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Le Labyrinthe de Pan  (2006)

Milan Music (23 octobre 2006)
Durée : 1:13:58 | Original Score [musique originale]


 

Le compositeur espagnol Javier Navarrete compose pour ce conte beau et cruel de Guillermo Del Toro une musique orchestrale dense et sombre, illuminée par moments d'une berceuse délicate, fil rouge de la partition et du film, qui hante longtemps les esprits après la projection.



[© Texte : Cinezik] •
Le Labyrinthe de Pan

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Long, Long Time Ago (2:11)
2. The Labyrinth (4:04)
3. Rose, Dragon (3:31)
4. The Fairy And The Labyrinth (3:33)
5. Three Trials (2:04)
6. The Moribund Tree And The Toad (7:08)
7. Guerrilleros (2:05)
8. A Book Of Blood (3:17)
9. Mercedes Lullaby (1:36)
10. The Refuge (1:32)
11. Not Human (5:52)
12. The River (2:48)
13. A Tale (1:52)
14. Deep Forest (5:45)
15. Vals Of The Mandrake (3:38)
16. The Funeral (2:42)
17. Mercedes (5:34)
18. Pan And The Full Moon (5:04)
19. Ofelia (2:16)
20. A Princess (3:59)
21. Pans Labyrinth Lullaby (1:47)

Nos articles sur cette BO

Une musique en accord parfait avec l'esprit du film, décrivant sans second degré l'innocence de l'enfance face à la violence de la guerre, un thème déjà exploré par le compositeur et le même cinéaste dans L'Échine du Diable en 2001.

Hormis le superbe thème principal ("Pan's Labyrinth Lullaby") fredonné par une jeune fille dès le début du disque ("Long, Long Time Ago") et décliné régulièrement au cours du reste de la partition (peut-être même un peu trop), Javier Navarrete gratifie le spectateur (et auditeur) d'une partition plutôt sombre, raffinée et délicate, teintée de candeur et de féérie ("The Fairy And The Labyrinth" et son magnifique solo de violon) mais aussi parfois de mélancolie ("The River", ou "A Tale" et son piano solo). Dans "Pan and the Full Moon" notamment, l'écriture orchestrale rappelle parfois le Howard Shore du Seigneur des Anneaux (notamment les cuivres et les percussions, sans oublier les choeurs), tandis qu'à l'occasion les cordes rappellent le Wojciech Kilar de Dracula (mais en moins bien). On regrettera donc le manque de personnalité de l'écriture de Javier Navarrete qui ici (comme Dario Marianelli sur Les Frères Grimm) agit surtout en bon faiseur, certes inspiré mais peu original.

A noter toutefois le morceau "Not Human", pièce d'action dantesque qui montre que le compositeur espagnol en a quand même dans le ventre : d'abord atonal et dérangeant, puis ensuite alternant rythmes trépidants de cordes et cuivres à l'arrière-plan, ce morceau sombre et grandiose est un vrai plaisir pour les oreilles, une pièce maîtresse de la partition. Belles pièces également que "Vals of the Mandrake" (avec ses choeurs qui semblent venus d'ailleurs) et "Pan and the Full Moon" (superbes rythme, choeurs et clusters de cordes), malgré les références déjà évoquées plus haut.

Malgré quelques réserves (écriture légèrement impersonnelle, répétition du thème à outrance), il n'en demeure pas moins que la musique remplit hautement ses fonctions à l'image en donnant une véritable atmosphère musicale au film et un fil rouge (la berceuse) bourré de sens. Pas un chef d'oeuvre (contrairement au film) mais assurément une belle musique de cinéma, grandiose, efficace et inspirée, qui dégage un vrai plaisir à l'écoute dans le film comme sur le disque. L'une des BO incontournables de l'année 2006.

Sylvain Rivaud

La nouvelle partition de Navarrette pour ‘El Laberinto del Fauno’ ne s’éloigne guère du précédent opus du compositeur. On y retrouve ce même classicisme d’écriture savoureux et maîtrisé, cette même atmosphère à la fois mystérieuse et lyrique, avec en plus ici une utilisation remarquable des choeurs, et la présence d’une magnifique berceuse associée à Ofelia, et qui évoque toute l’innocence du personnage qui se heurte à un monde cruel et barbare.

La berceuse d’Ofelia est fredonnée par une jeune fille dans ‘Hace Mucho, Mucho Tiempo’, accompagnée avec douceur par un piano et des cordes. Cette berceuse magnifique provoque dès le début du film un petit pincement au cœur, surtout lorsqu’un choeur féminin mystérieux vient s’ajouter à l’orchestre, transformant la berceuse en douce mélodie rêveuse et éthérée dans laquelle règne une tendre mélancolie. La berceuse d’Ofelia (que sa mère fredonne d’ailleurs au cours d’une scène du film!) fait donc office ici de thème principal, berceuse que Navarrette développera tout au long du film sous de multiples variantes en fonction de l’évolution de l’histoire.

On retrouve ce thème joué délicatement au piano et aux cordes graves au début de ‘El Laberinto’ avant de finir sur une partie plus sombre et mystérieuse lorsqu’Ofelia découvre le labyrinthe de Pan au début du film. L’orchestre devient alors plus présent et plus massif, bientôt rejoint par un choeur d’hommes mystérieux durant la scène de la découverte de l’énigmatique labyrinthe. A noter la très belle utilisation d’un violon soliste dans ‘El Hada Y El Laberinto’ toujours associée ici à l’ambiance mystérieuse et envoûtante du labyrinthe, soutenue par des orchestrations de qualité très soignée (à noter la présence des voix toujours synonyme de fantastique et de mystère ici!). Les choses semblent se compliquer avec ‘El Arbol Que Muere Y El Sapo’ durant la scène où Ofelia affronte le crapaud géant dans l’arbre malade – l’une de ses premières épreuves – La musique devient alors nettement plus sombre et tendue, mettant en avant cordes graves, trompettes en sourdine, bassons, xylophones, harpe, etc. Même ambiance pour le sombre ‘El Libro De Sangre’, toujours soutenu par un orchestre très coloré reflétant tout le savoir faire classique du musicien et son style très ancré dans la musique symphonique du 20ème siècle. A noter que le morceau se conclut de façon très agressive avec une série de clusters de cuivres durant la scène avec la créature aux yeux/paume de mains, reflétant alors toute la terreur dégagée par cette séquence particulièrement surréaliste et inquiétante.

On revient dans la réalité avec ‘Guerilleros’ et ses rythmes martiaux pour évoquer le capitaine Vidal, sans oublier une magnifique reprise de la berceuse dans ‘Nana de Mercedes’, fredonné délicatement par une voix de femme. Dès lors, la musique alterne entre le monde fantastique du faune et la guerre contre le capitaine et ses hommes, Navarrette ne dissociant jamais vraiment l’un et l’autre dans sa musique, préférant opter pour une proximité de style et de couleurs instrumentales parfaitement cohérente et relativement homogène (même si, par exemple, les choeurs interviennent surtout lors des scènes dans l’univers fantastique d’Ofelia, comme le confirme le très dense ‘El Que Nos Es Humano’). Certains morceaux se distinguent néanmoins par leur ambiance envoûtante particulière comme ‘El Rio’ et son utilisation remarquable de violons solistes avec quelques notes de piano et de harpe. A noter une utilisation plus intéressante du piano dans ‘Bosque Profundo’ où l’orchestre s’agite brusquement dans un dédale de dissonances et de notes furtives jouées à la main gauche du piano. La musique dégage ici un sentiment de terreur qui évite systématiquement le côté cacophonique en optant pour une approche contrapuntique très écrite par pupitre (cuivres, cordes, piano, vents, etc.), rappelant là aussi la culture classique du compositeur espagnol.

Dans ‘Vals De La Mandragora’, on assiste à la scène où Ofelia pose des racines de Mandragore sous le lit de sa mère souffrante, les racines possédant selon les dires du faune un pouvoir magique permettant de guérir la mère d’Ofelia. Le côté plus fantastique/magique de la scène est retranscrit ici par une utilisation assez envoûtante et surréaliste des choeurs qui semblent presque surgir de l’au-delà dans la première partie du morceau.

Plus l’histoire avance, et plus la musique a ainsi tendance à devenir plus noire, sombre et agressive, comme le confirme la partie finale particulièrement dissonante et brutale de ‘Vals De La Mandragora’. Si le compositeur s’autorise une petite touche de mélancolie et d’intimité dans le poignant ‘El Funeral’ introduit par un piano solo et suivi par des cordes lyriques de qualité pour la scène des funérailles vers la dernière partie du film, ‘Mercedes’ fait monter la tension dans l’un des passages les plus sombres et les plus agressifs du score avec son lot de clusters et d’effets dissonants de cordes durant la scène où Mercedes se fait capturer par Vidal et réussit à s’échapper après avoir atrocement mutilé le capitaine. On retrouve les choeurs sur fond de percussions plus excitantes dans ‘La Luna Llena Y El Fauno’ pour la poursuite finale dans le labyrinthe de Pan, un autre morceau particulièrement sombre et enlevé du score de Javier Navarrette, débouchant sur le tragique ‘Ofelia’ et le très beau ‘Une Princesa’ qui reprend le thème de la berceuse dans une version particulièrement belle avec l’orchestre, le piano, les choeurs et la voix de la jeune fille soliste. Le compositeur nous offre en guise de bonus pour le générique de fin du film ‘Nana Del Laberinto Del Fauno’, superbe reprise du thème principal sous la forme d’une petite valse pour piano et violon d’une grande beauté, idéal pour conclure cette partition sur une ultime touche d’émotion et de délicatesse.

Javier Navarrette signe là un score remarquable et inspiré pour le film de Guillermo Del Toro, une partition à la fois envoûtante, belle, sombre et tourmentée, toute à l’image du film lui même et de sa jeune héroïne. La musique de ‘El Laberinto Del Fauno’ évoque ainsi magnifiquement ce mélange entre innocence et horreur avec un souci toujours constant dans la clarté des orchestrations et de l’écriture contrapuntique du compositeur. Si la musique de Navarrette n’apporte pas grand chose de neuf au genre (on reste dans un style très classique/contemporain pas franchement original), elle a au moins le mérite de confirmer le talent d’un compositeur encore méconnu du grand public mais qui devrait finir par percer grâce à cette nouvelle partition symphonique de qualité, apportant une émotion et une densité remarquable au film de Guillermo Del Toro. Voilà en tout cas une belle surprise à découvrir, en même temps que le film lui même!

Quentin Billard

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