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Incontrôlable  (2006)

Cinéfonia Records (2006) - 0:67:29 | Original Score [musique originale]


 

Une partition réussie, bien que sans grande surprise, très inspirée des musiques de comédie/films épiques hollywoodiens. La musique de Raffy Shart reste relativement cohérente de bout en bout. On sent à quel point le compositeur s'est fait plaisir sur la musique de son propre film, concrétisant son rêve d'écrire une grande musique de film symphonique à l'américaine.



[© Texte : Cinezik] •
Incontrôlable

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Ouverture 1.53
2-Lubitsch 1.25
3-Georges 0.54
4-Chuck et Christie 1.51
5-Electrocution 2.05
6-Le Rêve 1.23
7-Poor Georges 0.56
8-Crazy Dinner 0.44
9-Agent Francky 1.00
10-Enterrement 1.29
11-Lovers 1.40
12-Palace Lubitsch 2.38
13-Marion in Love 1.14
14-Big Band 1.20
15-Valse 2.23
16-Sad Georges 1.52
17-Suicide 1.15
18-Marion 0.47
19-Georges 0.54
20-Maquette: Love Theme 2.42
21-Maquette: Thème Principal 3.00
22-Maquette: Thème de Marion 1.34
23-Maquette: Ouverture Un 3.29
24-Maquette: Ouverture Deux 3.26
25-Suite Incontrolable 19.28

Bonus:

26-Salsa 3.20 *
27-Rex Dance 3.24 **

* Paroles et musique de Raffy Shart. Arrangements et réalisation de Ardag et Marlon B.
** Interprété par Michaël Youn. Paroles de Raffy Shart. Musique de Raffy Shart et Essaï. Arrangements et réalisation de Essaï.

Autour de cette BO

ERRATUM : j'ai commis une erreur en rédigeant la toute première fois la critique de Incontrolable. J'avais effectivement affirmé que Raffy Shart n'était pas le véritable auteur de la partition d'Incontrolable mais qu'il avait tout fait faire par ses orchestrateurs/arrangeurs. Mes affirmations reposaient hélas sur des informations erronées que je n'avais pas réussi à authentifier. Mr. Shart lui même est finalement intervenu pour pouvoir rectifier cette erreur et après l'avoir rencontré personnellement chez lui, je suis aujourd'hui en mesure de rétablir la vérité au sujet de la musique d'Incontrolable : Raffy Shart est bien le compositeur de la musique de ce film. Il a écrit toute la musique en amont de la production et a entamé un difficile bras de fer avec la production pour pouvoir imposer sa vision symphonique de la musique de son film. Ses orchestrateurs/arrangeurs ne sont finalement arrivés qu'au moment de la production du film, soit un an après que Mr. Shart ait écrit tous les thèmes et principaux morceaux de sa partition.

Quentin Billard

Nos articles sur cette BO

Le réalisateur/compositeur Raffy Shart évoque dans le livret de l'album sa passion pour la musique de film, Incontrôlable ayant représenté pour lui une formidable opportunité de concrétiser l'un de ses plus grands rêves : écrire une grande musique de film symphonique pour un grand orchestre (le ‘City of Prague Philharmonic Orchestra & Chorus' SVP!). Raffy Shart et son orchestrateur Bruno Bertoli ont donc mis les moyens nécessaires pour construire cette partition comédie/aventure qui rend un bien bel hommage à la musique de film américaine, que ce soit dès ‘L'Ouverture' majestueuse à grand renfort de percussions, orchestre et choeurs (qui apportent une dimension un peu fantastique/épique à la musique, bien que cette dimension n'ait finalement pas beaucoup d'impact sur les images du film, curieusement – probablement du à une mise en scène tellement médiocre qu'elle ne parvient même pas à stimuler le moindre sentiment d'aventure ou d'excitation). Le morceau développe un joli thème intime aux cordes et vents qui deviendra par la suite le thème de Georges. Shart dévoile d'ailleurs ce thème nostalgique, doux et un brin rêveur dans ‘Georges' où la mélodie est confiée aux cordes avec harpe, piano et vents dans un style mélodique qui rappelle énormément ici bon nombre de thèmes de comédie d'Alan Silvestri ou de John Debney. Le compositeur s'autorise même quelques incursions dans le jazz avec le slow langoureux et rétro de ‘Lubitsch' ou la petite ballade de ‘Chuck et Christie' avec une guitare jazzy sympathique et sans prétention.

 

Raffy Shart déploie enfin la grosse artillerie lourde dans ‘Electrocution' durant la scène où Georges, révolté par un destin qui semble s'acharner sur lui, s'électrocute dans la rue avec des lampions. ‘Electrocution' utilise ici l'orchestre avec un chœur massif qui apporte une dimension fantastique à cette séquence. A noter que les choristes chantent ici en latin, apportant une touche épique tendance heroic-fantasy. Les orchestrations sont très soignées et l'écriture chorale est très intéressante, instaurant un contrepoint aisé entre les voix d'hommes et de femmes. Evidemment, le compositeur n'oublie pas pour autant la dimension humoristique du film avec une reprise d'un célèbre air populaire italien à grand renfort de mandolines et d'orchestre dans ‘Le Rêve' pour une scène où Georges rêve et s'imagine qu'il est entouré de nombreuses femmes qui sont à ses pieds. La partie comédie intime à la Silvestri/Debney revient dans le très doux ‘Poor Georges' qui renforce le côté naïf et looser du personnage de Michaël Youn, tandis que ‘Crazy Dinner' évoque au contraire l'autre personnalité du héros manipulé par son corps baptisé ‘Rex'. Dans ‘Agent Francky', le compositeur utilise percussions martiales et cuivres durant la scène où Georges avale une centaine de médicaments dans l'espoir de se suicider, mais échoue et devient finalement encore plus déjanté qu'avant. La musique évoque parfaitement ici la double personnalité de Georges, en alternant entre passages intimes et doux pour le looser et morceaux d'action tonitruants et énergiques pour les scènes avec Rex. A noter un morceau léger et sautillant dans l'insouciant ‘Lovers' qui évoque les sentiments de Georges pour Marion, à nouveau dans un style comédie à l'hollywoodienne qui rappelle ici John Debney.

A l'instar du personnage principal, la musique de Raffy Shart s'amuse à jouer sur des contrastes incessants et des changements d'ambiance systématiques. Ainsi, après la douceur et l'insouciance de ‘Lovers', place à la mélancolie et l'amertume dans ‘Marion in Love' où règne une certaine gravité complimentée par un chœur féminin lointain envoûtant (toujours ce côté un peu fantastique dans la musique de Incontrôlable), sans oublier un bref passage jazzy rétro dans ‘Big Band' ou la ‘Valse' durant la scène du bal où Georges humilie le père de Marion devant toute l'assemblée, valse belle et rafraîchissante écrite dans le style des grandes valses viennoises de Johann Strauss. On retrouve par la suite le thème de Georges dans ‘Sad Georges' lorsque le héros, maltraité par son corps, touche le fond et n'a plus goût à la vie. Raffy Shart met l'accent ici sur des instruments telles que la flûte, le violon ou le piano avec un accompagnement orchestral de qualité (à noter ici l'utilisation des tremolos aux cordes qui apportent une certaine densité sonore au morceau) pour l'un des plus beaux morceaux du score de Incontrôlable . Cette scène débouche sans surprise sur le ‘Suicide' de Georges qui reprend l'ambiance de ‘Electrocution' pour le suicide raté du héros, à grand renfort d'orchestre tonitruant et de chœurs massifs en latin et d'orchestre (on se croirait ici en plein The Omen de Jerry Goldsmith!). A noter que la partie finale du morceau reprend la fin de ‘Agent Francky'. ‘Marion' ramène le calme avec un passage plus doux avec un choeur féminin angélique évoquant ici l'amour de Georges pour Marion, débouchant sur une dernière reprise du thème de Georges en guise de coda de la partition. A noter que l'album contient en bonus les maquettes d'origine composées par Raffy Shart et qui permettent de mieux comprendre l'évolution de la partition (à noter par exemple que le ‘Thème Principal' et le ‘Thème de Marion' n'ont pas été utilisés dans le film, comme bon nombre de morceaux présents sur l'album!). A noter que la maquette pour ‘Ouverture Deux' (non utilisé dans le film) sonne très Danny Elfman par moment, une autre influence flagrante du compositeur ici. Pour finir, on pourra apprécier une sympathique suite de 19 minutes récapitulant l'essentiel de la partition de Incontrôlable et deux autres morceaux bonus, une salsa entendue dans le film et la chanson ‘Rex Dance' que Michaël Youn interprète lui-même dans le film dans une brève chorégraphie musicale qui n'est pas sans rappeler certains passages du film La Beuze .

Au final, voilà une partition tout à fait réussie bien que sans grande surprise, très inspirée des musiques de comédie/films épiques hollywoodiens. La musique de Raffy Shart reste relativement cohérente de bout en bout malgré la sensation de collage qui se dégage de certains passages (les morceaux sont souvent très courts et changent rapidement de style, ce qui ne permet pas toujours un certain développement). Malgré cela, on sent à quel point le compositeur s'est fait plaisir sur la musique de son propre film, concrétisant son rêve d'écrire une grande musique de film symphonique à l'américaine. Dommage que l'ensemble manque un peu d'imagination et de personnalité, mais pour une comédie aussi potache et vulgaire, cela reste malgré tout un très bel effort, à savourer sur la très généreuse édition CD publiée par Cinéfonia.

Quentin Billard

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