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Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau  (2001)

Reprise Records (20 nov 2001) - 1:11:24 | Original Score [musique originale]



A l'image du film, la musique de Lord of The Rings est absolument grandiose, épique, tour à tour enchanteresse, épique, colossale, magique, émouvante, terrifiante, entraînante, surpuissante, etc. En bref, les adjectifs pour qualifier la nouvelle grande oeuvre de Howard Shore ne manquent pas.

[© Texte : Cinezik] •

Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. The Prophecy (3:54)
2. Concerning Hobbits (2:55)
3. The Shadow Of The Past (3:33)
4. The Treason Of Isengard (4:01)
5. The Black Rider (2:48)
6. At The Sign Of The Prancing Pony (3:14)
7. A Knife In The Dark (3:34)
8. Flight To The Ford (4:15)
9. Many Meetings (3:05)
10. The Council Of Elrond (3:49) **
11. The Ring Goes South (2:03)
12. A Journey In The Dark (4:20)
13. The Bridge of Khazad Dum (5:57)
14. Lothlorien (4:34)
15. The Great River (2:43)
16. Amon Hen (5:02)
17. The Breaking Of The Fellowship (7:21)
18. May It Be * (4:16)

* Composed & performed by Enya
** Featuring Aníron (Theme for Aragorn and Arwen)

Nos articles sur cette BO

Une somme de travail colossale, un professionnalisme exceptionnel, des orchestrations très travaillées et souvent complexes, une qualité d'écriture orchestrale et chorale absolument remarquable, l'ajout de pièces cohérentes composées par Enya à l'intérieur du score, The Fellowship of The Ring est décidément l'une des plus grandes BO qu'il nous ait été donné d'entendre depuis très longtemps. C'est ce style de BO qui nous colle directement à la peau dès le début du film et que l'on ne peut oublier tout de suite à la sortie du film.

Le compositeur canadien Howard Shore a toujours fait preuve d'un immense éclectisme dans sa carrière. N'aimant pas se laisser enfermer dans un genre particulier comme c'est parfois le cas chez certains compositeurs (comédie chez Marc Shaiman, action chez Jerry Goldsmith, thriller chez Christopher Young et Elia Cmiral, etc.), Howard Shore s'est laissé guider par la muse inspiratrice dans ce projet qui l'a visiblement passionné, et l'on ressort de l'écoute de ce score en captant quelque chose de particulière: la lumière passionnante de l'inspiration. Lord of The Rings utilise deux orchestres immenses pour arriver à ses fins, le London Philharmonic Orchestra et le New Zealand Symphony Orchestra, plus deux groupes chorales de Londres, sans oublier l'utilisation de quelques instruments solistes dont notamment un violon solo dans 'Concerning The Hobbits' ou bien encore des flûtes aux accents celtiques.

 

Dès 'The Prophecy' au début du film, Shore impose un ton grandiose avec un orchestre sombre et une montée de choeur en puissance alors que le prologue du film décrit l'histoire de l'anneau et de ses conquérants. On peut y entendre aussi un thème peu mémorisable après la première écoute: celui de l'anneau, l'anneau contenant aussi un autre thème qui exprime plus l'idée du mystère inquiétant entourant l'anneau et que l'on ne retrouvera malheureusement qu'une seule fois dans l'album (à notre grand regret) et précisément dans 'The Great River'. A noter pour cette gigantesque scène de bataille au début du film l'utilisation très opératique des choeurs (rappelant beaucoup par moment le style des choeurs du splendide et Shakespearien 'Looking for Richard' de Shore) qui chantent sur un texte écrit d'après le langage inventé par Tolkien dans ses oeuvres, un aspect récurrent des choeurs de cette partition qui reviendra fréquemment tout au long du film. Il est dommage cependant que le thème mystérieux de l'anneau n'apparaisse pas plus de fois dans l'album car il est très entendu tout au début du film (scène du prologue, scène de Frodon et Gandalf, ce dernier expliquant à Frodon quels sont les dangers qui tournent autour de l'anneau et pourquoi il faut le détruire), ce thème apportant une touche de mystère et de crainte plus que nécessaire autour de ce petit anneau. En clair: il manque sur l'album beaucoup de morceaux très intéressants du début du film et il semble même que 'The Prophecy' soit beaucoup plus long dans le film!

'Concerning The Hobbits' développe l'un des thèmes majeurs de la partition: celui de Frodon Sacquet. Très mélodique avec des accents de musique celtique (Shore utilisant un violon, des petites percussions, une guitare et un accordéon discret en accompagnement et une flûte irlandaise à la James Horner) dont le thème fait d'ailleurs un peu penser à 'Titanic' de Horner par moment, 'Concerning The Hobbits' décrit la scène paisible du début du film où Gandalf (excellent Ian McKellen) arrive au village des Hobbits et rencontre son ami Frodon (Elijah Wood). Paisible, heureux, vert et calme, la beauté et la tranquillité du village des Hobbits ont inspirés à Shore une musique celtique et campagnarde fraîche et agréable, probablement influencé par la beauté des paysages de Nouvelle-Zélande, là où le film a été tourné pour des questions de budget. Cet aspect celtique du thème de Frodon reviendra parfois dans le score comme pour donner une identité et des sonorités musicales propre à Frodon et à la culture des Hobbits en général, un peuple joyeux et paisible.

C'est dans le sombre et enlevé 'Shadow of The Past' que l'on trouve le thème des sinistres cavaliers noirs. On notera le thème de l'anneau entendu au début du morceau avec des flûtes et des cordes sombres. Pour une des premières apparitions des très imposants cavaliers noirs dans le film, Shore fait apparaître le thème des cavaliers noirs, thème qui fait intervenir les choeurs psalmodiant encore sur des paroles de Tolkien sur un rythme tout à fait représentatif du thème grandiose des cavaliers. On retrouve ce thème (qui n'est absolument pas mélodique mais au contraire plutôt rythmique) dans "Black Rider" qui évoque la menace des cavaliers noirs et leur arrivée près du village des Hobbits, à la recherche de Frodon, nouveau propriétaire de l'anneau qui doit être tué pour que les forces du mal incarnées dans le film par Saroumane (Christopher Lee) récupèrent l'anneau. Les apparitions à l'écran des cavaliers noirs sont véritablement transcendées par ces masses chorales grandioses et surpuissantes et dont l'écriture reste probablement l'une des plus impressionnantes qu'il nous ait été donné d'entendre depuis très longtemps dans le domaine de la musique de film. On retrouve encore le thème des cavaliers noirs dans 'At The Sign of The Prancing Pony' (notons l'utilisation très importante des trombones et des percussions au sein des choeurs) et qui évoque ici aussi la menace que pèse sur Frodon et ses amis, tous poursuivis par ces mystérieux cavaliers noirs. Les forces du mal possèdent un autre thème, entendu dans l'impressionnant 'A Knife In The Dark' dans la scène du chantier que construit Saroumane et ses monstrueux sbires, le rythme des coups d'enclume et des autre percussions avec les trombones représentant l'aspect maléfique des forces du mal. Alors que Gandalf se trouve au sommet de la tour de Saroumane et qu'il attrape une espèce de papillon dans sa main, Shore fait intervenir la voix d'un jeune garçon soliste qui apporte une touche de lumière au sein d'un morceau très sombre et puissant.

'Flight to The Ford' refait intervenir le thème avec choeurs des cavaliers alors que Aragorn (Viggo Mortensen) se bat à l'épée contre ces sombres individus. Ces parties chorales surprennent véritablement de par la puissance qu'elle véhiculent et la force d'écriture remarquable de ces choeurs. Notons 'Many Meetings' qui développe le thème de Frodon à l'orchestre (et ici aux clarinettes) alors que la communauté de l'anneau va commencer à se former dans le village du seigneur Elrond (Hugo Weaving, qui jouait le rôle de l'agent Smith dans 'The Matrix'!). Dans toute la séquence chez Lord Elrond, Shore utilise un petit motif de sept notes représentant les réunions des futurs membres de la communauté de l'anneau dans ce village plein de lumières que l'on retrouve dans 'The Council of Elrond' qui développe le 'Love Theme' entre Aragorn et la princesse-Elfe Arwen (sublime Liv Tyler) écrit et interprété par Enya et inclut sans coupure entre deux passages de Shore, ce dernier ayant lui même orchestré le morceau de Enya. La naissance de la confrérie de l'anneau se fait avec l'apparition d'un nouveau thème remarquable: celui de la confrérie de l'anneau, thème cuivré plutôt héroïque avec un caractère assez solennel. On le retrouve aussi dans 'The Ring Goes South' alors que la communauté de l'anneau (menée par Gandalf) traverse les montagne du Sud avec l'anneau pour rejoindre les sombres mines de la Moria.

C'est dans la séquence des Mines de la Moria que la musique de Shore devient de plus en plus sombre, avec le sinistre 'A Journey In The Dark' au début duquel des choeurs d'hommes semblent ramper dans les ténèbres pour évoquer le danger des mines (à noter le retour du thème de l'anneau, toujours aux flûtes pour lui donner cette couleur mystérieuse particulière). La confrérie s'introduit à l'intérieur de ces mines et découvre une structure gigantesque faite de colonnes et d'une architecture colossale. Shore retranscrit pendant quelques secondes la magnificence de ces lieux à l'aide d'une montée en puissance très belle de son orchestre. Avec 'The Bridge of Khazad Dum', Shore déchaîne son orchestre alors que la communauté doit traverser un pont, poursuivis par un gigantesque monstre de feu. 'The Bridge of Khazad' ne cesse de faire monter en puissance l'orchestre alors que la traversée du pont s'avère de plus en plus difficile. Notons ici l'utilisation des choeurs d'homme très impressionnants. Dans un style d'action sombre et très agité avec un rappel du thème héroïque pour souligner le fait que la confrérie arrive à traverser le pont, 'The Bridge of Khazad Dum' finit avec un passage solennel de recueillement après la mort d'un personnage de la confrérie tombé dans le vide (nous ne dirons pas qui pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte du film), les autres membres de la communauté pleurant la mort d'un de leurs amis, scène poignante illuminée par un formidable ralenti dans lequel des choeurs et une magnifique voix soliste viennent prendre le relais et apporter une touche d'émotion permettant de relâcher un peu la tension après l'agitation de la traversée du pont. Notons le très particulier 'Lothlorien' et ses voix de femmes, un morceau composé d'une lamentation au personnage disparu au cours de la traversée du pont de Khazad Dum dans les mines de la Moria et interprété par la soliste Elizabeth Fraser.

'The Great River' souligne la traversée de la grande rivière menant à Amon Hen, là où la confrérie mènera une dernière bataille contre les sbires de Saroumane avant que la communauté ne se rompe et que Frodon continue seul sa quête. Faisant intervenir de superbes choeurs de femme, 'The Great River' utilise enfin le thème quasi-absent à tort de l'album, celui qui évoque la menace de l'anneau et que l'on entend ici aux cordes et trombones. 'Amon Hen' évoque finalement la bataille finale que mènent les membres de la communauté contre les forces du mal, Shore faisant se déchaîner ici son orchestre dans une scène de bataille particulièrement violente. (on retrouve le thème des forces du mal et leur rythme caractéristique de coups d'enclume) Finalement, après la mort d'un autre membre de la confrérie, cette dernière doit prendre fin pour que le propriétaire de l'anneau chargé de le détruire et qui détient le destin du monde dans ses (petites) mains, Frodon Sacquet, doit continuer seul sa quête, abandonné à sa souffrance et à ses craintes, et comme cela concerne Frodon, Shore va faire revenir son thème dans le poignant 'The Breaking of Fellowship' pour la séparation de Frodon de la communauté et de la fin de cette dernière. Shore développe le thème de Frodon pour lui donner ses formes les plus touchantes et les plus remarquables, avant de finir sur une forme vocale dans 'In Dreams', écrit par Shore sur des paroles de Fran Walsh et Howard Shore et interprété par le jeune soliste Edward Ross. La flûte irlandaise refait son apparition ici, Shore s'attardant beaucoup ici sur ce très beau thème. Il y'a une ambiance de fin d'aventure poignante dans 'The Breaking of The Fellowship', une certaine tristesse voire une nostalgie inhérente au thème de Frodon mais en même temps un espoir d'un avenir meilleur très touchant, le thème héroïque de la confrérie refaisant surface ici en hommage à ces héros qui se seront tous bien battus au cours de cette superbe aventure. Le magnifique 'In Dreams' fait donc son apparition enchanteresse à la fin du morceau, alternant d'ailleurs avec le thème de la confrérie pour la fin du film, enchaînant en continu avec le magnifique 'May it Be' écrit et interprété par Enya (sur des orchestrations de cordes de Howard Shore) dont les paroles nous vont droit au coeur. Pour conclure le générique de fin, Shore refait un dernier rappel du thème de la confrérie, donnant une ultime touche d'héroïsme au film.

The Fellowship of The Ring est une BO rare de nos jours, inspirée, soutenue par une orchestration puissante et quasi parfaite (bien qu'un peu trop massive par moment), des choeurs divins et puissants, une esthétique résultant d'un travail passionné et engagé, ce qui est très rare de nos jours pour un film. De très grands thèmes (parfois plus subtils que facilement mémorisables aux premières écoutes), une ambiance à la fois épique, grandiose, puissante mais aussi solennelle par moment, touchante, vibrante. Le score de The Fellowship of The Ring est la meilleure représentation musicale que l'on puisse donner à l'univers gigantesque imaginé par J.R.R. Tolkien, une musique qui restitue tout cet univers fait de monstres, de héros, de magiciens, de sorciers et d'êtres en tout genre, une aventure faite de mystères, de terreur, de bonheur, de malheurs, de souffrance, une aventure qui en de nombreux points pourrait se rapprocher d'une autre grande aventure: celle de l'existence humaine ! Howard Shore a composé sons conteste son grand chef-d'oeuvre avec Lord of The Rings, une musique grandiose qui redéfini les conventions des scores d'héroïc-fantasy, une gigantesque BO grandiose, passionnante, captivante, intéressante et très inspirée ! Les grands chef-d'oeuvres sont rares de nos jours.

 

Quentin Billard

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