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La Grotte des rêves perdus   (2011)

Cave of forgotten dreams • Werner Herzog • En salle le 31-08-2011

Le compositeur et violoncelliste néerlandais Ernst Reijseger retrouve le réalisateur allemand Werner Herzog après DANS L'OEIL D'UN TUEUR (2009, film inédit en France), THE WILD BLUE YONDER (2005, inédit en France) et le documentaire THE WHITE DIAMOND (2004).

[© Texte : Cinezik] • 0025091018123

La Grotte des rêves perdus

Sortie de la BO

Winter & Winter (16 Août 2011) - 1:13:24

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Rockshelter (3:17)
2. Child's Footprint Duo (4:33)
3. Forgotten Dreams #4 (4:12)
4. Ostinato #3 (3:29)
5. Carbon Date Piano (2:35)
6. Child's Footprint (3:02)
7. Deep Cave (3:41)
8. Homo Spiritualis (2:20)
9. Carbon Date Solo Cello (7:28)
10. Rockshelter Duo (3:40)
11. Ostinato #2 (4:35)
12. Gaga (4:58)
13. Ostinato #1 (3:11)
14. Shadow (9:20)
15. Forgotten Dreams #2 (1:57)
16. Science Fiction (4:12)
17. Carbon Date (6:59)

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Autour de cette BO


Nos articles sur cette BO

Le spectateur de ce documentaire de Werner Herzog sur la grotte Chauvet aura sans doute été marqué par l'importance de la musique à l'image. Le cinéaste allemand filme (en 3D) les parois de cette grotte explorée pour la première fois en 1994 et ornée de peintures rupestres qui ont été datées à 31 000 ans avant notre ère, faisant de Chauvet la grotte ornée la plus ancienne du monde connue à ce jour. Werner Herzog introduit sa caméra dans ce sanctuaire habituellement accessible aux seuls spécialistes et scientifiques, de manière brève et contrôlée. Outre les commentaires qui expliquent les difficultés du tournage et le contexte historique du lieu, et les enjeux scienfitiques de cette découverte, Herzog donne une très large place à la contemplation (visuelle et musicale), le film devenant alors pendant plusieurs minutes pure image et pure musique, permettant au spectateur de s'immerger dans le lieu et dans les dessins qui lui sont montrés, et à son imagination de divaguer.

La grotte des rêves perdus porte bien son titre dans le sens où il est ici question d'onirisme : les dessins et peintures que nous découvrons évoquent une époque inconnue, dont ces images sont les seules traces, c'est un passé fantasmé, rêvé, dans lequel nous invite Werner Herzog. La musique de Ernst Reijseger accompagne cette rêverie et les déambulations de la caméra avec un lyrisme étonnant, là où on aurait pu s'attendre à une tapisserie discrète. En fait, la musique révèle toute l'émotion du film, et participe grandement au pouvoir de fascination que celui-ci exerce sur le spectateur pendant toute la durée de la projection, et qui fait de La grotte des rêves perdus une oeuvre cinématographique authentique et bouleversante. Les choeurs du générique évoquent à la fois l'écho humain qui résonne dans cette grotte, tout autant que l'aspect ouvertement mystique et spirituel suggéré par le film d'Herzog. L'écriture à la fois savante et accessible de Reijseger nous évoque Ligeti, Philip Glass ou Arvö Part. Le compositeur convoque ensuite le violoncelle solo au cours de longs morceaux éthérés et oniriques, modulatoires, aux sonorités cristallines, improvisant de nombreuses variations à ses motifs et à ses phrases musicales. D'inspiration très contemporaire et en même temps très lyrique, le score alterne emphase mélodique et expérimentations plus exigeantes, comme pour suggérer aussi le malaise et le vertige auquel on est confronté dans cette grotte qui a tout d'un lieu sacré. La musique emporte littéralement le spectateur, à la fois dans la grandeur, l'inaccessible, et dans l'intime (avec une utilisation ponctuelle du piano). Cette immense liberté musicale, de ton, qui se marie parfaitement aux images et leur donne sens, font de La grotte des rêves perdus un véritable chef d'oeuvre musical et cinématographique dont on a du mal à se remettre. La claque de 2011, assurément.

Sylvain Rivaud

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