Victor At Rick's (1:14)
Love For Sale (Underscore)
6. Play It Sam... Play "As Times Goes By" (4:57)
Avalon (Underscore) \ As Times Goes By (Underscore)
7. Of All The Gin Joints In All The Towns In All The World... (1:55)
8. Medley: Paris Montage (3:47)
9. Medley: At La Belle Aurore (4:43)
10. Ilsa Returns To Rick's (3:11)
11. Medley (Die Wacht Am Rhein \ La Marseillaise (4:33)
12. Ilsa Demands The Letters (3:37)
13. Rick Confronts Ilsa And Laszlo (2:22)
14. Airport Finale \ Here's Looking At You, Kid (6:37)
15. Medley (Shine \ It Had To Be You) (2:19)
Supplemental Material - Alternate Orchestral Version 16. Dat's What Noah Done (1:19)
Supplemental Material - Outtake - Performed By Dooley Wilson 17. Knock On Wood (1:32)
Supplemental Material - Alternate Version - Performed By Dooley Wilson 18. Medley (Ilsa Returns \ As Times Goes By) (3:11)
Supplemental Material 19. Medley (Laszlo \ As Times Goes By (6:17)
Supplemental Material 20. As Times Goes By (2:44)
Supplemental Material - Complete Vocal By Dooley Wilson

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Le premier élément qui frappe dans le score de Casablanca, ce sont les orchestrations, complexes et très travaillées comme d'habitude, évoquant tour à tour cette histoire d'amour dramatique sur fond de seconde guerre mondiale. Le second élément majeur se trouve donc au niveau de la thématique entièrement constituée de thèmes populaires arrangés par Steiner lui même et adapté pour les besoins musicaux du film. L'excellente ouverture du film commence avec une sorte de fanfare héroïque composé par Steiner pour le western 'Gold Is Where You Find It' (1938) et qui devint la musique/signature pour tous les films produits par la Warner Bros. La suite se déroule sur une mélodie aux accents exotiques avec tambourin (on retrouve de temps en temps ces touches orientales tout au long du film pour évoquer les décors souvent folkloriques du film), le tout repris ici aussi d'une ancienne oeuvre de Steiner, 'The Lost Patrol' (1934). La partie exotique de 'The Last Patrol' évoque le côté exotique du film puisque l'histoire se passe dans la ville de Casablanca, au Maroc. La deuxième partie permet au compositeur d'utiliser un autre grand thème populaire, et cette fois pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de La Marseillaise, notre hymne national. La Marseillaise est utilisée pour illustrer de manière plus sombre ce contexte de la France occupée par les allemands, et même si l'hymne apparaît de temps en temps de manière bien patriotique (surtout dans la scène du night-club), le compositeur n'hésite pas à lui donner une touche plus sombre avec des harmonies quelques fois décalés avec le côté solennel et pompeux de notre hymne national. L'idée est astucieuse puisqu'il s'agit de montrer une France soumise au régime Nazie, une France en plein débâcle pris entre les collabos et les Résistants qui se battent pour libérer leur pays de la dictature allemande. Mais le thème majeur du score de Steiner et qui est en réalité le thème principal de la musique de 'Casablanca' est et reste la chanson 'As Time Goes By', une chanson écrite en 1931 par un certain Herman Hupfeld et chantée par Frances Williams pour une comédie musicale de Broadway intitulée 'Eveybody's Welcome' et que Sam, le pianiste noir du club et ami de Rick joue et chante sur son piano dans la fameuse séquence du flash-back et lorsque Sam retrouve Isla et qu'elle lui demande de rejouer cette chanson. Steiner propose donc un excellent arrangement orchestral de cette chanson tombée dans l'oubli pendant plusieurs années mais que le compositeur a sut grandement exploiter tout au long de sa partition orchestrale romantique à souhait. Le thème de 'As Time Goes By' apporte au film cette dimension romantique (parfois très sirupeuse malheureusement, surtout au niveau des cordes, comme la convention des musiques de film Hollywoodienne de l'époque l'exigeaient) et dramatique en même temps puisque la majorité des apparitions de ce thème dans le film se font de manière souvent sombre avec des cordes torturées.

'As Time Goes By' évoque donc avec une poignante touche de nostalgie très années 30/40 cette idée du temps qui passe, Steiner apportant en plus l'idée de ces deux amants maudits que le destin va séparer, le thème de cette chanson étant illustrée dans la musique de Steiner comme un véritable leitmotiv de leur amour tragique. Impossible d'entendre ce thème sur des cordes torturées à la Wagner ou à la Mahler sans avoir à l'esprit des images du couple Bergman/Bogart. L'un est devenu quasiment indissociable de l'autre. Mais le compositeur décida alors qu'il n'aimait pas l'idée de réutilise cette chanson pour le film et qu'il voulait alors composer un nouveau thème original pour le film. Mais la plupart des scènes incluant cette chanson venaient déjà d'être tournées et étant donné qu'Ingrid Bergman n'avait plus la même coupe de cheveux que dans le film, il était alors impossible de refaire ces séquences. Steiner dû donc utiliser cette chanson tout au long du film, ce qui n'est pas plus mal lorsque l'on connaît l'effet dramatique que donne cette musique à l'écran (le score trouve d'ailleurs une conclusion dramatique vraiment poignante pour la séquence des adieux dans l'aéroport). Les variations et divers développements de ce thème souvent exposé aux cordes sont tous très intéressants (et cela mériterait une étude analytique plus détaillée et plus complexe). Le compositeur a toujours été réputé pour ses adaptations d'airs populaires ou de morceaux repiqués de ses anciennes oeuvres, quelque chose que l'on retrouve bien dans 'Casablanca' (et que fera James Horner de nombreuses années plus tard...eh oui, d'autres le firent bien avant Horner!)

Le compositeur a aussi eu l'idée de faire allusion à l'hymne Allemand de l'époque, 'Deutschland, Deutschland über Alles' (repris en réalité de l'un des mouvements du Quatuor à cordes en Do Majeur de Joseph Haydn composé en 1797 et dont le chant devint populaire en Allemagne durant la Première Guerre Mondiale) qui évoque bien évidemment l'omniprésence des Nazis dans cette France encore occupée sous le régime de Vichy. Le compositeur n'hésitera d'ailleurs pas à illustrer quelques brèves confrontation entre les hymnes français et allemands ce qui, évidemment, est tout à fait symbolique par rapport au contexte historique dans lequel l'histoire se déroule. Les autres chansons inclues dans le film, 'It Had To Be You' et 'Knock On Wood' sont toutes interprété par le pianiste noir du film (Dooley Wilson), qui est aussi l'interprète dans le film de 'As Time Goes By'. La musique est par moment plus sombre, notamment lorsque Steiner assombrit le thème principal pour lui donner un côté plus dramatique, plus torturée, évoquant l'issue inévitable de cette très belle histoire d'amour tragique, plus quelques passages plus agités lorsque la situation devient plus grave. La majorité du score navigue ainsi entre ces citations d'airs populaires et de morceaux issus d'anciennes partitions du compositeur, le tout à l'intérieur d'un score qui est la représentation musicale parfaite de l'inoubliable film de Michael Curtiz.

Pour finir, on notera aussi la réutilisation d'un morceau issu d'une autre BO de Steiner, 'Now, Voyager' (un film d'Irving Rapper datant de 1942 avec Bette Davis et...coïncidence, deux acteurs qui jouent aussi dans 'Casablanca', Paul Henreid et Claude Rains) que Steiner réutilise pour la scène du flash-back Parisien, morceau sirupeux à souhait comme on peut très bien se l'imaginer à cette époque, mais aussi très nostalgique. On regrette juste cette tendance un peu trop systématique qu'a Steiner de réutilise des segments entiers de certaines de ses anciennes oeuvres, puisqu'au final, le score nous apparaît comme une succession de pièces non originales au sein d'une partition originale mais qui fait un peu office de fourre-tout. Mais ne boudons pas notre plaisir, nous avons réellement affaire ici à un grand classique de Max Steiner et un classique tout court de la musique de film du Golden Age Hollywoodien. Avec 'Gone With The Wind', 'Casablanca', qui est à mon avis largement en dessous du chef d'oeuvre de Steiner, représente l'idée même de la parfaite symbiose entre un film et sa musique, l'un indissociable de l'autre en ne faisant qu'un pour accoucher au final d'une oeuvre maîtrisée à défaut d'être entièrement originale. (et ce même si les repiquages d'anciens morceaux de Steiner sont tous justifiés dans le contexte du film!) Une BO de référence de l'âge d'or Hollywoodien!

 

Quentin Billard

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