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Le Monde Perdu - Jurassic Park II  (1997)

The Lost World : Jurassic Park

MCA Records (20 mai 1997) - 1:08:52 | Original Score [musique originale]



La musique de cette suite de Jurassic Park est souvent injustement snobée de la discographie de John Williams, souffrant de la mauvaise réputation (injustifiée) du film de Spielberg. C'est pourtant l'occasion pour les deux hommes d'effleurer le film horrifique, et un hommage aux films de monstres classiques, LE MONDE PERDU étant un remake à peine déguisé de KING KONG. Cette partition tribale et rythmée de John Williams est aussi l'une de ses plus sombres, annonçant LA GUERRE DES MONDES et MUNICH. Pas facile d'accès, mais d'une redoutable virtuosité d'écriture et une maîtrise du rythme qui force le respect.

[© Texte : Cinezik] •

Le Monde Perdu - Jurassic Park II

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. The Lost World (03:33)
2. The Island Prologue (05:03)
3. Malcolm's Journey (05:43)
4. The Hunt (03:30)
5. The Trek (05:23)
6. Finding Camp Jurassic (03:03)
7. Rescuing Sarah (04:00)
8. Hammond's Plan (04:31)
9. The Raptors Appear (03:42)
10. The Compys Dine (05:07)
11. The Stegosaurus (05:20)
12. Ludlow's Demise (04:26)
13. Visitor In San Diego (07:37)
14. Finale And Jurassic Park Theme (07:54)

Nos articles sur cette BO

Si l'on attendait une suite à JURASSIC PARK aussi inspirée et riche au niveau des thèmes, évoquant l'émerveillement, il est évident que THE LOST WORLD déçoit. Mais cette séquelle de Spielberg n'est pas dans le même état d'esprit que le premier opus. De même, John Williams ne réutilise pas les mêmes recettes et innove en signant une partition abrute, sauvage et rythmée, beaucoup plus énergique et dynamique que le précédent film, gagnant en action et en énergie ce qu'elle perd en magie. Williams radicalise son approche musicale en utilisant des percussions tribales pour évoquer la chasse, la traque des dinosaures par les humains, puis vice-versa. Il ne s'embarrasse plus de thèmes merveilleux, même si la musique garde une grande dimension épique. THE LOST WORLD comporte certainement les meilleurs morceaux d'action écrits par Williams dans les années 90, peut-être même dans toute sa carrière. Les cordes et les cuivres sont d'une sauvagerie hallucinante et d'une impressionnante virutosité d'écriture, tandis que le compositeur fait preuve d'une grande ingéniosité dans les passages de suspense/thriller, lorgnant ouvertement vers le genre horrifique, genre qui, il faut le rappeler, il n'a jamais véritablement embrassé au cours de son immense carrière. A l'instar du film de Spielberg qui est un hommage aux films de monstres, Williams trouve ici l'occasion de montrer l'étendue de son talent dans un genre inédit pour lui, quitte à laisser de côté la structure dramatique de sa partition et les nouveaux thèmes, qui sont effectivement moins inspirés que pour le premier JURASSIC PARK. Pourtant, cette radicalité est payante : THE LOST WORLD est un score d'une richesse orchestrale qui impose le respect, avec une maîtrise du rythme comparable à celle d'Alan Silvestri sur PREDATOR et PREDATOR 2, films de traque par excellente, et autre référence du film de monstre.

Sylvain Rivaud

 

Pour 'The Lost World', John Williams a choisi de rompre radicalement avec la thématique de son premier épisode en livrant une partition bien plus sombre et agressive. Ici, exit tous sentiments d'émerveillement et d'émotion, 'The Lost World' est une partition où l'action et le suspense dominent la globalité de l'oeuvre et du film. Pour arriver à ses fins, le compositeur a décidé d'écrire deux nouveaux thèmes. Le thème principal est exposé dès la première piste de l'album dans une version 'concert' que l'on retrouvera dans le générique de fin du film. Plus sombre, ce thème d'aventure est accompagné par une mélodie ample et rythmique des cordes et des cuivres, soutenus par des percussions exotiques/tribales du plus bel effet et un second motif plus mélodique des vents. Ce sont d'ailleurs ici les percussions tribales qui attirent toute notre attention, accentuant à leur tour le caractère agressif et sauvage de la musique - lié aux décors sauvages d'Isla Sorna et à l'agressivité des dinosaures carnassiers. Si ce thème d'aventure s'avère être bien plus sombre et rythmé que ce que l'on aurait pu attendre de John Williams, il déçoit par son manque d'inspiration et le côté quelconque de sa mélodie, qui ne peut nullement prétendre rivaliser avec les grands thèmes inoubliables de 'Jurassic Park', qui ne font ici qu'une très brève apparition au cours du film.

Avec le sombre 'The Island Prologue', Williams pose le ton de sa partition : un second motif constitué de cinq notes ascendantes évoque la menace des dinosaures sur Isla Sorna. Williams nous plonge dans une atmosphère atonale plutôt inquiétante et lugubre avec un excellent travail de sonorités orchestrales entre glissendi de cordes, vents, cuivres, harpe et même nappes de synthé. Lorsque la petite fille se fait attaquer par les petits dinosaures carnivores au début du film, la musique plonge brutalement dans une ambiance horrifique à l'aide d'instruments qui semblent ramper de manière menaçante tels que la clarinette, les piccolos stridents, les trompettes en sourdine, etc. Les percussions évoquent à leur tour l'agressivité des bêtes. Williams nous donne ensuite à entendre un premier passage virtuose où le chaos des différentes sonorités instrumentales se répercute dans cette seconde partie proche du délire atonal avec un vrai sentiment de terreur pure. L'impression organique que suscite ici les différents instruments évoquent à merveille l'idée de petites bestioles rampantes et agressives. Moins sombre, 'Malcolm's Journey' évoque la traversée d'Isla Sorna avec un nouveau rappel du thème principal accompagné par ses percussions exotiques.

L'un des premiers morceaux d'action incontournable du score apparaît dans l'excitant 'The Hunt', morceau honteusement absent du film pour d'obscures raisons. C'est bien l'une des premières fois que Spielberg n'utilise pas un morceau composé par Williams pour son film - on est loin de l'époque où le réalisateur osait modifier la structure d'une de ses scènes pour l'adapter à tout prix à la musique du maestro, comme ce fut le cas dans 'E.T.'! Toujours est il que 'The Hunt' est un superbe morceau d'action soutenu par des percussions tribales et des timbales sauvages avec un thème de cordes et de cuivres massifs qui traverse efficacement ce morceau au rythme trépidant. A l'origine, le morceau aurait du accompagner la scène où les mercenaires chassent les dinosaures vers la première demi heure du film. Un morceau comme 'The Trek' nous renvoie plus ici au côté atmosphérique et sombre de 'The Island Prologue' avec ses cordes lugubres, son climat atonal et ses percussions exotiques toujours présentes pour suggérer la présence des dinosaures avec une certaine atmosphère de tension et d'inquiétude. On retrouve une ambiance similaire dans le sombre 'Finding Camp Jurassic' où l'on découvre quelques brèves allusions déguisées au célèbre thème d'aventure de la première partition, suggéré ici timidement. Si ces morceaux atmosphériques paraissent souvent monotones et un peu plat, on se rattrape sans problème sur un morceau d'action excitant comme le massif 'Rescuing Sarah' qui accompagne avec fureur la scène où Eddie Carr (Richard Schiff) sauve Sarah, Malcolm et Nick bloqués à l'intérieur du camion suspendu au dessus du vide. Afin d'accentuer le côté spectaculaire et le danger de cette scène, Williams utilise un excitant ostinato de percussions tribales (on pense au 'Predator 2' d'Alan Silvestri par moment) avec un orchestre déchaîné dominé par des cordes et des cuivres agressifs sur des rythmes syncopés. Il ne fait nul doute que 'Rescuing Sarah' et son rythme excitant très soutenu ravira à merveille les amateurs de déchaînements orchestraux et ceux qui apprécient les traditionnels gros morceaux d'action de John Williams!

Dans la continuité de l'excitant 'Rescuing Sarah', le superbe 'The Raptors Appear' fait monter la tension d'un cran pour la poursuite avec les raptors affamés. On appréciera la façon dont le morceau, qui débute sur des nappes lugubres et des flûtes exotiques s'emballent brutalement pour un nouveau déchaînement orchestral soutenu par les percussions tribales et des cuivres syncopés du plus bel effet. Impossible ici de ne pas ressentir la sauvagerie des raptors, la frénésie de la chasse et la lutte pour la survie. On notera aussi la façon dont Williams s'amuse à développer son sombre motif de cinq notes toujours associé à la menace des dinosaures - ici, les raptors. Le morceau rend la séquence particulièrement prenante et frénétique, surtout lorsque le morceau finit dans une pluie de piccolos stridents, de cuivres et de percussions tribales. De mémoire, cela faisait bien longtemps que l'on avait pas entendu John Williams écrire une partition aussi sombre et agressive. 'The Compys Dine' accompagne de son côté la scène où Dieter Stark (Peter Stormare) se fait attaquer par ces créatures vers le milieu du film. On retrouve ici les effets instrumentaux de la seconde partie de 'The Island Prologue' dans une atmosphère atonale toujours aussi chaotique, où les instruments évoquent à merveille l'agressivité des petites bestioles rampantes avec une certaine férocité orchestrale maîtrisée.

'The Stegosaurus' est l'un des rares moments calmes de la partition, accompagnant la scène où Malcolm et Sarah découvrent les immenses stégosaures. Le morceau possède une certaine grandeur avec des cordes et des cuivres amples qui évoquent l'immensité de ces animaux inoffensifs pour l'homme (ils sont végétariens). Avec 'Ludlow's Demise', Williams décrit avec fracas la dernière partie du film à San Diego, où le tyrannosaure sème la panique et détruit tout sur son passage. Cuivres massifs, percussions, cordes frénétiques, vents survoltés, tout est fait pour évoquer ici l'immensité et la férocité du T-Rex pour un nouveau déchaînement orchestral typique du compositeur, la partition atteignant son climax d'action dans le survolté 'Visitor In San Diego' où culmine une dernière fois le motif de cinq notes et les percussions tribales accompagnant un orchestre déchaîné. La coda de la partition ('Finale and Jurassic Park Theme') nous permet de retrouver enfin le magnifique thème principal de 'Jurassic Park' et le célèbre thème d'aventure cuivré pour une conclusion plus paisible qui permet de renouer avec l'esprit de la première partition du compositeur.

A signaler que l'album omet quelques bons morceaux d'action et qu'il se présente sous la forme agaçante d'un digipack sans les notes habituelles de Steven Spielberg à l'égard de son fidèle compositeur (c'est bien la première fois depuis très longtemps...). Au final, 'The Lost World' s'avère quand même être une petite déception tout en restant une partition symphonique de qualité, qui rompt brutalement avec l'ambiance du premier épisode en instaurant une atmosphère plus sombre, agressive et menaçante. A défaut de signer son nouveau chef-d'oeuvre pour un film de Spielberg, John Williams confirme quand même qu'il reste un maître de la musique de film et une valeur de référence à Hollywood depuis près de quatre décennies déjà !

Quentin Billard

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