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Jin-Roh, la brigade des loups  (1999)

Jin-Roh

JVC-Victor (1998) | Import



La partition de Hajime Mizoguchi est sans aucun doute l'un des éléments forts de 'Jin-Rô'. Il se dégage de cette partition un lyrisme sombre et poignant. Confié à un orchestre symphonique avec de temps en temps du synthé et une guitare acoustique, le score de 'Jin-Rô' s'articule essentiellement autour de cette ambiance lyrique/mélancolique qui hante toute la partition tout au long du film...

[© Texte : Cinezik] •

Jin-Roh,  la brigade des loups

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-A Monologue 2.50
2-Jin-Roh Main Theme
(Opening Version) 2.37
3-Dark Star 2.06
4-Sting 0.37
5-Mad Black 0.49
6-Damp 0.19
7-Gray Black 0.38
8-Blue Clouds 3.10
9-Silence & Wind 1.19
10-Fragrance Rain 1.09
11-Latest Flame 3.01
12-Curse 2.50
13-Pride 2.53
14-Unit One 1.57
15-Long Destiny 0.58
16-The Force 3.41
17-Keel 3.12
18-Angel 1.34
19-Shadows of Rainbow 1.36
20-Seal 2.41
21-The Top 4.37
22-Grace (Jin Roh - Main Theme) 7.18*

*Interprété par Gabriela Robin
Composé par Hajime Mizoguchi

 

Nos articles sur cette BO

La partie orchestrale est confiée au Czech Philharmonic Orchestra de Prague, l'orchestre fétiche de Mizoguchi, qui se trouve être aussi violoncelliste. Ainsi, l'ouverture du film se fait sur un 'A Monologue' bien sombre, sorte d'élégie plaintive pour cordes que l'on entend lors du monologue introductif qui sert à planter les décors et le contexte de l'histoire. On n'est guère loin par moment du célèbre 'Adagio' pour cordes de Samuel Barber. Avec ce sombre 'A Monologue', Mizoguchi annonce d'emblée de jeu tout l'univers dramatique et sombre du chef-d'oeuvre d'Okiura, avec une pointe de lyrisme à la Gustav Mahler saisissante pour une introduction de ce genre. Le générique de début contraste brutalement avec cette introduction en dévoilant le 'Jin-Rô Main Theme' sous la forme d'une pièce pour synthé sur fond de rythmiques modernes électro avec guitare électrique, guitare basse et voix samplées. Ce choix radical de passer de l'orchestre lyrique à la Mahler à une pièce 100% électronique moderne peut paraître surprenant, mais il contribue néanmoins à apporter un relief considérable à cette excellente partition. Avec l'introduction se déroulant dans les rues de la ville, le 'Jin Roh Main Theme' évoque au passage un univers musical électronique urbain certes anachronique pour l'époque à laquelle se déroule le film mais qui a au moins le mérite de surprendre alors que l'introduction laisser présager autre chose.

Finalement, 'Dark Star' nous permet de revenir à l'orchestral lorsque Fuse est jugé pour la faute qu'il a commise au cours de son opération dans le souterrain. Les cordes résonnent ici de manière plus sombre, quasi désolée. Il ne fait aucun doute que le compositeur a cherché à retranscrire tout le climat dramatique et tragique du film à travers sa musique inspirée, tout comme il a aussi magnifiquement illustrée les tourments qui hantent l'esprit de Kazuki Fuse. Toujours aussi sombre, 'Mad Black' renforce ce climat de désolation avec des cordes toujours aussi sombres qui semblent indique qu'aucun espoir n'est permit. La première touche d'espoir et de paix est suggérée par le joli 'Blue Clouds' avec son apaisante partie de guitare sèche sur fond de cordes (on appréciera au passage les grandes qualités d'écriture du compositeur qui maîtrise parfaitement son écriture pour cordes avec un lyrisme étonnant), évoquant Fuse lorsque ce dernier décide de se balader pour chercher la paix. A noter que la partie de piano est interprétée par la grande Yoko Kanno, compositrice nippone plus connue pour sa musique d'animes tels que 'Escaflowne' ou 'Cowboy Bebop', mais qui se trouve être avant tout l'épouse d'Hajime Mizoguchi. 'Blue Clouds' est ainsi très représentatif de ce lyrisme émouvant qui se dégage de la partition de 'Jin-Rô', mais un lyrisme très soutenu et quasi-européen d'esprit - on pense très souvent à du Georges Delerue.

L'influence de Georges Delerue ainsi évidente dans 'Silence of Mind', les cordes apportant leur lot d'intimité et d'émotion à l'une des premières scènes entre Fuse et la jeune Kei. Le magnifique thème principal du score nous est enfin dévoilé dans 'Fragrance Rain', illustrant l'amour impossible entre Fuse et Kei. Le thème s'avère être à la fois mélancolique et méditatif, avec une très belle écriture alliant le thème à la guitare, les cordes et le piano. C'est le classicisme d'écriture de la partie de cordes qui surprend et qui nous ferait presque croire que cette partition a été écrite par un musicien européen. Le thème principal reste sans aucun doute l'atout majeur du score, et son apparition dans le film au cours d'une scène entre les deux protagonistes principaux sous la pluie nous rappelle avec subtilité qu'un destin cruel les attend. L'influence de Delerue est encore perceptible dans 'Latest Flame' et ses cordes poignantes avec piano, rappelant une fois encore la relation idéale mais tourmentée entre Fuse et Kei. Comment ne pas ressentir la tristesse poignante qui se dégage de la première partie de 'Curse' qui annonce une fois encore une conclusion bien tragique? A noter que la seconde partie fait intervenir les cuivres au cours d'une montée plus dramatique dans le film. Toujours dans cette optique de douceur et de tristesse, le thème principal est repris dans l'excellent 'Pride' qui semble vouloir une fois de plus signifier un amour impossible entre le loup et le chaperon rouge, un amour contrarié par la nature de l'un et de l'autre. Les cordes s'ajoutent au piano et viennent transformer l'ensemble en une véritable élégie poignante pour un amour impossible et blessé. Voici sans aucun doute l'un des plus beaux morceaux de tout le score de 'Jin-Rô'!

Plus sombre et plus électronique, 'The Force' évoque Fuse et les membres de la Brigade des loups en faisant réintervenir les rythmiques modernes et la guitare électrique du 'Main Title' lorsque Fuse et Kei descendent dans les égouts, poursuivis par les conspirateurs. Finalement, ce sont les percussions qui prennent ici le dessus sans pour autant sombrer dans la cacophonie. Effectivement, la musique demeure toujours assez retenue et mesurée, même dans les moments plus tendus du film comme c'est le cas pour cette séquence dans les égoûts, qui apporte à son tour un peu de relief au film et empêche le score de sombrer dans la monotonie. Mizoguchi nous réserve d'ailleurs une pièce avec une rythmique jazzy discrète dans 'Keel' et sa guitare intimiste sur fond de cordes et de guitare basse. La fusillade finale dans les égouts est soulignée dans 'The Top' sans pour autant décrire musicalement la violence de la séquence. Mizoguchi introduit sa pièce sur fond de violoncelles/contrebasses à l'unisson avant que les cordes viennent apaiser l'ambiance générale de la pièce. Plutôt que d'avoir recours à un traditionnel morceau d'action orchestral à l'Hollywoodienne, Mizoguchi a préféré jouer sur un certain décalage sans pour autant effacer sa musique de l'image, qui conserve une touche dramatique toujours aussi importante à l'écran (à noter ici l'utilisation des cuivres et des vents) et qui semble vouloir nous amener progressivement à un final tragique au cours d'un crescendo dramatique saisissant où finissent par dominer des cuivres sombres, et ce avant que l'orchestre finisse par s'apaiser avec les cordes, une harpe et des vents. La magnifique chanson du générique de fin, 'Grace', interprétée par Yoko Kanno sous le pseudonyme de Gabriela Robin, reprend le thème principal dans une version absolument vocale avec cordes absolument saisissante. Après un final aussi tragique, vous ne pourrez pas rester insensible à la beauté éthérée de cette magnifique chanson finale, ultime touche d'émotion pour un film finalement très dur.

Vous l'aurez donc compris, la partition d'Hajime Mizoguchi pour 'Jin-Rô' est aussi indispensable que le film lui-même. La musique apporte une touche d'émotion considérable au film, avec ce lyrisme européen et ces cordes plaintives à la Georges Delerue. Mizoguchi est violoncelliste et il nous donne à entendre quelques belles parties de son instrument, accompagné par son orchestre traditionnel de Prague. Son style orchestral est un savant mélange entre classicisme Mahlerien et modernisme, deux termes qui pourraient très bien servir à résumer l'esprit du Japon d'une manière générale. Comme le film de Hiroyuki Okiura, on ne peut rester insensible à une partition d'une telle beauté, et pour un film de cette qualité, on ne pouvait rêver de meilleure musique. Bilan plus que positif donc pour un score de manga que vous devez posséder et découvrir absolument! Un petit bijou en somme.

Quentin Billard

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