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Les enfants de la pluie  (2003)

MK2 Music (17 juin 2003) | Original Score [musique originale]



Partition grandiose pour un film d'animation ambitieux, le jazzman Didier Lockwood frappe fort avec une partition orchestrale massive et inspirée bourrée de belles idées. Un coup de maître inattendu.

[© Texte : Cinezik] •

Les enfants de la pluie

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Thème de Béryl (Générique de fin) 4.03*
2-Introduction 1.04
3-Ouverture(Générique de début) 0.47
4-Orfalaise 0.59
5-Djuba et les Klütz 0.49
6-Skän et Béryl 0.58
7-Le retour des chevaliers 1.41
8-L'accueil des chevaliers par Razza 0.54
9-La révolte de Béryl 1.42
10-Le Souk d'Orfalaise 0.29
11-Skän et Djuba en prison 1.01
12-Béryl et Skän en prison 1.31
13-L'arrivée de la pluie 1.21
14-La préparation de la saison
des pluies à Orfalaise 0.54 15-Béryl soigne un prisonnier 0.41 16-L'entraînement des chevaliers (part 1) 1.20
17-Skän découvre la crypte 1.23
18-Le transfert de Béryl 0.38
19-Le sacrifice de Béryl 1.55
20-L'entraînement des chevaliers (part 2) 0.49
21-Le dîner d'adieu 1.21
22-Le discours de Razza 0.55
23-Le départ des chevaliers 1.00
24-La pyramide en ruine 0.27
25-L'attaque des renégats 1.14
26-Sous la lune 0.43
27-Le pompage de l'eau 0.42
28-Arrivée à Amphibiole 0.35
29-La traversée d'Amphibiole 1.22
30-La pose des boules de plasma 1.11
31-L'attaque des Gulines 0.30
32-L'évasion de Skän 0.47
33-La découverte de Kallisto 1.25
34-Skän et Akkar s'affrontent 1.36
35-Skän porte Kallisto 0.33
36-Thème de Kallisto 1.32
37-Thème de Djuba 2.07
38-Le réveil des Hydross 1.23
39-Skän dans la bouche du dragon 0.27
40-Amphibole reprend vie 0.44
41-Skän sous le réflecteur 1.30
42-La fête des Hydross
43-Skän et Kallisto se séparent 1.46
44-Duo 1.27
45-Le récit d'Othar 0.47
46-Skän attaque Orfalaise 0.52
47-La salle du Conseil 1.30
48-Présentation des Hydross aux Pyross 0.40
49-L'ultime affrontement 2.55
50-Final 2.54**

* Soliste: Caroline Casadesus
** Contient un bonus caché

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Autour de cette BO

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Nos articles sur cette BO

Cela faisait déjà depuis plusieurs années que le Didier Lockwood espérait un jour pouvoir collaborer sur un projet de son ami Philippe Leclerc. Lockwood, célèbre violoniste de jazz, n'avait encore pratiquement jamais composé pour le cinéma, en dehors de deux partitions oubliées pour 'Jour après jour' d'Alain Attal (1989) et 'Lune froide' (1991) de Patrick Bouchitey. C'est finalement 'Les enfants de la pluie' qui permet enfin à Didier Lockwood de concrétiser une collaboration tant espérée avec Philippe Leclerc sur ce magnifique film d'animation. Le résultat dépasse toutes nos espérances et s'affirme haut et fort comme l'une des plus belles surprises en matière de musique de film française de ces 5 dernières années. On connaissait le Didier Lockwood pour ses excellents solos de violon jazz (à l'instar de son collègue Stéphane Grappelli), mais on ne connaissait que peu le Lockwood compositeur de musique opératique grandiose et ambitieuse. Effectivement, la partition des 'Enfants de la pluie' est une sorte de grand opéra pour orchestre, choeur, soliste, synthétiseurs et même instruments ethniques, autant d'éléments qui font de cette musique une oeuvre difficilement oubliable. Afin de caractériser les deux peuples des Pyross et des Hydross, Lockwood a décidé d'attribuer à chacun d'entre eux une identité musicale forte. Ainsi, la musique associée aux Pyross se distingue de par son caractère guerrier, son utilisation de cuivres, de percussions et de choeurs d'hommes aux proportions épiques et martiales. Elle évoque bien évidemment l'aspect belliqueux de Razza et de ses troupes. Quant aux Hydross, ces derniers sont représentés par une musique plus fluide, plus axé sur des sonorités plus douces telles que les vents, les cordes, le synthétiseur et les voix féminines (Lockwood compare lui-même cette section des Hydross à la musique impressioniste française de Ravel ou Debussy). Evidemment, les deux illustrations musicales sont totalement antagonistes et évoquent le conflit entre les deux peuples sur un ton aussi manichéen que le film lui-même.

Mais l'aspect le plus intéressant provient des thèmes composés par Lockwood pour les principaux protagonistes du film. Etrangement, ce n'est pas Skän qui possède le thème principal mais sa mère, Béryl. Ce choix s'explique tout simplement par le fait que la révolte chez les Pyross commence avec la mère de Skän, ce dernier ne faisant que reprendre le flambeau. Le thème de Béryl est grandement mémorable, poignant, lyrique et inspiré. Confié à des vents et des cordes quasiment élégiaques qui rappellent George Delerue, ce thème possède un côté dramatique et mélancolique qui annonce un destin funèbre pour Béryl mais aussi l'idée de la lutte désespérée contre la dictature et la folie de Razza. Didier Lockwood avoue avoir une certaine affection pour ce thème, ce qui explique donc qu'il ait choisi de l'utiliser pour le générique de fin, dans une magnifique version opératique avec la soprano lyrique Caroline Casadesus (la fille de célèbre chef-d'orchestre Jean-Claude Casadesus) qui se trouve être la femme de Didier Lockwood. La soliste, accompagnée par des cordes d'un lyrisme poignant, apporte la beauté éthérée de sa voix à la mélodie du thème de Béryl, avant d'être rejointe au final par le choeur, le morceau se rapprochant du lyrisme des grands musiciens d'opéras du 19ème siècle tels que Verdi ou Puccini. Ce 'Thème de Béryl' semble déjà en dire long sur la qualité de la partition des 'Enfants de la pluie', et pourtant, nous ne sommes pas au bout de nos surprises!

'Introduction' accompagne le prologue sur la séparation du monde en deux blocs sur un ton plutôt sombre, utilisant cordes, cuivres, percussions et éléments électroniques dans un style qui annonce la guerre entre les deux peuples. L'ouverture (générique de début) change radicalement de style en imposant un style ethnique plus oriental avec tambourins, tambours et instruments aux sonorités arabisantes, un élément que l'on retrouvera surtout dans les scènes de traversée du désert. C'est finalement 'Orfalaise' qui décrit le caractère guerrier de la musique associée aux Pyross avec percussions martiales, cuivres dissonants et choeur d'hommes dont le chant évoque une sorte d'hymne de guerre assez sombre, comme dans 'Skän et Béryl' où les cors dissonants annoncent le retour des troupes à la citée. On notera ici ces traits de cordes énergiques qui font presque parfois penser à des stéréotypes de musiques d'action hollywoodiennes. 'Le retour des chevaliers' est aussi très représentatif de l'univers guerrier des Pyross avec ce rythme de marche martelé par les timbales et la caisse claire, renforcé par un choeur d'hommes de plus en plus imposant, des cuivres omniprésents et des cordes agitées. 'L'accueil des chevaliers par Razza' prend des proportions épiques dans un style quasi cérémonial lorsque Razza accueille ses troupes et fait son discours belliqueux devant la population entière, le choeur étant ici encore plus présent, dans un style encore plus opératique. On ne pourra qu'apprécier ici l'excellente qualité d'écriture du compositeur, un trait fort du score des 'Enfants de la pluie' qui peut aisément supporter la comparaison avec bon nombre d'oeuvres épiques hollywoodiennes. C'est l'importance accordée ici à la partie vocale qui surprend, car, comme annoncé en introduction, la partition des 'Enfants de la pluie' pourrait presque être considérée comme une sorte d'opéra en 4 actes ('Orfalaise', 'La traversée du désert', 'Amphibole' et 'Retour à Orfalaise/Final').

Lockwood continue de développer cette ambiance guerrière/opératique pour la première partie à Orfalaise, la musique apportant une énergique considérable au film, surtout lorsque interviennent ces choeurs grandioses. Le compositeur n'en oublie pas pour autant la thématique et utilise le magnifique thème de Béryl dans 'Béryl et Skän en prison' lorsque Skän retrouve sa mère emprisonnée. Poignant, le morceau annonce déjà le triste sort et le futur sacrifice de Béryl (on ne pourra d'ailleurs pas passer à côté de l'émouvant 'Le sacrifice de Béryl' où le thème est rejoint ici par un choeur d'homme élégiaque pour la mort de la mère de Skän). Très sombre, cette première partie passe ainsi de moments forts comme 'L'accueil des chevaliers par Razza', des pièces dissonantes et quasiment effrayantes comme 'La révolte de Béryl', des pièces dominées par le choeur d'hommes en unisson comme l'excellent 'La préparation de la saison des pluies à Orfalaise' (le titre résume bien la scène du film) ou le thème vocal/martial des troupes de Razza dans le musclé 'L'entraînement des chevaliers', sans oublier l'impressionnant 'Le discours de Razza' concluant cette première partie à Orfalaise avant le départ de Skän et Akkar pour la citée d'Amphibole.

C'est la traversée du désert qui permet à Lockwood de développer ses touches ethniques annoncées dans l'ouverture avec tambourin, tambours, petites percussions légères et sonorités arabisantes avec choeur et cordes pour 'Le départ des chevaliers' qui conserve le ton sombre de la première partie (idem pour le sombre et martial 'La pyramide en ruine'). Phase de transition vers la longue partie à Amphibole, 'la traversée du désert' vaut surtout pour le côté sombre (l'attaque des renégats permet ainsi à Lockwood de nous offrir un morceau d'action assez énergique) et les quelques touches ethniques de la musique, qui apporte une fois de plus une quantité d'énergie considérable à l'écran, renforçant le côté grandiose du film de Philippe Leclerc. L'arrivée à Amphibole nous permet de retrouver les sonorités arabisantes de l'ouverture, Lockwood conservant un certain sentiment d'appréhension lié à la découverte de la citée des Hydross, avant même que le compositeur n'ait choisi de nous introduire à la musique de ce peuple de l'eau et de la pluie. On notera la très belle utilisation du choeur mixte dans 'La traversée d'Amphibole' qui semble décrire la stupéfaction de Skän lorsqu'il découvre la splendide citée des Hydross. La musique ne cesse de s'assombrir avec la scène où Akkar pose les boules de plasma explosives ou lors de sa confrontation contre Skän. Même la scène où le jeune héros découvre la statue de Kallisto se veut relativement sombre, malgré l'utilisation de quelques brèves touches cristallines rassurantes. C'est alors qu'intervient le non moins magnifique thème de Kallisto, qui peut aisément rivaliser avec la beauté du thème de Béryl. Didier Lockwood associe ainsi au personnage de Kallisto une mélodie rêveuse dominée par les cordes, le choeur et les quelques sonorités électroniques cristallines. Magnifique, le thème de Kallisto ferait presque parfois penser à la veine mélodique d'Ennio Morricone. Le thème fait d'ailleurs office de 'Love Theme' décrivant l'amour entre Skän et Kallisto, tout en soulignant au passage le côté pacifique et serein des Hydross. Lockwood réserve aussi un thème à Djuba, l'une des amies de Skän qui se trouve en bien mauvaise posture sous la dictature de Razza. Moins mémorable, le thème de Djuba est souvent développé sous la forme d'une petite cellule de quelques notes que Lockwood adapte en fonction des circonstances.

C'est avec la scène du réveil des Hydross que le compositeur développe enfin le style plus serein et fluide associé au peuple de l'eau avec choeur féminin, clarinettes et cordes. C'est 'Skän sous le réflecteur' qui attire ici notre attention avec son motif vocal mystérieux et envoûtant entendu dans la scène où Skän est placé sous le réflecteur de pierres de lumière. Finalement, la dernière partie voit le retour des héros à Orfalaise, annoncé par le mélancolique 'Skän et Kallisto se séparent' qui soulignent l'amour impossible des deux êtres au détour d'un superbe rappel du thème de Kallisto interprété par Didier Lockwood lui-même au violon électrique. 'Duo' évoque d'ailleurs les deux amants, séparés l'un de l'autre, alors qu'on les voit à l'écran jouer respectivement d'un instrument de musique, la harpe pour Kallisto et la flûte pour Skän (flûte électronique, ici). C'est avec l'agité 'Le récit d'Othar' que le compositeur évoque la dictature de Razza, débouchant sur quelques passages d'action comme 'Skän attaque Orfalaise' ou 'La salle du Conseil' et ses choeurs d'hommes guerriers et épiques (si l'on tend correctement l'oreil, on pourra très nettement entendre le nom 'Razza' prononcé par les voix d'hommes). 'L'ultime affrontement' accompagne la confrontation finale entre Skän et Razza. Plutôt que de sombrer dans la cacophonie de certaines musiques d'action massives hollywoodiennes, Lockwood a préféré privilégier ici une certaine retenue minimaliste à partir de traits de cordes virtuoses qui évoquent l'affrontement mouvementé. Cette superbe partition symphonique/chorale se conclut sur l'incontournable 'Final', pièce grandiose dans laquelle Didier Lockwood réutilise le mystérieux motif vocal de 'Skän sous le réflecteur' pour la réunification des Hydross et des Pyross et la victoire finale de la paix et la liberté. Grandiose, ce 'Final' a des allures de célébration et débouche sur une coda orchestrale/chorale triomphante et émouvante, avec une reprise grandiose du thème de Kallisto en guise de conclusion à cette grande oeuvre musicale (à noter qu'il y a un passage bonus 'caché' à la fin de la piste 50, passé les 3 minutes 30 - bien que le track list indique 2:54 pour la piste 50, cette dernière dure en réalité un peu plus de 5 minutes).

Pour conclure cette revue, il serait bon d'évoquer les paroles du compositeur au sujet de son expérience sur l'excellent film d'animation de Philippe Leclerc, des paroles qui en disent long sur la qualité et la démarche de Didier Lockwood sur ce film : "Avec les enfants de la pluie, j'ai eu le sentiment grisant d'entrer dans la peau des compositeurs du siècle dernier, à l'époque où l'image n'existait pas encore. J'ai compris qu'ils devaient 'donner de l'image', ce qui fait que leur musique était très descriptive et que tous leurs mouvements musicaux, leurs harmonies, leurs orchestrations étaient basées sur un contexte onirique. Pour moi, la musique de film représente aujourd'hui l'espace musical le plus créatif. C'est le véritable patrimoine de la musique classique de demain car les compositeurs de talent y inscrivent des oeuvres durables, qui traverseront certainement plus facilement le temps que ce que l'on entend de nos jours dans la musique contemporaine...". Voilà donc des paroles qui méritent d'être méditées et qui en disent long sur l'avenir de la musique de film, si de grands artistes comme Didier Lockwood continuent d'apporter leur contribution à l'univers incomparable de la musique de film. Au final, 'Les enfants de la pluie' reste un petit trésor de richesse et d'envoûtement, une sorte d'opéra classico-moderne à découvrir absolument, les chef-d'oeuvres étant devenus très rares de nos jours !

 

Quentin Billard

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