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L'Exorcisme d'Emily Rose  (2005)

Exorcism Of Emily Rose

Lakeshore Records (4 octobre 2005) - 0:56:19 | Original Score [musique originale]


 

La musique de Christopher Young est semblable à la mise en scène du film: radicale, sans détour, sinistre, oppressante, impressionnante, etc. Dans la continuité de sa précédente partition horrifique pour The Grudge de Takashi Shimizu, Christopher Young nous livre une nouvelle composition horrifique particulièrement sombre et terrifiante.



[© Texte : Cinezik] •
L'Exorcisme d'Emily Rose

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Prologue (2:01)
2. Emily Rose (3:48)
3. The Suffering Begins (4:52)
4. Interlude #1 (2:14)
5. First Possession (5:27)
6. Second Possession (6:55)
7. Third Possession (7:22)
8. Interlude #2 (2:32)
9. The Exorcism (5:59)
10. Six Demons (3:36)
11. Interlude #3 (3:51)
12. A Vision of the Virgin Mary (3:31)
13. Martyrdom (5:36)
14. For Anneliese Michel (5:30)

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Une partition qui renoue aussi avec le langage avant-gardiste et atonal de Penderecki, une des influences majeures de Chris Young sur The Exorcism of Emily Rose, influence que l’on ressentait déjà dans The Grudge. Le score délaisse tout aspect mélodique malgré l’inclusion d’un petit motif principal de 3 notes de piano qui évoque la terrible histoire d’Emily Rose. La présence de la voix de la soliste Sara Niemietz achève de rendre le tout sombrement envoûtant, la voix étant associée ici au souvenir de la jeune adolescente et à ses tourments intérieurs, comme si la voix semblait flotter dans les airs, surgissant de l’au-delà. ‘Emily Rose’ prolonge cette atmosphère pesante et macabre dans laquelle Young utilise un bourdon sur fond d’effets et de couleurs sonores diverses, incluant des notes aiguës et furtives du piano, des effets d’harmonique de cordes, et toujours cette voix éthérée empreinte d’un mystère angoissant. A l’écran, le résultat est saisissant, Young parvenant à capter à travers sa musique toute l’intensité du récit et des différentes situations du film. La tension monte alors d’un cran dans ‘The Suffering Begins’ alors que la jeune adolescente commence à souffrir de terribles hallucinations. L’orchestre, uniquement constitué de cordes, piano et percussions (en plus de synthétiseurs et de la voix féminine), se veut ici plus sombre, plus tendu, instaurant un suspense toujours aussi viscéral à l’écran, dans la lignée des précédentes partitions thriller/horreur du compositeur. Avec ‘Interlude #1’, on se retrouve plongé dans une atmosphère plus abstraite et vaporeuse, avec ses notes tenues d’orgue dissonant, sa voix fantomatique et ses notes de piano furtives. Young nous plonge ici dans un autre univers, aux frontières du royaume des morts, avec ses sonorités froides qui suggèrent une certaine inhumanité, une atmosphère hors du monde terrestre.

Les trois scènes de possession (pistes 5, 6 et 7) nous permettent enfin d’entendre des déchaînements orchestraux de terreur pure, avec son lot de clusters de cordes, des dissonances massives, d’effets divers sur les cordes des violons, etc. La brutalité et l’atmosphère macabre et atonale de cette musique renvoie aux terribles tourments dont est victime Emily Rose lors de ses violentes crises de possession. Impossible à l’écoute de ces trois morceaux de ne pas ressentir toute la brutalité et la terreur qu’inspirent ces violentes crises. A noter que les synthétiseurs sont aussi de la partie, colorant la musique avec quelques sonorités inquiétantes bien souvent glaciales et inhumaines, dans un style décidément très proche de The Grudge (qui utilisait lui aussi une formation instrumentale tout à fait similaire). ‘Interlude #2’ s’avère être à ce sujet particulièrement impressionnant, une ambiance totalement abstraite toute en retenue et pourtant terriblement angoissante, avec ses sonorités électroniques stridentes, glaciales et planantes et ses voix féminines dissonantes fantomatiques, pour une musique qui semble surgir de l’au-delà, du royaume des morts, des démons, sans oublier le terrifiant ‘The Exorcism’, véritable point culminant de la partition de Chris Young où le compositeur laisse se déchaîner son savoir-faire et exprime avec férocité tout son amour pour la musique atonale avant-gardiste du 20ème siècle, tout en offrant à cette scène-clé du film une véritable atmosphère de terreur pure et radicale, sans compromis, renouant avec le style des grandes pages de Krzysztof Penderecki telles que le Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima ou Polymorphia. ‘Six Demons’, ‘Interlude #3’ et ‘A Vision of the Virgin Mary’ prolongeant cette atmosphère de peur et de suspense jusqu’au bout du film, aboutissant à un ‘Martyrdom’ plus apaisé où apparaît pour la première fois de la tonalité qui vient rompre avec le style atonal du reste du score en guise de repos trouvé, mettant fin au cauchemar, avant d’enchaîner sur la conclusion ‘For Anneliese Michel’ qui reprend le thème principal durant le générique de fin du film (à noter que le morceau est dédié à la jeune adolescente allemande dont l’histoire a inspirée ce film).

Avec The Exorcism of Emily Rose, Christopher Young confirme une fois de plus qu’il est décidément l’un des grands musiciens du Hollywood d’aujourd’hui, un compositeur au style personnel qui ne déçoit que très rarement, toujours aussi inspiré lorsqu’il s’agit de mettre en musique des films et des histoires évoquant la noirceur de l’âme humaine et la terreur qu’elle peut inspirer dans ses plus sinistres côtés. En tant que grand professionnel qu’il est, Young nous offre une nouvelle BO d’épouvante purement et simplement remarquable, adoptant un style atonal/avant-gardiste d’une noirceur extrême, bien loin de ce que l’on peut entendre aujourd’hui chez Marco Beltrami ou Brian Tyler par exemple. Young possède son propre style et nous offre une partition où l’abstraction de la terreur côtoie un univers sonore d’une rudesse parfois extrême, rendant le score très difficile d’accès pour les non-initiés. La noirceur et l’intensité qui se dégagent de la partition de The Exorcism of Emily Rose dans le film de Scott Derrickson en font une nouvelle oeuvre maîtresse du compositeur, qui se trouve ici au sommet de sa forme!

Quentin Billard

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