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John Carter  (2012)

EMI / Walt Disney Records (5 mars 2012) - 1:14:15 | Original Score [musique originale]


Le compositeur Michael Giacchino (UP, RATATOUILLE) et le réalisateur Andrew Stanton (qui a auparavant fait appel à Thomas Newman pour FINDING NEMO, WALL-E) travaillent pour la première fois ensemble, bien que les deux retrouvent Pixar pour le premier film live du studio.

[© Texte : Cinezik]
John Carter

Tracklist

1. A Thern For The Worse (07:39)

2. Get Carter (04:25)

3. Gravity Of The Situation (01:20)

4. Thark Side Of Barsoom (02:56)

5. Sab Than Pursues The Princess (05:34)

6. The Temple Of Issus (03:25)

7. Zodanga Happened (04:02)

8. The Blue Light Special (04:13)

9. Carter They Come & Carter They Fall (03:55)

10. A Change Of Heart (03:06)

11. A Thern Warning (04:04)

12. The Second Biggest Apes I've Seen This Month (02:36)

13. The Right Of Challenge (02:23)

14. The Prize Is Barsoom (04:29)

15. The Fight For Helium (04:34)

16. Not Quite Finished (02:07)

17. Thernabout (01:19)

18. Ten Bitter Years (03:13)

19. John Carter Of Mars (08:55)

Autour de cette BO


Nos articles sur cette BO

Si le film n'a guère été épargné par les critiques, qui fustigent régulièrement son manque d'originalité et son scénario cousu de fil blanc, il n'en est pas de même pour l'excellente partition symphonique de Michael Giacchino, considérée quasi unanimement comme l'une des meilleures oeuvres du compositeur et aussi la partition de la maturité pour le musicien américain. Ecrire la musique d'une grande épopée d'heroic-fantasy rétro avec son lot de héros, de guerriers extra-terrestres et de princesses à sauver est un projet de rêve pour tout compositeur de musique de film qui se respecte.

A la première écoute de la partition de « John Carter » dans le film, on est frappé par l'ampleur du travail de Giacchino, la qualité des thèmes et le ton aventureux et épique voulu par le compositeur, entièrement porté par un puissant souffle symphonique comme on en avait plus entendu depuis des décennies à Hollywood. Evidemment, on pense à John Williams mais aussi Maurice Jarre, influence inattendue mais justifiée sur « John Carter », puisque les temp-tracks d'origine du film incluaient ainsi de la musique de « Lawrence of Arabia », chef-d'oeuvre intemporel de David Lean qui entretient d'ailleurs des liens plus qu'évidents avec le film d'Andrew Stanton (un aventurier perdu en plein désert, qui s'associe avec un peuple autochtone pour défendre leur cause, scénario qui rappelle d'ailleurs aussi le « Dance with Wolves » de Kevin Costner). Autre lien apparent ici avec Maurice Jarre : la présence d'Emil Richards aux percussions, qui travailla à de nombreuses reprises avec le compositeur français par le passé. Arborant un style symphonique riche et épique, Michael Giacchino élabore ainsi une longue et puissante partition orchestrale construite autour d'une pléiade de thèmes bien présents et aisément reconnaissables, à commencer par l'excellent thème principal associé à John Carter, thème héroïque emprunt d'une certaine noblesse et d'une grande vaillance, évoquant le combat pour la cause de Barsoom et du peuple d'Hélium. Autre thème majeur, le thème pour la princesse Dejah Thoris, thème lyrique et délicat qui évoque aussi bien la princesse et sa relation avec John Carter que la cause et les valeurs qu'elle défend avec acharnement tout au long du film (le Love Theme de Dejah et Carter possède d'ailleurs quelques similitudes avec un autre thème entendu dans le score de Giacchino pour la série TV « Lost »).

Si le « John Carter Theme » et le « Dejah's Theme » sont les principaux axes thématiques de la partition de « John Carter », le reste de la partition n'est pas en reste et contient aussi quelques éléments thématiques secondaires remarquables, avec en particulier un thème mystérieux et religieux pour les Therns, introduit au début du film dans « A Thern For The Worse » et repris à plusieurs reprises durant le récit (on retrouve le dit thème dans « Sab Than Pursues The Princess », « The Blue Light Special » et « A Thern Warning »). Le thème des Therns - entendu pour la première fois à 3:06 dans « A Thern For The Worse » - se distingue d'ailleurs par son utilisation de choeurs féminins et évoque aussi bien les mystérieux pouvoirs des Therns et la connexion énigmatique qui relie la Terre à Barsoom. On notera d'ailleurs ce recours fréquent aux vocalises féminines pour évoquer les pouvoirs des Therns et du Neuvième rayon. Autre motif présent dans l'oeuvre de Giacchino, celui du maléfique Sab Than, motif de méchant assez ordinaire et prévisible, introduit dès 2:06 dans « A Thern For The Worse » et repris par des cuivres amples à 1:31 dans « Sab Than Pursues The Princess ». Enfin, les Tharks ont droit à leur propre motif, thème héroïque de cuivres ascendant entendu à partir de 4 :40 dans « Sab Than Pursues The Princess » et qui rappelle assez curieusement le thème principal du récent « The Adventures of Tintin » de John Williams - score que Giacchino a avoué apprécier particulièrement lors d'une récente interview - Il ne fait nul doute que le « Thark's Theme » est un hommage plus qu'évident à Williams, principale source d'inspiration de Michael Giacchino sur « John Carter » en plus de Maurice Jarre. Le score regorge de longs morceaux d'action épiques et guerriers d'une puissance redoutable, notamment dans le jeu des percussions, mélangeant instruments métalliques (enclumes), percussions exotiques/orientales pour les décors désertiques de Barsoom, timbales, grosse caisse, cymbales, etc. Ces percussions sont particulièrement présentes dans un morceau comme « The Second Biggest Apes I've Seen This Month », déchaînement orchestral robuste et surpuissant accompagnant avec une férocité accrue le combat de Carter et Tad Thark contre les créatures géantes dans l'arène. On notera ici l'importance du pupitre des cuivres, qui s'avèrent être très nombreux et particulièrement imposants (l'orchestre employé par Giacchino dépasse allègrement les 100 musiciens !). A vrai dire, ce sont ces morceaux d'action surpuissants qui attireront particulièrement notre attention tout au long du score, comme le rappelle les déchaînements symphoniques guerriers de « Sab Than Pursues The Princess », « Carter They Come, Carter They Fall » ou « The Fight For Helium ». Mais il serait injuste de réduire « John Carter » à ses morceaux d'action tant la partition regorge d'une multitude de détails tout aussi intéressants et plus engageants que de simples musiques d'action fonctionnelles : la construction et le développement progressif des thèmes dans « A Thern For The Worse » est un de ces éléments positifs et enthousiasmants dans la partition de Giacchino, qu'il s'agisse du thème des Therns ou de celui de John Carter, qui apparaît mystérieusement au début du film (aux cordes), avant de prendre une tournure plus aventureuse dans « Get Carter » pour la scène de poursuite à cheval durant la guerre de sécession, séquence western au cours de laquelle le compositeur s'en donne réellement à coeur joie lors d'une envolée majestueuse et très old school du dit thème, qui finira par resté gravé longtemps dans l'esprit du public, même après une première écoute. Giacchino s'amuse même à en faire une valse légère et amusante dans « Gravity of the Situation » où le thème est confié à un violon sur fond de pizzicati sautillants. Evidemment, on ne peut s'empêcher de noter les harmonies vaguement orientales du « John Carter's Theme », qui rappellent l'univers du désert de Barsoom et établit là aussi un lien évident avec le « Lawrence of Arabia » de Maurice Jarre ou même le « Stargate » de David Arnold. A ce sujet, la découverte du désert des Tharks permet à Giacchino de nous offrir une magnifique envolée orchestrale dominée par les percussions orientales et les choeurs épiques dans « Thark Side of Barsoom », qui introduit aussi le très beau thème lyrique de Dejah - à noter aussi l'utilisation ponctuelle du traditionnel duduk arménien. Quand au thème de John Carter, Giacchino nous propose quelques magnifiques envolées héroïques et épiques du dit thème à 2:29 dans « Sab Than Pursues The Princess », « The Right of Challenge » ou dans « The Fight For Helium », qui développe conjointement les thèmes héroïques de Carter et des Tharks.

L'émotion n'est bien sûr pas en reste dans « John Carter », un autre élément caractéristique du travail de Giacchino sur ce film, comme le rappelle la délicatesse du thème de Dejah dans « A Change of Heart » ou lors de la partie centrale poignante de « Carter They Come, Carter They Fall » durant la séquence où Carter se retrouve submergé par une attaque ennemie. On n'oubliera pas non plus de mentionner l'apport des choeurs contemplatifs dans « The Temple of Issus » ou l'utilisation du violon soliste dans « The Prize is Barsoom », qui possède un impact dramatique/émotionnel évident à l'écran lors de la partie finale du récit. Le morceau est entièrement porté par un motif final de bataille introduit par les voix puis repris par le violon et l'orchestre, thème final poignant qui structure l'intégralité du morceau qui reprend une construction similaire à celle de « Battle of Monte Cassino » tiré de la bande originale du jeu vidéo « Medal of Honor : Underground » de Michael Giacchino. « The Prize is Barsoom » fait d'ailleurs partie de ces morceaux incontournables de la partition de « John Carter », une musique de qualité d'une émotion indéniable et une belle démonstration du talent de Giacchino, de plus en plus à l'aise dans le registre de l'émotion et des thèmes dramatiques et poignants. « Ten Bitter Years » conclut l'aventure avec un sentiment d'urgence dans le jeu des cordes et des choeurs féminins, reprenant une dernière fois le thème des Therns, qui nous fait clairement comprendre que l'aventure ne fait que commencer. Enfin, impossible de passer à côté du fabuleux « John Carter », magnifique suite symphonique de plus de 8 minutes récapitulant l'essentiel des principaux thèmes de la partition de Michael Giacchino lors du générique de fin du film. Le compositeur américain livre donc une partition d'une très grande qualité pour « John Carter », dont on regrettera parfois le côté un peu simple ou prévisible des thèmes ou le manque d'originalité de l'approche du compositeur sur ce film. Malgré cela, on adhère immédiatement à l'oeuvre de Giacchino, totalement emportés par le souffle épique de l'aventure, la grandeur des thèmes, la richesse des orchestrations ou de l'écriture, et bien sûr, l'impact émotionnel/épique de la musique à l'écran. Le score s'écoute d'ailleurs aussi bien sur le film que sur l'album, où l'expérience se révèle tout aussi captivante voire davantage passionnante qu'à l'écran, où la musique est omniprésente mais parfois noyée sous les effets sonores ou alors trop présente pour que l'on puisse percevoir correctement chaque détail de l'oeuvre.

Ecrite à la manière des grandes partitions symphoniques d'antan, la musique de « John Carter » ramène un souffle épique musical rafraîchissant sur le devant de la scène hollywoodienne, à une époque dominée par les loops électro impersonnels et les travaux envahissants de l'écurie Remote Control. Il y a une chaleur, une émotion et une puissance rare dans la musique de « John Carter » qui nous donne toujours envie d'en entendre plus, de partager les aventures des héros ou de ressentir leurs émotions, leurs doutes, leurs souffrances ou leurs joies. S'il manque encore un soupçon d'originalité et de fantaisie dans les thèmes pour faire de la musique de « John Carter » un grand chef-d'oeuvre, le score est incontestablement une réussite absolue de bout en bout et un premier grand aboutissement dans la (jeune) carrière de Michael Giacchino, un score enthousiasmant et passionnant, déjà incontournable !

Quentin Billard

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