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Max & Lenny   (2015)

• de Fred Nicolas • En salle le 18-02-2015

• Musique composée par Simon Neel et Camélia Pand’Or

Simon Neel et Camélia Pand'Or (valeur montante de la scène hip hop française) écrivent la musique de ce drame, premier film de Fred Nicolas.

[© Texte : Cinezik] •

Max & Lenny

Autour de cette BO

Actus

 A écouter dans les films sortis le 18 février 2015

Propos du réalisateur

Mes filles m'ont fait découvrir cette jeune rappeuse, Keny Arkana, une adolescente rebelle qui s'est réfugiée dans la musique et a écrit ses premières chansons à 16 ans. J'ai eu un coup de cœur pour ses textes acérés et pour ses mélodies puissantes, son énergie, son engagement. Le fait que ce soit une fille qui fait entendre une voix différente, là où elles n'ont pas souvent droit au chapitre, m'a donné l'envie de raconter une histoire de filles. Et sa personnalité à l'énergie impressionnante m'a inspiré le personnage de Lenny, une adolescente mal dans sa peau, qui exprime ses émotions par des textes qu'elle rappe ensuite sur des instrumentaux. Dans un premier temps, j'ai imaginé que Keny Arkana jouerait le personnage principal. Mais elle ne se sentait pas actrice. J'ai écrit le scénario porté par ses chansons et j'ai puisé dans les souvenirs de mon adolescence pour restituer l'âpreté des quartiers nord de Marseille, mais aussi sa vitalité et son humanité. Bien sûr le scénario n'est ni un biopic de Keny Arkana, ni un documentaire sur les cités, Lenny est un personnage de pure fiction et son parcours, un parcours inventé.

Pour le choix de Camélia Pand'Or, je sentais qu'elle avait quelque chose à dire musicalement. Pendant la préparation, j'ai découvert tout ce qu'elle avait pu écrire et chanter. J'ai alors vu qu'elle avait un univers particulier, une formidable capacité à transformer ce qu'elle ressent en mots et une façon singulière de rapper. J'ai décidé de lui faire confiance, de lui confier les moments où Lenny rappe. Pour moi, il y avait une logique là-dedans. Et plus Pand'Or donnait à son personnage, plus Lenny apparaissait. Les deux ont fini par se confondre. Camélia m'a proposé des instrumentaux avec son musicien Simon Neel, puis des textes. Il y avait des contraintes liées au film, les morceaux devaient parler de Lenny, de Marseille. Dans le concert de fin, elle parle des sans-papiers expulsés, de la Françafrique, et ça fait évidemment écho au film.

J'ai eu également envie de faire une tentative en travaillant sur le Concerto n°23 de Mozart. On en a samplé un extrait comme base de hip-hop et l'air est devenu un des fils conducteurs du film. Jusqu'au générique de fin, où on entend le morceau finalisé, comme un accomplissement de Lenny rappeuse. On voit là un des pouvoirs de la musique, qui traverse les âges et peut prendre plusieurs formes : un classique de Mozart devient la base d'un rap qui sert de vecteur pour Lenny, pour exprimer ses émotions.

Pour moi dans le rap, il y a une majorité de choses sans intérêt que je ne veux même pas qualifier de musique. Le rap est souvent synonyme de machisme, de sexisme, de violence gratuite, et musicalement sans recherche. Mais pour moi les valeurs du hip-hop ont une certaine noblesse, et quand c'est bien, c'est très bien. Le rap peut parfois être entraînant, engagé, poétique. La musique était un des éléments essentiel du récit. Je voulais que mon héroïne ait un lien particulier avec la musique, un lien sacré. Car le véritable plaisir de Lenny, son refuge, c'est la musique. Elle a d'ailleurs des goûts éclectiques, elle écoute du classique, du jazz, de la pop, de la soul. C'est là sans doute que la personnalité de Lenny rejoint la mienne : au-delà même du fait que c'est un moyen de s'exprimer, c'est une façon de se faire du bien. Comme dit Lenny, un peu naïvement, : « La musique, c'est la vie ». Au Festival de St-Jean-de-Luz, Xavier Beauvois m'a dit : « Tu m'as fait comprendre le rap ! » ça m'a touché.

Fred Nicolas 

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