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Memoirs Of A Geisha  (2005)

Sony Classical (FR : 27 février 2006) | Original Score [musique originale]



Williams accouche ici d’un nouvel opus symphonique raffiné, au classicisme élégant mêlé aux inévitables couleurs asiatiques de mise.
Cette musique a été élue meilleure BO 2006 pour les internautes de Cinezik.org et a remporté le trophée des Grammy Award dans la catégorie "Best score soundtrack"

[© Texte : Cinezik] • 0884977716603

Memoirs Of A Geisha

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Sayuri's Theme (1:31)
2. The Journey to the Hanamachi (4:06)
3. Going to School (2:42)
4. Brush o­n Silk (2:31
) 5. Chiyo's Prayer (3:36)
6. Becoming a Geisha (4:52)
7. Finding Satu (3:44)
8. The Chairman's Waltz (2:39)
9. The Rooftops of the Hanamachi (3:49)
10. The Garden Meeting (2:44)
11. Dr. Crab's Prize (2:18)
12. Destiny's Path (3:20)
13. A New Name... A New Life (3:33)
14. The Fire Scene and the Coming of War (6:48)
15. As the Water... (2:01)
16. Confluence (3:42)
17. A Dream Discarded (2:00)
18. Sayuri's Theme and End Credits (5:06)

Cello solos by Yo-Yo Ma, violin solos by Itzhak Perlman.

Nos articles sur cette BO

John Williams mime les partitions orientales avec l'utilisation de la mandoline. Un thème émerge de cette musique mais domine de petites touches subtiles, et l'utilisation de silences assez fréquents. Ce rythme musical n'est pas sans rappeler le Théâtre Kabuki et les musiques de Toru Takemitsu pour Kurosawa. Ainsi, John Williams surprend comme jamais en n'oubliant d'être américain et symphoniste, en livrant une émotion qui demeure universelle et en chacun de nous.

Benoit Basirico

Qui dit Steven Spielberg à la production dit obligatoirement John Williams à la musique. On se souvient que Williams avait d’ailleurs refusé de faire la musique de Harry Potter & The Goblet of Fire pour écrire justement la musique de Memoirs of a Geisha. Le résultat est évidemment à la hauteur de nos attentes. Williams accouche d’un nouvel opus symphonique raffiné, au classicisme élégant mêlé aux inévitables couleurs asiatiques de mise. La musique apporte son lot d’émotion au film de Rob Marshall en accompagnant le périple de Sayuri et de ses différents rebondissements. Williams met toutes les chances de son côté en s’entourant ici de ses deux solistes fétiches, le célèbre violoncelliste Yo-Yo Ma et le non moins célèbre violoniste Itzhak Perlman, qui avait déjà offert ses services sur le magnifique Schindler’s List en 1993. A ces deux musiciens s’ajoutent trois autres interprètes pour la facette asiatique du film, Masakazu Yoshizawa au shakuhachi (célèbre flûte japonaise en bambou), Karen Han pour l’erhu (violon chinois largement popularisé par des films asiatiques comme Tigres et Dragons, Hero ou Le secret des poignards volants) et le duo Masayo Ishigure/Hiromi Hashibe pour le koto (fameuse cithare à 13 cordes japonaise). Les solistes dialoguent continuellement avec l’orchestre, le principal défi du compositeur ayant été de combiner les diverses sonorités asiatiques avec les parties plus occidentales (l’orchestre) afin d’obtenir une musique toute en nuance, en adéquation avec le film de Rob Marshall. Le score s’articule autour de deux thèmes majeurs, le ‘Sayuri’s Theme’, présenté en introduction de l’album dans une version sombre et courte pour violoncelle soliste, interprété par Yo-Yo Ma, qui était déjà violoncelliste sur Seven Years in Tibet du maestro, et le thème de ‘The Chairman’s Waltz’, associé à l’amour secret de Sayuri pour le président. Le violoncelle est accompagné ici par quelques cordes sombres et la flûte en bambou de Masakazu Yoshizawa, qui traduit à l’écran toutes les couleurs asiatiques musicales habituelles. Puis, le film s’ouvre sur ‘The Journey to the Hanamachi’ pour accompagner le départ de la petite Chiyo et de sa soeur Satsu. C’est sans surprise que Williams décide d’accompagner les premières images du film à l’aide des sonorités asiatiques habituelles – flûte en bambou, percussions asiatiques diverses, etc. La noirceur de cette introduction nous plonge dans une atmosphère mystérieuse, dramatique et obscure, très vite cassée par l’arrivée du très beau ‘Sayuri’s Theme’. Cette première partie ‘asiatique’ qui donne clairement l’impression d’être improvisée par les différents musiciens cède très vite la place aux cordes et au violoncelle de Yo-Yo Ma qui interprètent le Sayuri’s Theme avec beaucoup d’élégance et de majestuosité. La mélodie de Sayuri posséde ainsi un côté raffiné et vaguement mélancolique qui offre une émotion toute particulière au film, entre le respect pour une culture nippone d’une époque révolue et le mélodrame intimiste et plus cinématographique d’esprit.

Williams développe les sonorités japonaises dans ‘Going to School’ où il utilise le koto, l’erhu et diverses percussions japonaises avec le violon d’Itzhak Perlman et le violoncelle de Yo-Yo Ma pour accompagner l’arrivée de Chiyo dans sa nouvelle école. Evitant constamment le piège de la caricature, John Williams nous offre une très belle pièce résolument ‘japonaise’ d’esprit et particulièrement raffinée, avec un souci « d’authenticité » quasi constant tout au long du film. La mélodie typiquement nippone de ‘Going to School’ fait écho à la beauté des décors et de cet univers fascinant. Dans le même ordre d’idée, ‘Brush on Silk’ nous offre un très beau solo de shamisen accompagné par diverses petites percussions japonaises dans un style typique de la musique traditionnelle japonaise, associé ici à l’univers particulier des geishas. Idem pour ‘Dr. Crab’s Prize’ et son solo de shakuhachi. On revient dans quelque chose de plus occidental d’esprit avec ‘Chiyo’s Prayer’ où le violoncelle et les cordes traduisent un climat de mélancolie pour exprimer à l’écran la détresse de la jeune fillette perdue dans cet univers qui lui est encore inconnu. Puis, les choses changent enfin dans ‘Becoming a Geisha’, premier morceau-clé du score pour la scène où Chiyo devient la geisha Sayuri. Le magnifique thème de Sayuri refait ici son apparition par le biais du violoncelle soliste accompagné majestueusement par l’orchestre et les percussions. On retrouve ici toute la grâce et la détermination du personnage interprété à l’écran par Zhang Ziyi, le thème ne cessant de grandir tout au long des 4 minutes 52 de ce premier morceau majeur du score de Memoirs of a Geisha. A noter une seconde partie faisant appel aux fameux tambours taiko indissociables de la musique traditionnelle du Japon avant un crescendo final particulièrement réussi. Dès lors, la musique suit un chemin tout tracé, à l’image de l’héroïne du film, alternant moments de gloire, de doute, de mélancolie et de détermination. ‘Finding Satsu’ est par exemple très représentatif de cette facette plus mélancolie et intimiste de la partition de Memoirs of a Geisha dominé par des cordes sombres tandis que ‘The Chairman’s Waltz’ (second morceau-clé du score) nous permet de découvrir le second thème du score de John Williams, mélodie mystérieuse et élégante confiée au violon sur fond de cordes/harpe et accompagné par un second motif aux notes descendantes qui n’est pas sans rappeler le style mélodique du thème de la célèbre fugue de la ‘toccata et fugue en ré mineur’ de J.S. Bach (résurgence de la culture ‘classique’ du maestro Williams ou simple coïncidence?). La valse lente et envoûtante de ‘The Chairman’s Waltz’ dégage à son tour un doux parfum mystérieux d’un monde asiatique traditionnel qui fascine le public occidental depuis de nombreuses années au cinéma (d’où le succès crescendo des productions asiatiques contemporaines), et qui accompagne ici Sayuri dans la scène où elle retrouve le président, son amour secret.

La partition de Memoirs of a Geisha contient même quelques passages plus sombres et dissonants comme ‘The Rooftops of the Hanamchi’ durant la scène où la jeune Chiyo tente de s’échapper du Hanamachi en passant par le toit pour rejoindre sa soeur Satsu. Williams utilise ici les différents solistes dans un registre plus sombre quasi avant-gardiste, qui apporte un peu de relief et de modernité à un score somme toute très "classique/traditionnel" d’esprit. On retrouve une ambiance plus conventionnelle dans ‘The Garden Meeting’ avec une très belle reprise du thème de ‘The Chairman’s Waltz’ joué au violon et aux cordes, avec son côté toujours très mystérieux, sombre et vaguement mélancolique. L’hypnotisant ‘Destiny’s Path’ est un peu à part avec son côté répétitif/minimaliste qui évoque par moment Philip Glass, alors que Sayuri suit désormais une voie toute tracée – devenir une geisha pour atteindre le président et lui avouer son amour. Le morceau est rendu encore plus particulier par l’utilisation inattendue de synthétiseurs qui viennent pimenter le morceau. ‘A New Name... A New Life’ évoque la nouvelle vie de Sayuri avec une très belle reprise du thème principal tandis que l’on retrouve une ambiance sombre dans le style de ‘The Rooftops of the Hanamachi’ dans ‘The Fire Scene and the Coming of War’ (scène où Hatsumomo met le feu au Hanamachi). Les percussions brutales et les cordes dissonantes évoquent le drame de cette scène d’une façon très intense voire hypnotisante. A noter que le morceau contient un bout de ‘Ogi No Mato’, une chanson japonaise traditionnelle très mélancolique d’esprit. L’arrivée de la guerre est illustrée de son côté par une écriture orchestrale plus occidentale d’esprit (ce qui paraît évident, étant donné que l’on voit à l’écran les militaires américains débarquer au Japon). Williams en profite pour reprendre le thème de ‘The Chairman’s Waltz’ à l’orchestre dans un registre plus sombre, comme si Sayuri semblait avoir perdu tout espoir de pouvoir retrouver le président pendant la guerre. ‘Confluence’ nous amène à un final particulièrement poignant (troisième morceau-clé du score) durant la scène où Sayuri retrouve le président en tête à tête. Le thème de l’héroïne est repris dans une très belle version pour hautbois avant une magnifique envolée orchestrale puissante et poignante dominée par le violoncelle (à noter que le compositeur associe habilement le violoncelle à Sayuri et le violon au président). Le compositeur se fait même plaisir en offrant la possibilité à Yo-Yo Ma de s’exprimer pleinement pendant plus de 2 minutes sur ‘A Dream Discarded’ pour un solo de violoncelle minimaliste et très réussi. Le film se conclut sur un superbe ‘Sayuri’s Theme and End Credits’ qui reprend une dernière fois le thème principal dans une superbe version orchestrale.

Décidément, malgré son âge (près de 74 ans), John Williams n’a rien perdu de son inspiration et continue de nous offrir des partitions de qualité qui semblent mûrir au fil du temps. Le compositeur nous livre une solide partition orchestrale de qualité pour Memoirs of a Geisha, épousant tous les contours du film de Rob Marshall tout en laissant la solide impression de voyager dans une autre époque, dans un autre pays, à la découverte d’une autre culture. Entre émerveillement, mystère et drame, la musique de Williams nous entraîne dans l’univers clos, raffiné et dangereux des geishas japonaises, le score oscillant entre introspection, mélancolie et émotion. Grâce au jeu de ses différents solistes et à sa science d’écriture qui n’est plus à démontrer, John Williams se fait plaisir en nous offrant ce nouveau bijou qui continue de prouver à quel point le maestro est plus que jamais a sommet de sa forme et de son art. 2005 aura décidément été une année fructueuse pour le compositeur, qui a enchaîné Star Wars Episode III Revenge of the Sith, War of the Worlds, Munich et Memoirs of a Geisha sans jamais défaillir du point de vue de la qualité musicale. A une époque où la musique de film hollywoodienne tend à s’uniformiser dangereusement et où le manque d’originalité et d’inspiration rend le paysage cinématographique/musical U.S. bien terne, il est bon de se surprendre à vibrer au son d’une partition magnifique, intelligente et raffinée comme Memoirs of a Geisha qui, en plus d’être en parfaite symbiose avec le film de Rob Marshall, va certainement devenir à coup sur l’une des nouvelles partitions fétiches de tous les fans du compositeur!

Quentin Billard

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