Calendrier des films Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusCannes 2019

EN

VOIR

PLUS

Batman : The Dark Knight  (2008)

The Dark Knight

Warner (US : 15 juillet 2008,
FR : 11 août 2008) - 1:13:24 | Original Score [musique originale]


 

Hans Zimmer et James Newton Howard se retrouvent trois ans après Batman Begins pour composer à quatre mains ce score du nouveau Christopher Nolan. Quatre éditions de la BO sont proposées par Warner : un CD standard, une édition spéciale digipack, une édition collector avec visuel spécial, et un double-vinyl de 180g. Le contenu des quatre versions est identique.


 Interview B.O : James Newton Howard et Hans Zimmer, THE DARK KNIGHT


[© Texte : Cinezik] • 0093624979302
Batman : The Dark Knight

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Why So Serious? (9:14)
2. I'm Not A Hero (6:34)
3. Harvey Two-Face (6:16)
4. Aggressive Expansion (4:35)
5. Always A Catch (1:39)
6. Blood On My Hands (2:16)
7. A Little Push (2:42)
8. Like A Dog Chasing Cars (5:02)
9. I Am The Batman (1:59)
10. And I Thought My Jokes Were Bad (2:28)
11. Agent Of Chaos (6:55)
12. Introduce A Little Anarchy (3:42)
13. Watch The World Burn (3:47)
14. A Dark Knight (16:15)

Nos articles sur cette BO

Le mot d'ordre était cette fois-ci de faire une musique plus sombre et moderne, et aussi plus expérimentale et provocatrice, pour reprendre les propres termes des deux compositeurs. Si le premier opus s'avérait être musicalement très décevant, cette seconde mouture tient ses promesses et nous offre une partition sombre, ample et impressionnante, tout en demeurant dans la continuité directe du précédent score pour « Batman Begins ».

Le duo Zimmer/JNH nous propose pour commencer un nouveau motif pour le Joker, une sorte d'impressionnant crescendo de samples de guitare électrique déformé et dissonant qui évoque avec brio la folie du Joker et son goût pour l'anarchie. « Why So Serious ? » introduit ainsi le motif du Joker avec un premier morceau d'action sombre et agressif à grand renfort de cordes, de samples saturés et de percussions électroniques modernes. « Why So Serious » illustre parfaitement dans le film cette idée de chaos et d'anarchie, le morceau demeurant imprévisible de bout en bout, prêt à exploser à la moindre occasion - et ce à l'image du personnage d'Heath Ledger dans le film. Ici, pas de grande mélodie mémorable ou de motif quelconque, les deux compères ont préféré opter pour une approche musicale plus bruitiste, atmosphérique et dissonante afin de recréer au mieux le sentiment de folie anarchique qui anime le Joker tout au long du film.

Pari risqué mais fort réussi puisqu'on retiendra surtout après projection les sonorités cafardeuses et saturées associées tout au long du film au Joker, une véritable identité sonore qui rappelle le goût de Hans Zimmer pour les expérimentations synthétiques qu'il avait déjà mené sur des scores tels que « Black Hawk Down » ou « Hannibal » (le compositeur aurait même déclaré récemment que ses expériences sonores se rapprochaient du groupe électro allemand Kraftwerk). Pendant plus de 9 minutes, Zimmer et JNH font monter la tension, arrêtent le tout brusquement et repartent sur une autre section totalement différente, et ce avec un certain minimalisme très étonnant : c'est la description musicale parfaite du Joker, une force maléfique incontrôlable, un véritable ange de la mort, un agent du chaos que rien ni personne ne semble pouvoir stopper. Les compositeurs déclaraient dans une récente interview qu'ils avaient souhaité opter pour la provocation avec cette partition, bousculant ainsi les règles du genre pour mieux faire ressentir le chaos qui règne tout au long du film dans les rues de Gotham City. Sur papier, l'idée est bonne, mais le résultat demeure encore trop timide sur le terrain. Un morceau comme « Why So Serious ? » est particulièrement intéressant dans ce qu'il cherche à évoquer, mais aurait pu aller encore plus loin dans les recherches sonores, Zimmer ne faisant finalement que ressortir du placard des sonorités expérimentales déjà entendues (les sons de guitare électrique saturés de « Mission Impossible 2 », qui rappellent un morceau tel que « Chimera »). Malgré son côté chaotique et atonal, « Why So Serious ? » demeure encore trop carré et trop raisonnable pour évoquer totalement la folie furieuse du Joker. L'ensemble aurait gagné à être davantage aléatoire, encore plus imprévisible. Pour la provocation, on repassera !

« I'm Not A Hero » nous permet ensuite de retrouver les idées mélodiques associées à Batman et reprises du précédent épisode. Cordes agitées, ostinato rythmique électro et cuivres massifs nous permettent de retrouver l'identité sonore de l'homme chauve-souris, le morceau alternant passages atmosphériques et morceaux d'action pour illustrer les exploits de Batman, mais sans aucune véritable forme d'héroïsme. Au contraire, Zimmer et JNH ont préféré éviter tout élan héroïque, préférant jouer la carte de la noirceur et du mystère. « Harvey Two-Face » lève ensuite le voile sur le nouveau grand thème de « The Dark Knight », une mélodie au piano plus mélancolique et intime associée à Harvey Double Face dans le film, un thème tragique qui évoque la souffrance du personnage et la vengeance impitoyable qu'il mène pour retrouver les assassins de la femme qu'il aimait. Curieusement, on retourne ici à un style plus orchestral et mélodique, la partie électronique étant mise au second plan. On reconnaît d'ailleurs ici le style de James Newton Howard, Hans Zimmer greffant par dessus cette mélodie quelques touches synthétiques habituelles afin de conserver une unité stylistique et musicale, de telle sorte à ce que le style de l'un et de l'autre finissent par cohabiter sans que l'on puisse savoir au final qui a fait quoi.

Si « Harvey Two-Face » apporte une certaine émotion à la partition de « The Dark Knight » (avec un final majestueux qui se rapproche étonnamment d'un John Williams), « Agressive Expansion » renoue avec la partie action plus majestueuse et déterminée liée à Batman, tout comme « Always A Catch » qui reprend les sonorités dissonantes et saturées du Joker dans une montée de tension violente et radicale, illustrant dans le film les méfaits explosifs du bad guy. Certains morceaux comme « A Little Push » semblent même surgir d'un thriller/film d'épouvante, les deux compères basculant ici dans l'atonal et la dissonance pur en utilisant des sonorités électroniques expérimentales lorsque le Joker tend un piège à Batman et ses compagnons. On nage ici en pleine expérimentation musicale pour ce qui demeure incontestablement l'un des morceaux les plus sombres et les plus agressifs de la partition de « The Dark Knight ». Les fans de « Batman Begins » sauront ravis d'apprendre que Zimmer et JNH reprennent le fameux thème épique de « Molossus » dans « Like a Dog Chasing Cars » lorsque Batman s'élance avec sa Batmobile à la poursuite du Joker et de ses sbires. « Like a Dog Chasing Cars » apporte un sentiment d'espoir au sein d'une partition somme toute extrêmement sombre, dissonante et agitée. Dès lors, les deux hommes se livrent une bataille sans merci à travers des morceaux d'action aux rythmes électro continus comme « And I Thought My Jokes Were Bad » ou le puissant « Agent of Chaos » et ses ostinatos de cordes rythmiques continus - une idée récurrente dans la partition de « The Dark Knight ». Les sonorités saturées du Joker reviennent à nouveau pour rappeler la menace du dangereux criminel anarchiste, prêt à tout pour faire brûler le monde. Ces morceaux aux sonorités originales rappellent aussi à quel point le Joker, véritable génie du crime, est omniprésent (il est d'ailleurs LE véritable protagoniste principal du film de Nolan !). Cette idée culmine avec « Introduce A Little Anarchy » (affrontement final entre Batman et le Joker) où cohabitent les principaux éléments musicaux du score : le motif héroïque de Batman (repris de « Molossus »), les sonorités électroniques saturées du Joker, les ostinatos rythmiques de cordes et même quelques vagues samples de sons de chauve-souris en arrière-fond pour évoquer les exploits de Batman. L'affrontement débouche sur le dramatique et très prenant « Watch the World Burn », où pendant plus de 3 minutes, JNH et Zimmer font monter la tension durant la scène finale où Harvey Dent bascule dans la folie et commet l'irréparable, aveuglé par sa souffrance et sa haine devenue extrême (fruit d'une manipulation machiavélique orchestrée par le Joker). Le morceau apporte un éclairage dramatique assez impressionnant au final du film, avant la grande coda de « A Dark Knight », long morceau de plus de 16 minutes qui résume l'essentiel de la partition de JNH et Zimmer.

Si la partition de « The Dark Knight » n'a rien de la grande partition provocatrice annoncée par ses deux compositeurs, le score n'en demeure pas moins redoutablement efficace et bien plus intéressant musicalement que « Batman Begins ». Hans Zimmer et James Newton Howard évoquent parfaitement les idées d'anarchie et de lutte pour la justice dans une société en plein chamboulement, accouchant d'une partition sombre, noire et agitée, où le bien et le mal s'affrontent continuellement entre envolées majestueuses et sonorités dissonantes expérimentales. Comme pour « Batman Begins », on retrouve dans « The Dark Knight » le traditionnel mélange synthétiseurs/orchestre avec une touche d'expérimentation électronique en plus et une certaine intensité qui manquait un peu au précédent opus. La musique des deux compères s'affirme ici davantage, même si l'on regrettera toujours le recours à quelques formules musicales banales et sans surprise (les ostinatos de cordes en continu tout au long du score...). Zimmer renoue avec les sonorités synthétiques de « Mission Impossible 2 », épaulé par son compère JNH qui s'est totalement fondu dans la masse, même si au final, le style Zimmer prédomine par dessus tout. Curieusement, la musique demeure extrêmement fonctionnelle et peu mémorable dans le film, mais l'écoute sur CD demeure une véritable expérience en soi. La partition de « The Dark Knight » reste intense et noire de bout en bout, condensant toutes les idées du film de Christopher Nolan avec un brio rare pour une production de ce genre. Autant le dire de suite : JNH et Zimmer rattrapent enfin la bourde de « Batman Begins » et nous offrent une partition captivante et envoûtante, une oeuvre intense, sombre et nihiliste, à l'héroïsme très contenu. Et pour les inconditionnels du score, une édition 2 CD complète sortira en décembre 2008, pour mieux prolonger le plaisir. Recommandé !

Quentin Billard

« J’ai admis à Hans et James séparément que l’une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité revisiter l’univers de Batman Begins était la musique extraordinaire qu’ils ont créée »
Christopher Nolan

Difficile de parvenir à saisir l’essence de la musique composée pour le film tant attendu de Christopher Nolan. Suite de Batman Begins, et donc poursuite de la collaboration pour beaucoup décevante de deux des plus grands compositeurs de musique de film actuelle. Le premier film, passé l’effet d’annonce avait déconcerté beaucoup de puristes par son minimalisme et son approche tirant à la fois vers une musique de film classique et un sound design enveloppant chaque piste. L’équilibre entre les deux approches se rompant parfois successivement, pour dégager une impression globale de rendez-vous manqué, empêchant l’un comme l’autre de s’exprimer totalement sur le sujet investit. L’attente de ce deuxième opus ne se faisait donc que plus pressant.

Et une fois de plus, pour bien appréhender cette nouvelle composition, il faut comprendre l’orientation du film de Christopher Nolan et en accepter les conséquences musicales. La musique de « Begins » se faisait volontairement discrète, mais restait prégnante tout au long du métrage, notamment avec ce leitmotiv électronique, battement d’aile sourd de chauve souris qui ouvrait le film. Le reste de la composition est à l’avenant, ne soulignant que rarement l’action, mais privilégiant toujours ces personnages et l’ambiance sonore. Les deux se mêlant peu à peu pour ne former plus qu’un.

Là où le premier disque se concentrait sur Bruce Wayne et ses tourments, le deuxième opus ouvre les horizons musicaux du personnage, déstructurant son univers de l’intérieur. Principal élément de cette nouvelle anarchie : le Joker, qui ouvre le disque dans un morceau long de 6 minutes, avec sa première partie totalement atonale, comme un long diagramme de la folie qui se serait stoppée net. (Why So Serious ?) Tout comme dans le magnifique scénario des frères Nolan, cette première piste sonne comme un avertissement : désormais tout est possible. Cette longue suite électronique hantera le reste de l’album, ne réapparaissant que par intermittence, mais marquant de son empreinte l’ensemble de la B.O, comme l’ombre du Joker sur Gotham. Mais le combat et la confrontation n’a pas encore débuté, et la deuxième piste nous ramène dans un univers bien connu, avec règles et frontières, développement thématique du premier opus : celui de Batman. Les nappes de cordes, les morceaux d’action,  la fin avec l’apparition d’un nouveau thème héroïque. Ca y ressemble, ça en a la saveur, le goût, mais ce n’est pas la même chose. Un autre thème fait encore son apparition, une marche héroïque de cordes qui ne sera exposée qu’une fois dans l’album mais qui reviendra dans toute la première partie du film. Ici, les choses changent. Consacrée au début du film à la relation Gordon/Batman et à la confrontation avec Lau, cette piste nous présente notre Héros tel que nous le connaissions dans « Begins ». Toujours avec cet héroïsme contenu, ce leitmotiv et cette action dynamique (I am Not a Hero). Définitivement Gotham est en train de changer…

Le Joker, Batman et Gordon. Il manque encore la dernière pièce du puzzle qui sera annoncée dès le troisième morceau, symptomatique du travail des deux compositeurs. En lieu et place d’un thème identifiable et reconnaissable, nous avons droit à un leitmotiv musical qui accompagnera le personnage tout au long du film. Se mêlant au thème de Gotham du premier opus exposé de manière logique dans cette piste, Harvey Dent constituant peu a peu la nouvelle âme de cette ville. Cependant passé l’héroïsme de façade, la facette plus sombre et mélancolique du personnage est présente pour cette piste, peut être la plus musicale de tout l’album, et dans laquelle nous reconnaissons à plusieurs reprises la patte de James Newton Howard (Harvey Two Faces).

La tension ne cesse alors de monter, le coup de départ étant donné avec un morceau musicalement très simple mais d’une efficacité redoutable, avec une montée crescendo, démontrant la force brut et incontrôlable du Joker face aux trois personnages que sont Gordon, Harvey Dent et Bruce Wayne (Aggressive Expansion). Le cœur de l’album expose de manière successive l’affrontement entre ses forces grâce à plusieurs morceaux d’action et aux affrontements de nos quatre personnages principaux. (Like a Dog Chasing a Car). Il reste ici à regretter encore une fois que jamais les motifs ne se mélangent réellement pour constituer un tout compact et cohérent. Les deux compositeurs alternant successivement les leitmotiv de manière parfois un peu factice dans de longs morceaux qui paient cette impression de manque de direction clair donnée à la musique et offre a l’album un faux ventre mou. Mais cette poignée de morceaux reste intéressante tant elle participe à la construction d’un univers musical et sonore original (A Little Push, Always A Catch, Blood on My Hands). Dans le film, cette aseptisation permet de faire ressortir de manière beaucoup plus forte ces apparitions mélodiques : Le thème de Rachel au piano exposé une seul fois, mais de manière cruciale et magnifique, le thème de la famille Wayne qui devient le thème de la famille Gordon malheureusement absent de l’album, ou bien encore ce solo de violon Howardien lors des adieux entre Rachel et Dent juste avant de monter dans le camion de la police de Gotham (Absent lui aussi !), mais véritable tire larme. Le thème principal de « Batman Begins » (Molossus) n’est exposé que très rapidement dans cet album, et effectue une sorte de passage de relais pour le nouveau thème : l’heure n’est plus à la gloire, désormais il s’agit de l’énergie du désespoir (Like A Dog Chasing A Car, And I Thought My Joke Were Bad, Introduce A Little Anarchy). Et comme toujours, le Joker a un coup d’avance et conclut les morceaux irradiant de sa présence toutes touches d’héroïsme ou de mélancolie (I Am The Batman).

Les quatre derniers morceaux de l’album quant à eux constituent une sorte de grande suite proposant une conclusion musicale globale de l’ensemble des morceaux présenté avant. Véritable voyage émotionnel difficile pour chacun des personnages : (Agent Of Chaos) resserrant définitivement l’étau sur le trio Batman/Harvey Dent/Gordon, désespérant de la situation (magnifique motif au piano), avant que ce ne soit la folie du désespoir qui les poussent tous à bout, avec la reprise tragique du brillant Thème de Rachel. Introduce A Little Anarchy nous présente l’affrontement entre le Joker et Batman, réexposant son thème, contraint à l’héroïsme et se battant avec toute l’énergie du désespoir. La simili victoire qui s’en suit est immédiatement contrastée. Comme toujours le Joker avait un coup d’avance, et Watch the world Burn nous le rappelle. Lent mouvement de corde tragique, nous contant la descente aux enfers finale de l’un des personnages principaux dans un morceau d’une noirceur absolue.

A Dark Knight conclut cet album, offrant une victoire de façade pour nos héros, mais les laissant tous détruits. L’héroïsme est ici totalement contenu, et n’en est donc que plus fort. Le nouveau thème de Batman s’écoulant lentement. Plus rien ne sera jamais comme avant, Batman mentant au monde pour le sauver, Alfred lui mentant pour le sauver. Un album très noir, pour un film qui l’est tout autant. Le parti prit offrant à la musique une grande partie de ses défauts fait ici aussi toute sa qualité. C’est paradoxalement une musique qui ne s’écoute pas vraiment sur CD, mais qu’il est justement passionnant d’écouter pour cette raison. Son lien presque organique à l’image doit nous pousser à modifier nos attentes concernant ce qui est et sera (probablement) la musique de cette nouvelle franchise. Pour ceux qui se laisseront tenter et pénétreront sans a priori avec l’émotion du film chevillée au corps, le voyage se fera passionnant.

Adrien Pauchet

Autres BO du compositeur

Vos avis